23 objets pour se souvenir de l’année 2023, partie 2


Ils ont fait l’objet d’une attention particulière, localement ou mondialement. Ils symbolisent tantôt des événements marquants, tantôt des tendances, tantôt des personnalités. Le Devoir en a sélectionné 23 pour résumer cette année.

9. Pancartes

Les pancartes revendiquant de meilleures conditions de travail pour les employés des secteurs de la santé, des services sociaux et de l’éducation de même que celles critiquant la gestion des fonds publics par le gouvernement Legault ont envahi les rues du Québec ces derniers mois et marqué les esprits. À une première journée de grève du Front commun intersyndical, le 6 novembre, se sont ajoutés plusieurs autres jours de débrayage, qui ont également mobilisé la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec.

Au coeur des demandes des syndicats : un rattrapage salarial tenant compte de l’inflation galopante. Les employés de l’État réclament également une amélioration de leurs conditions de travail. Celles-ci se sont alourdies au cours des dernières années, dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre et de vieillissement de la population, qui affecte tant le réseau de la santé que celui de l’éducation. En marge de Noël, les syndicats membres du Front commun ont tour à tour conclu avec le gouvernement des ententes sectorielles sur leurs conditions de travail. Puis, une entente de principe globale sur les salaires de ces quelque 420 000 employés syndiqués est intervenue avec le gouvernement quelques jours avant le Nouvel An.

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui représente 40 % des enseignants du primaire et du secondaire dans la province, a pour sa part déclenché une grève générale illimitée le 23 novembre, du jamais vu depuis 1983. Sans fonds de grève, des enseignants ont effectué du piquetage devant des écoles et manifesté bruyamment devant les bureaux de François Legault, à Montréal, pour exprimer leur mécontentement. Une mobilisation qui n’a pas été sans impacts sur de nombreux élèves défavorisés ou ayant des besoins particuliers.

Cette grève s’est étirée jusqu’au 28 décembre, date à laquelle elle a été suspendue au terme de négociations corsées avec Québec qui ont mené à l’adoption d’une entente de principe. Celle-ci doit maintenant être approuvée par les membres de la FAE.

23 objets pour se souvenir de 2023

À Hollywood aussi…

Chez nos voisins du Sud, les rues d’Hollywood ont aussi été envahies de pancartes, en pleine grève des scénaristes et des acteurs. Les syndicats de chaque groupe ont réclamé d’une seule voix — pour la première fois depuis 1960 — que des droits résiduels soient versés pour les productions diffusées sur les plateformes et qu’une meilleure protection des droits d’auteur soit assurée en contexte d’expansion de l’intelligence artificielle.

Tout a commencé en avril, lorsque la Writers Guild of America (WGA) a voté la grève, ne parvenant pas à conclure un accord avec l’Alliance of Motion Picture and Television Producers, qui représente les grands studios et les plateformes. Après que plusieurs acteurs eurent exprimé leur soutien envers les scénaristes, ils se sont joints à la grève en juillet.

Ce mouvement de débrayage inédit a causé la plus importante perturbation de l’industrie télévisuelle et cinématographique américaine depuis la pandémie de COVID-19. Plusieurs émissions ont été retirées des ondes, des tournages qui devaient avoir lieu au Canada ont été reportés et le très glamour Festival international du film de Toronto s’est tenu en l’absence de nombreuses stars.

La grève des scénaristes s’est terminée en septembre et celle des acteurs, en novembre.

Les deux syndicats ont obtenu des augmentations de salaire, de meilleures conditions de travail, des droits résiduels pour la diffusion sur les plateformes, des primes en fonction de la popularité des contenus sur les plateformes et certaines protections quant à l’intelligence artificielle.

Zacharie Goudreault et Olivier Du Ruisseau

 

10. Lave-vaisselle

La consommation énergétique des Québécois et la question des tarifs restent à l’avant-plan.

Il a beaucoup été question de faire fonctionner les lave-vaisselle la nuit en 2023, après que le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, eut utilisé cet exemple dans un plaidoyer pour la sobriété énergétique. Au cours des mois qui ont suivi, la question des tarifs d’électricité d’Hydro-Québec a pris plus d’ampleur.

