2023, l’année de Pierre Karl Péladeau

Il s’en est passé, des choses, en 2023. Vu du Québec, on peut dire que Québecor, le Groupe TVA et leur grand patron, Pierre Karl Péladeau, sont comme un miroir dans lequel on peut revoir plusieurs des principaux faits saillants économiques et technologiques de la dernière année.

Malgré les mauvaises nouvelles du côté des médias et une croissance somme toute modeste en Bourse, 2023 a été « une très bonne année » pour Québecor, observe d’entrée de jeu l’analyste Jérôme Dubreuil, de Valeurs mobilières Desjardins. « Les gestes posés par Pierre Karl Péladeau à titre personnel cette année ont été plus marquants que par le passé », nuance l’analyste, « mais le rachat de Freedom par Québecor, c’est transformationnel. Ça change l’écosystème des télécommunications au pays. C’est audacieux comme geste. »

Pierre Karl Péladeau n’a pas vu sa fortune personnelle bondir, cette année. Elle était évaluée à 2,3 milliards au début 2023. Elle serait de 2,6 milliards à Noël. Mais ça pourrait changer, et pour le mieux, en 2024. 

D’abord, en sa qualité de président et chef de la direction de Québecor et de président-directeur général du Groupe TVA (à titre intérimaire depuis deux ans maintenant), M. Péladeau et ses collègues à la tête d’autres entreprises médiatiques ont été impliqués dans un dossier qui a marqué l’actualité au Québec, au Canada, et peut-être ailleurs dans le monde. 

Car l’entente de 100 millions de dollars et plus par année survenue in extremis à la fin novembre entre Google et le gouvernement du Canada à propos du financement des salles de nouvelles sera analysée de près ailleurs dans le monde, comme en Californie et en Europe. Dans l’immédiat, elle aidera plus d’un média écrit canadien, y compris les journaux de Québecor Média. 

Cela dit, c’est surtout le sort de TVA qui a probablement marqué le plus profondément l’année 2023 dans le secteur des médias québécois. Les 547 licenciements annoncés par le diffuseur au début novembre ont constitué la plus importante d’une série de départs très peu volontaires effectués au cours de l’automne par plusieurs groupes médiatiques de la province.

Comme la presse écrite avant elle, la télé québécoise passe ces jours-ci dans le tordeur des plateformes numériques américaines, d’Apple à Netflix en passant par Disney. TVA, la chaîne généraliste, n’échappe pas au phénomène. Les chaînes spécialisées du Groupe TVA non plus.

L’argent du sport

Le problème n’est pas que numérique. La création de TVA Sports puis une coûteuse entente de diffusion obtenue de la Ligue nationale de hockey en novembre 2013 ont connu une sorte de dénouement au printemps dernier quand Pierre Karl Péladeau a admis à mots à peine couverts que ce risque-là aura finalement coûté plus cher que prévu. « Est-ce que c’était un pari risqué ? Pas nécessairement », assure-t-il toutefois en entrevue au Devoir. En tout cas, pas à l’époque. 

Depuis, l’échec du retour d’une équipe de hockey professionnel à Québec a ajouté aux malheurs de la chaîne sportive, puis le désaccord sur les redevances versées par Bell pour distribuer TVA Sports a enfoncé un autre clou dans sa viabilité à plus long terme.

L’entente avec la LNH se termine en 2025-2026. M. Péladeau aurait hâte qu’on n’en serait pas surpris. Il a acquis les Alouettes de Montréal de la Ligue canadienne de football (LCF) et ça semble ouvrir de nouvelles avenues autant pour TVA Sport du côté de la télé que pour Québecor du côté du numérique. Grâce à son acquisition du réseau sans fil Freedom Mobile, 2023 est aussi l’année où Québecor devient un opérateur national de télécommunications.

Un virage numérique est un projet sur lequel la LCF devra se pencher plus tôt que tard. Québecor sera un partenaire intéressé. L’offensive des GAFAM dans le sport en direct est un autre fait marquant de 2023. Parlez-en justement à TVA Sports, qui a perdu ses matchs de soccer du CF Montréal après qu’Apple a récupéré la diffusion de tous les matchs de sa ligue, la MLS. C’est maintenant RDS qui diffuse une poignée de matchs locaux du CF.

Le football canadien n’a pas l’ampleur du football association — l’expression de laquelle des étudiants à Oxford à la fin du XIXe siècle ont dérivé le terme soccer. Le succès populaire automnal et hautement imprévu des Alouettes ouvre quand même de nouveaux horizons.

En matière de football, ce serait un attrapé réussi dans la zone de touché en situation de troisième essai, sur le dernier jeu du match en plus, si Québecor, TVA et la LCF parviennent à créer un modèle de diffusion numérique viable malgré la concurrence de la LNH, la MLS, la NFL, la NBA pour l’attention des spectateurs et les plateformes numériques étrangères pour leur argent.

« Il faudra de l’expérimentation, mais on verra comment les choses évoluent », dit Pierre Karl Péladeau.

Ad mari usque…

 

Son acquisition de Vidéotron en février

2000 a fait passer Québecor d’une entreprise médiatique à une entreprise de câblodistribution. Son expansion ensuite dans les services Internet et la téléphonie résidentielle l’ont transformé en leader québécois des télécommunications, aux côtés de Bell. Son rachat en avril dernier du réseau sans fil Freedom Mobile, présent à l’ouest de la rivière Outaouais, fait bondir de 1,4 à 4 millions le nombre de clients que Québecor compte dans le sans-fil.

Surtout, cela ramène Québecor sur la scène nationale pour la première fois depuis 2014, quand elle s’est départie des propriétés médiatiques hors Québec de sa filiale Sun Media, acquise en 1998. « Nous avons toujours été un opérateur, mais là nous avons la capacité d’offrir nos services à tous les Québécois et les Canadiens », explique Pierre Karl Péladeau.

L’émergence de Québecor à titre de quatrième réseau sans fil national clôt plusieurs chapitres d’une saga qui remonte au moins jusqu’en 2004, quand Rogers a mis la main sur le réseau montréalais Fido. Québecor avait démontré son intérêt à l’époque, mais n’avait pas les moyens de surenchérir sur l’offre de son rival torontois. Les gouvernements fédéraux qui se sont succédé ensuite ont dû créer des conditions presque parfaites pour que de nouveaux joueurs apparaissent dans ce marché : réserver des fréquences dans le sans-fil, ouvrir le marché de la revente de la bande passante Internet, etc.

Ce n’est évidemment pas fini. Ottawa a aussi créé en 2023 les conditions qui permettront notamment à Québecor

d’offrir dans certaines provinces l’Internet à la maison et la télé aux clients de Freedom, en plus du sans-fil. 

Sans-fil, Internet, hockey, football canadien et soccer. Des thèmes qui ont pesé lourd au Canada ces douze derniers mois, et qui rendent aujourd’hui un peu plus influents Québecor et son grand patron, Pierre Karl Péladeau.

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