2024 annonce un monde devenu malléable

Après que les précédentes années eurent fait souffrir l’humanité jusqu’à un niveau la rendant ouverte à accepter de nouvelles voies de développement, 2024 pourrait ouvrir la porte à la mise en place de processus de gestion internationale qui permettraient une meilleure adaptation des pays de la planète au monde qui vient. 

L’historien, démographe et sociologue Emmanuel Todd, qui avait annoncé en 1976 la chute de l’URSS en s’intéressant à son indice de mortalité infantile, considère que la défaite de l’Occident est en cours et que le monde est à la veille d’un basculement, la désintégration des valeurs de l’ancien ordre mondial entraînant guerres et violence. Il prédit cette chute dans le contexte du conflit en Ukraine. 

C’est un peu la même vision qu’a l’universitaire et ancien diplomate Gilles Andréani, qui considère aussi que le nouvel ordre mondial qui a commencé à s’installer après la chute du mur de Berlin s’est dissous dans les rivalités entre puissances ces dernières années. En 2024, il voit une planète fracturée et chaotique, sur laquelle s’effectue un retour aux guerres interétatiques de haute intensité, les organisations internationales ne permettant plus de canaliser les tensions et étant ouvertement contestées par une partie croissante des États, victimes de forces nationalistes et populistes.

Le géopolitologue Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, est un brin plus optimiste et considère que « 2024 sera une année d’épreuves pour les démocraties », qui devront résister à des vagues de désinformation. Selon lui, il y aurait actuellement une « guerre tiède » entre les autocraties et les démocraties, des blocs qui ne seraient pas homogènes et aux contours mouvants. Il est cependant sceptique vis-à-vis de l’idée de désoccidentalisation du monde, puisque toutes les grandes institutions créées après 1945 par les Occidentaux — l’Organisation des Nations unies, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale — restent essentielles pour les pays en développement. 

Il note de plus que les normes dites occidentales sont encore plus séduisantes pour une majorité des habitants de la planète que celles défendues par la Russie ou la Chine. Si les libertés individuelles ne plaisent pas aux gouvernements autocrates, elle continue de séduire les populations, comme le montre la direction des flux migratoires.

Une note d’espoir

Selon l’écrivain franco-libanais Amin Maalouf, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, elle a les outils pour résoudre ses problèmes, mais doit se décider à modifier sa façon d’organiser le monde ainsi que les relations entre pays et entre individus pour que tous puissent affronter ensemble les défis. Avec les Nations unies à bout de souffle, un sursaut de l’humanité, actuellement sans modèle, serait devenu vital. 

La mise en place et l’acceptation de nouvelles manières de faire passent par trois phases, soit le dégel des processus à changer, la mise en place des modifications désirées et, finalement, la cristallisation des nouvelles techniques de gestion. La récente série de crises mondiales montre que les vieilles manières de faire ne sont plus assez efficaces pour les besoins actuels.

Déjà critiqués pour la gestion de la pandémie de COVID-19 en 2020, de l’invasion de l’Ukraine en 2022 et de la guerre à Gaza en 2023 — tout cela pendant que la Terre entre dans une phase destructrice due aux changements climatiques — , les mécanismes de réglementation internationaux sont actuellement affaiblis au point où une nouvelle restructuration du monde qui semble cohérente et capable d’être considérée favorablement par une partie de l’humanité pourrait commencer à s’implanter en 2024.

Le fait que la moitié des habitants de la planète seront appelés à participer à des élections cette année ouvre la porte à des changements concrets dans la manière dont sont gérées les relations entre les peuples ainsi qu’avec la planète. À mesure que ces élections se tiendront, l’année perdra de sa malléabilité et le résultat des urnes pourrait amener des changements importants pour les générations futures.

En 2024, peut-on trouver de nouveaux processus de gestion des relations internationales et des conflits mondiaux qui forceront autant Israël que la Russie à faire taire leurs armes à Gaza et en Ukraine ?

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