Au début de 2023, M. Legault a affirmé que les tarifs des entreprises seraient revus avant ceux des clients résidentiels, dont l’augmentation soumise à l’inflation a d’ailleurs été plafonnée à la mi-février à 3 % jusqu’en 2025. Hydro-Québec a annoncé, début avril, qu’elle haussait sa cible d’efficacité énergétique de 8 à 25 TWh.

Quelques semaines plus tard, M. Legault a exprimé sa préférence pour que la consommation hors pointe soit favorisée par des tarifs moins élevés, plutôt que de hausser les prix de l’électricité pendant les périodes de forte demande.

En octobre, le premier ministre s’est engagé à ce que les clients résidentiels ne soient « jamais » exposés à des augmentations de tarifs de plus de 3 %. Le mois dernier, le président-directeur général d’Hydro-Québec, Michael Sabia, a affirmé que son plus récent plan de développement tablait sur ce plafond jusqu’en 2035.

De son côté, M. Fitzgibbon a reporté au début de l’année prochaine le dépôt d’un projet de loi, attendu cet automne, où les contours de la tarification pourraient se préciser davantage.

Alexandre Robillard 

11. Ballon 

La Chine a été suspectée d’espionnage… par les airs.

Est-ce un avion ? Est-ce un oiseau ? Non ! C’est un ballon qui survole les États-Unis !

Fin janvier, un appareil gros comme trois autobus est entré dans l’espace aérien américain, au nord de l’Alaska. La découverte a semé rapidement la panique : après avoir pénétré dans l’espace aérien américain le 28 janvier, le ballon a survolé le territoire canadien le 30 janvier, pour revenir ensuite dans l’espace aérien américain, au-dessus de l’Idaho.

Suspecté d’être une tentative d’espionnage de la Chine, le ballon a finalement été détruit le 4 février au-dessus des eaux territoriales des États-Unis, dans l’océan Atlantique. Les débris ont été récupérés par l’armée américaine pour analyse. Pékin a exprimé son « fort mécontentement » après que Washington eut détruit le ballon. « Aujourd’hui, les États-Unis ont pris des mesures décisives pour abattre le ballon de surveillance à haute altitude de la Chine, qui a violé les espaces aériens des États-Unis et du Canada, de même que le droit international », a pour sa part déclaré l’ancienne ministre canadienne de la Défense nationale, Anita Anand.

Bien que la Chine ait soutenu que le ballon était un simple appareil de recherche météorologique ayant dévié de son trajet initial, toutes les sources occidentales ont rejeté cette explication. Le ballon n’avait finalement récolté aucun renseignement lors de son trajet au-dessus d’installations militaires stratégiques. Il était toutefois bien équipé d’outils d’espionnage, et non destiné à la météo.

Sandrine Vieira

12. Bracelet de l’amitié

Taylor Swift a enchaîné les succès dans plusieurs domaines.

 

Sacrée personnalité de l’année par le magazine Time, Taylor Swift n’a cessé de briller sous le feu des projecteurs cette année. Elle est devenue l’artiste ayant récolté le plus grand nombre d’écoutes sur les plateformes numériques, lesquelles s’élèvent à plus de 26 milliards sur Spotify seulement. Sa tournée Eras est aussi devenue la plus lucrative de l’histoire, tout comme son film, qui a battu tous les records de films de concert au box-office.

Dans les arénas et les salles de cinéma où la tournée était présentée, les admirateurs de la chanteuse, appelés Swifties, étaient nombreux à porter des bracelets de l’amitié, en référence à sa chanson You’re on Your Own, Kid.

Olivier Du Ruisseau

 

13. Cartables 

La saga du troisième lien a pris fin… pour le moment.

La grosse pile de cartables de la ministre des Transports était impossible à rater quand elle s’est présentée devant les médias le 20 avril à l’Assemblée nationale. Geneviève Guilbault avait hérité du rôle ingrat d’officialiser l’une des décisions les plus impopulaires du mandat de son gouvernement : l’abandon du troisième lien routier entre Québec et Lévis. Les motifs ? La pandémie, le télétravail et la réduction de la circulation entre les deux rives. « On n’a pas le choix, de manière factuelle et empirique, de se fier aux chiffres qu’on a aujourd’hui », avait expliqué la ministre, en soulignant que la décision avait été très « difficile ». Et pour cause, l’adhésion inconditionnelle de la Coalition avenir Québec (CAQ) au projet avait beaucoup contribué à sa popularité dans la région de Québec.

