«À demain peut-être», le jour de la marmotte de Galaxie

Ça n’avait pas été annoncé, mais Galaxie ressort aujourd’hui de son trou, et avec ce ciel gris qui nous ennuie depuis presque deux mois, il ne risque pas de voir son ombre. Aujourd’hui paraît l’album surprise À demain peut-être, signe que le printemps arrivera tôt pour les amateurs de rock québécois. Rencontre avec le leader Olivier Langevin, qui nous reçoit dans son terrier, le studio Planet, dans le quartier La Petite-Patrie, à Montréal.

Bon ! Voilà Langevin qui nous fait le coup de Beyoncé en lançant un album surprise. « J’allais justement dire que ce n’est pas du tout pour faire un coup à la Beyoncé ! dit-il en riant. Avoir voulu faire ça, je n’aurais rien dit — j’ai souvent annoncé en entrevue que ça s’en venait… »

L’effet est le même. Chouette ! Encore une salve de gros rock sale comme on l’aime depuis… combien de temps déjà ? Vingt-deux ans, depuis la parution du premier album du groupe, alors nommé Galaxie 500, en hommage au modèle de voiture, gros comme un yacht, fabriqué par Ford dans les années 1960 et 1970. Inconsciemment aussi, peut-être, un hommage au modèle de production à la chaîne inventé par Henry Ford : les fans attendaient le nouveau Galaxie comme chaque fois que le groupe Gros Mené termine un cycle de création.

La roue musicale de Langevin tourne toujours dans le bon sens : une année paraît un album de l’ami Fred Fortin, la suivante, un de son groupe rock Gros Mené, puis vient le tour de Galaxie. À peu près les mêmes musiciens sur scène, pas toujours aux mêmes instruments. « C’est le jour de la marmotte ! lâche Olivier. En plus, d’un projet à l’autre, on finit toujours par jouer aux mêmes endroits. Mais on ne se plaint pas ! »

Langevin, Fred Fortin, Pierre Fortin (l’as ingénieur de son, et batteur dans Galaxie) et leurs complices ont ainsi perfectionné l’art de gagner sa vie en jouant de la musique que boudent les circuits commerciaux, à commencer par la radio. « Pour le dire de manière platement mercantile, on se crée de la job, reconnaît Langevin. On ne s’en rendait pas compte au début, mais au fil du temps, on comprend que de faire tourner les trois projets — Fred en solo, Gros Mené et Galaxie —, ça nous garde en vie et nous a permis de bâtir un bassin de fans, souvent les mêmes qui nous suivent d’un projet à l’autre. »

« Bon, on n’a probablement pas inventé le concept, mais aujourd’hui, je trouve ça beau de voir les amis, la gang de jeunes — je parle comme si j’étais un vieux ! —, la gang de jeunes qui jouent tous aussi dans les projets des autres. » Le modèle d’affaires de la tribu musicale du Lac-Saint-Jean est aujourd’hui imité, avec succès, par la nouvelle génération. Pensons à NOBRO et Les Shirley, à Choses Sauvages/La Sécurité/Totalement Sublime, au clan de Québec formé par Lou-Adriane Cassidy, Thierry Larose, Ariane Roy et Alex Martel. « Y’a aussi la gang de Bon Enfant […] Alex Burger, qui a son propre projet, Étienne [Côté], de Lumière, qui joue de la batterie, Mélissa Fortin, qui a son projet solo. C’est le fun : tu vas voir Bon Enfant en concert, c’est comme si y’avait quatre bands sur scène ! »

Blues, pas blues

Olivier Langevin assure pourtant s’être demandé si un nouvel album de Galaxie était nécessaire. « J’étais en réflexion ; on cherche toujours à savoir si c’est pertinent d’en enregistrer un nouveau, et en plus, j’étais occupé par d’autres projets », une musique originale pour la série télévisée Bon matin Chuck (ou l’art de réduire les méfaits) (réalisée par Jean-François Rivard, d’abord diffusée sur Crave), et celui d’un ensemble jazz instrumental dans l’esprit du Large Ensemble, monté par l’ami Dan Thouin. « Quand Pierre [Girard] m’a forcé à retourner en studio, juste pour le trip de voir ce qui en sortirait, on a eu du fun », enregistrant même une première chanson de l’album, le groove rock caoutchouteux Dolbeau.

« Pierre m’a dit : sors tout ce que tu as mis de côté, parce que je suis une bibitte de studio, je suis tout le temps ici à enregistrer des affaires. » Un tri fut fait, les gros riffs blues, les grooves comme Anomie en ouverture, qui sonne un peu comme du Jane’s Addiction bien dégourdi, des démos de chansons jouées seulement au piano, une autre plus blues acoustique, « un peu comme du Dylan ». « Rien qui “fittait” ensemble. En réécoutant, je me disais : c’est n’importe quoi. Eh ben voilà, ce sera ça, l’album ! »

Bon, on n’a probablement pas inventé le concept, mais aujourd’hui, je trouve ça beau de voir les amis, la “gang” de jeunes — je parle comme si j’étais un vieux ! —, la “gang” de jeunes qui jouent tous aussi dans les projets des autres.

Le plus éclaté de la discographie de Galaxie. Une décharge punk (Ramen soupe), un gros blues électrique sale (Le spleen de Montréal), une affaire électro dansante sertie de synthés (Cucumber Moon). On y trouve même une ballade, Lune, sous influence « beatlesque » ! « Clairement à la manière de Lennon, confirme Langevin. Fred l’avait entendue, en passant par le studio. La chanson n’était pas encore là, sans mots, juste des notes au piano. Lui ai répondu : “Ah ! Je me prends pour Lennon et Patrick Watson à matin !” » En finale, un long solo de guitare, dans le style de George Harrison.

Pour les chansons écrites, Olivier a convoqué les amis en studio, Fortin à la basse, Frank Lafontaine (Karkwa) aux claviers, Pierre Fortin à la batterie, Karine Pion aux choeurs et aux percussions. « On joue. Même si ça n’a pas l’air de rentrer dans la vibe, on fait la chanson. Plusieurs n’ont pas été retenues pour l’album parce qu’elles étaient trop out. Je ne m’inquiète pas pour la cohésion, parce que lorsque tu mets tous les musiciens ensemble en studio, ils fournissent le liant, l’enrobage. C’est l’énergie de la gang qui fait Galaxie. Oui, c’est l’album le plus disparate que j’ai fait, mais la sauce a fini par prendre. »

À demain peut-être

Galaxie, Lazy at Work

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