23 objets pour se souvenir de l’année 2023, partie 1


Ils ont fait l’objet d’une attention particulière, localement ou mondialement. Ils symbolisent tantôt des événements marquants, tantôt des tendances, tantôt des personnalités. Le Devoir en a sélectionné 23 pour résumer cette année.

1. Avion de la SOPFEU

Des millions d’hectares de forêt sont partis en fumée cet été.

Le Québec a été aux prises en 2023 avec une saison de feux de forêt « historique », de l’aveu même du directeur général de la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU), Éric Rousseau. Mais le pire pourrait être à venir, puisque les impacts de la crise climatique laissent présager une aggravation du phénomène dans les prochaines années.

Les chiffres pour l’année qui se termine donnent la mesure de l’ampleur des brasiers : 4,5 millions d’hectares de forêt ont brûlé, dont 1,1 million en zone habitable. Le précédent record, établi en 2005, était de 386 671 hectares brûlés en zone habitable.

La saison des feux a d’ailleurs démarré avec virulence. À la fin mai, la capacité opérationnelle de la SOPFEU — qui permet de combattre 30 feux simultanément — était déjà dépassée. Puis, le 1er juin est arrivé ce que M. Rousseau a qualifié de « grand débordement ».

Plus de 150 feux étaient alors actifs, dont une centaine ont été déclarés « hors contrôle », rappelait-il récemment, cité par La Presse canadienne. Au total, il y a eu 711 incendies — à peu près tous causés par la foudre —, et près de 27 000 personnes dans 27 municipalités ont dû être évacuées. Et la fumée des feux, qui a sérieusement affecté la qualité de l’air dans plusieurs régions de la province, a même voyagé jusqu’à New York.

« La saison 2023, elle aura laissé une cicatrice sur la forêt québécoise. Il y aura un “avant l’été 2023” et un “après l’été 2023” », a déclaré par la suite la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette Vézina.

À moins de faire l’objet d’un chantier historique de reboisement, des territoires entiers risquent d’ailleurs de subir des accidents de régénération, un phénomène qui signifie que les épinettes noires disparaîtront au profit d’arbustes et de lichens, qui domineront les paysages altérés pour des milliers d’années. Pour l’industrie forestière, c’est une perte colossale. Pour les écosystèmes, une transformation radicale. Et pour la séquestration de carbone, un déficit inquiétant.

Le gouvernement Legault a toutefois promis un programme de reboisement et des moyens plus importants pour permettre à la SOPFEU de faire face aux feux des prochaines années. 

Mais avec ou sans moyens financiers pour affronter les brasiers, le Québec devra vraisemblablement se préparer à des feux plus nombreux et plus intenses au cours des prochaines décennies, en raison des impacts de la crise climatique.

Même si la forêt boréale est un écosystème historiquement propice aux incendies, le réchauffement nous pousse vers une sortie de cette « variabilité naturelle ». Résultat : les superficies brûlées annuellement pourraient être multipliées par deux, voire par quatre au cours des prochaines décennies, selon Yan Boulanger, chercheur en écologie forestière à Ressources naturelles Canada.

Une analyse fédérale indique que ce genre de scénario risque de survenir même en cas de réduction « rapide » des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’Abitibi-Témiscamingue, la Baie-James et le nord du Saguenay–Lac-Saint-Jean seront les régions les plus touchées. Mais la Côte-Nord, la Maurice, la Gaspésie et même les Laurentides ne seront pas épargnées.

Pour tenter de limiter les dégâts, il est urgent de revoir l’aménagement forestier, selon les experts consultés par Le Devoir. Ceux-ci insistent sur la nécessité d’une « stratégie » d’adaptation qui permettrait de mieux diversifier les forêts lors du reboisement. Il pourrait s’agir par exemple de planter des espèces mieux adaptées aux feux, ou encore d’ajouter autant que possible des feuillus, qui sont moins vulnérables à leur propagation.

Alexandre Shields

 

2. Panier d’épicerie

L’inflation alimentaire est devenue une véritable obsession.

Si l’inflation dans son ensemble fait rager les Canadiens depuis la pandémie, c’est la hausse des prix à l’épicerie qui en est devenue le symbole. Et pour cause : entre les mois de novembre 2019 et de novembre 2023, les prix des aliments en épicerie ont augmenté de 24,1 %, alors que l’indice des prix à la consommation (IPC) global a crû de 16,4 %. De toutes les composantes de l’IPC, on aurait d’ailleurs tendance à focaliser davantage sur la hausse des prix à l’épicerie en raison de nos visites fréquentes au supermarché.

Le prix du panier  a toutefois vécu sa consécration comme emblème inflationniste lorsque le ministre fédéral de l’Innovation, François-Philippe Champagne, a rencontré des dirigeants des cinq principales chaînes de supermarchés au Canada pour leur demander une stratégie pour mettre un terme aux hausses des prix des aliments. Quelques jours plus tard, M. Champagne s’est réjoui des rabais à l’épicerie qu’il a constatés lors de sa lecture des circulaires.