Les fameux cartables visaient, à l’évidence, à montrer que la décision se basait sur beaucoup, beaucoup de documentation. « Toutes les personnes qui peuvent être intéressées, vous avez désormais 8000 pages que vous pouvez lire là-dessus, dont 6000 nouvellement [ajoutées] aujourd’hui », avait-elle dit. L’invitation était lancée. Quelques heures plus tard, on constaterait, à la lecture des fameuses études, que l’une d’elles affirmait le contraire de ce que la ministre venait de prétendre : « Le ministère  est d’avis qu’il serait raisonnable de conclure que le télétravail a peu d’effets sur l’achalandage du réseau routier et le transport collectif. »   

Isabelle Porter

 

14. Thermomètre

La planète Terre a encore essuyé de nouveaux records de chaleur.

 

Huit ans après la signature d’un accord mondial de lutte contre la crise climatique, 2023 est venue confirmer de façon spectaculaire que le réchauffement planétaire se poursuit à un rythme sans précédent, au point où l’année qui se termine est la plus chaude de l’histoire de l’humanité. Déjà, à la lumière des premiers mois de l’année, le service sur le changement climatique de l’observatoire européen Copernicus prévoyait une moyenne mondiale plus chaude de près de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Concrètement, cela signifie que les dérèglements du climat avoisinent déjà le seuil à ne pas dépasser pour éviter le pire de la crise et une aggravation de ses effets : sécheresses, canicules, événements climatiques extrêmes, déclin de la biodiversité, etc. Si la tendance se maintient, ce seuil sera dépassé  d’ici tout au plus 10 ans. À moins que la communauté internationale fasse preuve d’ambition climatique et accélère la sortie des énergies fossiles.

Alexandre Shields

 

15. Les toilettes mixtes

La question de l’identité de genre chez les jeunes a rebondi à l’Assemblée nationale.

La saga de l’identité de genre a commencé par des toilettes mixtes ; le gouvernement demande aujourd’hui à un « comité de sages » d’étudier la question.

En septembre, le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, a senti le besoin d’intervenir pour demander à une école de « rectifier le tir » après qu’elle eut transformé une partie de ses toilettes en « toilettes mixtes ».

« Imaginez une école secondaire. On a des jeunes filles de 13, 14, 15 ans. J’imagine la scène : une jeune fille qui commence à avoir ses règles, par exemple, et qui sort du cubicule. Puis, il y a des garçons à côté, de 13, 14 ans, qui la regardent », a-t-il dit à l’ouverture de la session parlementaire.

Pour l’élu lévisien, une « réflexion » s’ouvrait. Même si le ministère de l’Éducation avait recommandé dès 2021 de « prévoir des lieux d’intimité neutres permettant le libre choix des élèves et du personnel », M. Drainville a maintenu sa position : il faudrait que l’État se penche sur les défis entourant l’identité de genre, chez les jeunes et au-delà.

Le gouvernement Legault a annoncé dans les semaines suivantes la création d’un « comité de sages » pour étudier la question. La réaction virulente à l’absence de personnes trans ou non binaires dans le groupe n’aura pas fait bouger Québec : « On a décidé de faire autrement », a soutenu la ministre de la Famille, Suzanne Roy.

L’élue caquiste assure que les droits de la communauté LGBTQ+ ne reculeront pas après l’émission des recommandations du comité à l’hiver 2025. 

François Carabin

 

16. La tente

Le nombre d’itinérants au Québec a augmenté de près de 50 % en cinq ans.

Après la crise du logement, la crise de l’itinérance. De récentes données de l’Institut national de santé publique du Québec indiquent que le nombre d’itinérants a atteint 10 000 l’an dernier dans la province. De plus en plus de personnes sont forcées de vivre dans une tente, incapables qu’elles sont de trouver des logements sociaux ou abordables.

Les villes  sont toutefois devenues de plus en plus inhospitalières pour ces personnes. En octobre, Le Devoir a révélé que 12 879 campements de personnes en situation d’itinérance avaient été démantelés par les forces de l’ordre et des employés municipaux dans les cinq villes les plus populeuses du Canada. À Montréal, les campements sous le viaduc Ville-Marie et sous un viaduc de la rue Sainte-Catherine Est, tous deux démantelés, ont particulièrement retenu l’attention.

Olivier Du Ruisseau

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