400 médecins demandent au gouvernement de ne pas légiférer sur l’avortement

Après le Barreau du Québec et des groupes de femmes, 400 médecins mettent en garde le gouvernement Legault au sujet des périls d’une nouvelle loi sur le droit à l’avortement.

« Les femmes du Québec n’ont pas besoin d’une loi, mais d’un réel accès à des soins de santé reproductive », ont écrit 402 médecins dans une lettre acheminée lundi au ministre de la Santé, Christian Dubé. La communication, que Le Devoir a consultée, a aussi été envoyée au premier ministre, François Legault, et à la ministre responsable de la Condition féminine, Martine Biron.

Cette dernière avait annoncé, en avril, son intention de légiférer pour « sacraliser » le droit à l’avortement au Québec. Mme Biron a par la suite organisé des rencontres avec des juristes, des groupes de femmes et des organisations du milieu de la santé.

Dans une série de sorties publiques, des représentants de ces trois groupes ont tenté de décourager la ministre d’aller de l’avant avec sa proposition. En légiférant, Mme Biron risque en fait d’ouvrir la porte à une limitation du droit à l’avortement, a notamment fait valoir le Barreau. « Tant que la loi va être sur la table, on va continuer de [faire] passer le message que c’est une mauvaise idée », a aussi affirmé au Devoir la Dre Geneviève Bois.

La médecin de famille fait partie des signataires de la lettre transmise au ministre Dubé. « Plutôt qu’une loi, décriée par les acteurs du milieu, dont le potentiel de nuire au droit à l’avortement est significatif, nous demandons la mise en place de mesures favorisant l’accès aux services d’avortement et de santé reproductive en général », écrivent les médecins dans la missive.

Des contraceptifs gratuits

 

En s’appuyant sur un récent rapport de la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN), les médecins demandent au gouvernement du Québec de « rendre les contraceptifs sur ordonnance gratuits pour toutes et tous ».

« Le droit à avoir l’avortement qu’on veut, ça veut aussi dire avoir le droit de ne pas tomber enceinte si on ne le veut pas », a fait valoir la Dre Bois en entrevue. Dans leur lettre, les médecins citent des chercheurs qui ont observé « que la réduction du coût des contraceptifs pouvait en augmenter l’utilisation et réduire les grossesses non planifiées, en particulier chez les personnes les moins fortunées ».

Le droit à avoir l’avortement qu’on veut, ça veut aussi dire avoir le droit de ne pas tomber enceinte si on ne le veut pas.

Ce type de mesure peut aussi mener à des économies à long terme, a souligné le Dr Elio Dario Garcia, président de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec. Son organisation appuie les demandes formulées dans la lettre des médecins. « En médecine, la meilleure chose à faire, c’est toujours la prévention. Quand ça n’a pas fonctionné, on passe au traitement. Ici, la prévention, c’est l’accès à la contraception », a-t-il affirmé au Devoir.

Mme Biron a eu une rencontre avec le vice-président de son association, a-t-il ajouté. « L’intention de la ministre est bonne », a souligné le Dr Garcia. « Mais l’inquiétude qu’on a, c’est que […] ça puisse donner une chance dans l’autre sens : qu’il y ait des gens qui veulent commencer à encadrer davantage et limiter l’accès », a-t-il poursuivi.

Sollicité lundi, le cabinet de la ministre Biron n’a pas voulu dire si l’élue allait toujours de l’avant avec son offensive législative. « Tout comme les médecins, nous avons lu le rapport de la FQPN. Nous sommes en phase avec leurs recommandations », a écrit son attachée de presse, Catherine Boucher. La ministre poursuit son analyse et ses rencontres. « Notre intention est claire : protéger le droit des femmes de choisir l’avortement », a-t-elle souligné.

Un meilleur accès

 

Outre la gratuité des contraceptifs, les médecins signataires demandent au gouvernement « d’implanter des normes minimales pour garantir l’accès à des services d’avortement ». En clair, ils souhaitent que Québec prenne un « réel engagement » pour « assurer l’accès au service d’avortement partout à travers la province, dans des délais optimaux ».

Des régions comme l’Outaouais, la Capitale-Nationale ou Chaudière-Appalaches n’ont encore qu’un seul point de service pour les avortements, rappelle la Dre Bois. Et « même s’il y a beaucoup de points de service en théorie, il y en avait exactement zéro qui offrait le service les soirs et les fins de semaine jusqu’à il y a quelques mois », a rappelé la médecin. Le service avec des heures étendues vient tout juste de commencer dans un centre de services montréalais.

Délais d’attente, plages horaires limitées : les femmes qui ont besoin d’un avortement doivent parfois parcourir de longues distances pour obtenir les services dont elles ont besoin. « À Montréal, je sers des femmes de Québec et, à Gatineau, je sers des femmes de l’Abitibi », a affirmé la Dre Bois.

Avec Florence Morin-Martel

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