Est-ce que le coup de semonce du ministre Champagne a fonctionné ? En 2023, la hausse des prix à l’épicerie sur une base annuelle a chuté de 11,4 % en janvier à 4,7 % en novembre. Cela dit, bien que la tendance soit à la baisse, les hausses demeurent supérieures à l’inflation globale. Parions que le sujet continuera à faire parler de lui, dans le contexte où le quart des Canadiens se dit inquiet de ne pas pouvoir subvenir à ses besoins de base.

Alex Fontaine

 

3. Rondelle 

L’argent public débloqué pour des matchs sans enjeu des Kings de Los Angeles a provoqué de nombreuses critiques.

Il s’agit, bien sûr, du palet que se disputeront les Kings de Los Angeles, les Bruins de Boston et les Panthers de la Floride sur la glace du Centre Vidéotron de Québec en octobre 2024. Le ministre des Finances, Eric Girard, qui s’octroie la paternité de l’événement, a libéré 5 à 7 millions de dollars pour l’occasion. La décision, prise en septembre, a suscité l’indignation quand elle a été rendue publique deux mois plus tard. Coïncidence : les banques alimentaires — dont l’une se trouve à quelques dizaines de mètres du Centre Vidéotron — réclamaient au même moment 8 millions supplémentaires en financement. 

« Ce projet, c’est mon idée, j’assume l’entière responsabilité de celui-ci », a affirmé M. Girard en plein coeur de la controverse. Pressé de questions, il a fini par reconnaître qu’il aurait aimé « que ça coûte 2 millions moins cher ». Les fonds publics serviront à payer les déplacements, l’hébergement et les repas des équipes. Ils viendront aussi compenser les « revenus perdus » des Bruins de Boston et des Panthers de la Floride, qui auraient accueilli les Kings s’ils n’étaient pas venus à Québec. M. Girard, habituellement remarqué pour son flegme, a multiplié les pirouettes verbales. « Il n’y a pas de signal pour la LNH », a-t-il dit quand il a annoncé l’événement. « Écoutez, des fois, on dit des choses explicitement, puis, des fois, implicitement », a-t-il tenté de justifier quelques jours plus tard, quand il s’est mis à affirmer le contraire. À quelques jours de Noël, les billets à vendre se comptaient encore par centaines.

Marie-Michèle Sioui

 

4. Chapeau de cowboy 

La mort de Karl Tremblay cet automne a plongé le Québec dans une profonde tristesse.

C’est avec un chapeau de cowboy (fringant) sur la tête que Karl Tremblay a donné son dernier spectacle l’automne dernier, avant son décès le 15 novembre des suites d’un cancer de la prostate . La nouvelle a secoué tout le Québec et la francophonie outre-Atlantique. Le chanteur a eu droit à un hommage sans précédent ici pour un artiste décédé, dans une cérémonie nationale où politiciens et admirateurs se sont rassemblés par milliers pour célébrer son oeuvre. 

Les chansons Toune d’automneLes étoiles filantesPlus rienEn berneSur mon épaule et plusieurs autres des Cowboys Fringants figurent parmi les plus grands classiques du répertoire québécois. « La chose qu’on a le plus peur d’oublier des gens que l’on perd, c’est leur voix. Mais je pense que celle de Karl, on va l’entendre encore longtemps », a lancé à juste titre la conjointe du chanteur, Marie-Annick Lépine, lors de la cérémonie au Centre Bell, sous un tonnerre d’applaudissements. 

Karl Tremblay est resté « fringant jusqu’au bout », a écrit dans Le Devoir l’oncologue qui l’a suivi. « Simone et Pauline doivent savoir combien leur papa est courageux, comment il acceptait biopsies, radiothérapie et chimiothérapie sans rechigner simplement pour être là plus longtemps et les voir grandir », a-t-elle dit. Dans un message publié sur Facebook, Mme Lépine a aussi évoqué leurs deux filles : « Elles sont magnifiques. Ne t’en fais pas, je vais bien m’en occuper. »

Olivier Du Ruisseau

 

5. Lunettes

Pierre Poilievre a effectué un changement d’apparence remarqué. 

Qui dit été, dit envie de renouveau. Après avoir arboré un code vestimentaire traditionnel pendant près de 20 ans, le chef conservateur Pierre Poilievre a troqué ses habits et cravates contre des t-shirts — et a même laissé tomber ses lunettes, un élément signature de son apparence jusque-là. « C’est l’été et ma femme me dit que je suis plus beau sans mes lunettes, avait-il lancé en riant lors d’une tournée estivale à Niagara Falls. Mais le plus important, c’est que même sans mes lunettes, j’ai la meilleure vision pour notre pays. »

La métamorphose est survenue peu après que son parti eut gardé de justesse, lors d’une élection partielle, la circonscription d’Oxford, en Ontario. Plusieurs y ont lu une tentative de la part du chef conservateur de se présenter sous un jour plus doux… et d’attirer une nouvelle tranche de l’électorat.

Que ce soit sa nouvelle image décontractée ou son discours axé sur « le gros bon sens », le parti de Pierre Poilievre a grimpé à toute allure dans les sondages nationaux au cours de l’automne, atteignant la plus grande avance dans les intentions de vote pour le parti depuis 2019, selon Angus Reid.

Ses vieilles lunettes ont toutefois continué de faire l’objet de commentaires à la Chambre des communes : « Le chef conservateur n’a aucune vision à long terme pour ce pays, avec ou sans lunettes », lançait encore récemment le premier ministre Justin Trudeau. Les libéraux et le NPD les ont mentionnées à six reprises lors des débats au cours de la session parlementaire.

Sandrine Vieira

 

6. Bague 

C’est la fin pour le couple Justin Trudeau-Sophie Grégoire.

Après avoir porté sa bague de mariage pendant 18 ans, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé, cet été, sa séparation d’avec Sophie Grégoire Trudeau, la mère de leurs trois enfants. Le couple en a fait l’annonce sur ses réseaux sociaux au début du mois d’août, laissant savoir que leur rupture est survenue après « de nombreuses conversations réfléchies et difficiles ». Justin Trudeau est ainsi devenu le deuxième premier ministre canadien à se séparer publiquement de son épouse lorsqu’il était au pouvoir, le premier étant son père.

La nouvelle a fait le tour du monde en quelques minutes : les médias nationaux américains tels que le New York Times et le Washington Post ont rapporté la séparation du couple, tout comme la chaîne britannique BBC. Au centre des chroniques, des éditoriaux et des vox pop, le débat était lancé : le retrait de sa bague modifiera-t-il l’image du premier ministre aux yeux des Canadiens ? Et, dans quelle mesure cette séparation pourrait-elle influencer l’approche politique de M. Trudeau ?

Questionné sur l’impact politique de sa séparation, quelques semaines après son annonce, le premier ministre a déclaré qu’il restait concentré sur la direction du pays et du Parti libéral.

Sandrine Vieira

 

7. Barbie

Les salles de cinéma de la planète ont vu rose pendant des semaines.

L’entreprise américaine Mattel, qui fabrique les poupées Barbie, a vu la vie en rose toute l’année grâce au succès faramineux du film de Greta Gerwig. La comédie mettant en vedette Ryan Gosling et Margot Robbie a obtenu les meilleures recettes de 2023 au box-office mondial, ainsi que les meilleures de tous les temps pour une réalisatrice, dépassant 1,4 milliard de dollars américains.

Les poupées de Mattel et les produits dérivés du film se sont vendus comme de petits pains chauds. Les ventes de leurs poupées seulement ont bondi de 27 % entre juillet et septembre. Rappelons que ce succès est aussi dû à la sortie simultanée du film Oppenheimer de Christopher Nolan, qui a donné lieu au phénomène « Barbenheimer » et à ses drôles de mélanges de rose et de noir dans les salles de cinéma. 

Le deuxième succès au box-office de l’année (plus de 1,3 milliard de dollars américains) vient lui aussi du monde ludique : Super Mario Bros. Le film a généré d’importantes ventes pour Nintendo. Les profits de l’entreprise japonaise ont augmenté de 52 % entre juin 2022 et juin 2023. Non seulement les produits dérivés de la franchise Mario ont été beaucoup plus populaires que dans les années précédentes, mais les ventes des consoles Nintendo Switch ont aussi augmenté.

Olivier Du Ruisseau

 

8. Batterie 

Le projet de « filière batterie » a franchi de nouvelles étapes au Québec.

Cette année, la concrétisation de la « filière batterie » trônait sans doute au sommet de la liste des résolutions du premier ministre François Legault et de son ministre de l’Économie et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon. 

Ils ont appuyé sur l’accélérateur pour que le Québec soit au-devant de la course à l’électrification des transports. À coups de milliards de dollars, le gouvernement caquiste est parvenu, avec l’aide notamment de son partenaire fédéral, à mettre sur pied une chaîne comprenant toutes les étapes de la production d’une batterie. De l’extraction des minéraux à la production des cellules de batteries jusqu’à leur recyclage. 

Au total, les différents projets de cette filière québécoise représentent déjà des investissements de 15 milliards de dollars. Au cours des prochaines années, « on va annoncer au total 30 milliards d’investissements », a prévenu le premier ministre Legault. C’était en septembre, lors de l’annonce à propos de Northvolt. Le producteur de cellules de batteries a choisi la Montérégie pour construire sa première usine nord-américaine. 

Une horde de politiciens était d’ailleurs présente pour l’occasion, posant fièrement avec le petit objet gris très convoité. Or, le projet n’est pas acclamé par tous. Des citoyens et experts reprochent au gouvernement d’y aller à la hâte en ne soumettant pas le plus grand projet industriel privé de l’histoire du Québec à un examen environnemental et social complet et indépendant.

Clémence Pavic

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