A l’école Littré, les « excuses » de la ministre n’apaise pas la colère

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Une polémique, dans l’éducation, c’est un peu comme une balle en mousse dans la cour de l’école primaire. Même quand on la croit hors d’usage, elle finit toujours par rebondir encore un peu. Surtout pour une rencontre au sommet à la pause de midi. Fraîchement nommée à la tête de l’Education nationale, Amélie Oudéa-Castéra avait rendez-vous mardi à l’école élémentaire Littré, dans le 6e arrondissement de Paris. AOC y a fait scolariser son fils aîné six mois durant, avant d’opter pour Stanislas, un établissement privé dont les méthodes ont été épinglées par Mediapart. Pour justifier son choix, l’ancienne championne de tennis avait avancé « les paquets d’heures pas sérieusement remplacées ».

Quatre jours plus tard, la ministre à la double casquette (Education nationale et Sports et Jeux olympiques) a tenté de se redonner à Littré ce qu’elle a déjà entamé en moins d’une semaine : du crédit. Devant les grilles de l’école, Laurent attend sa fille scolarisée en CM2 pour la pause du midi. S’il estime qu’Amélie Oudéa-Castéra a dénoncé une « réalité », il estime « que c’est maladroit de faire comme ça ». « A Littré, il y a très souvent des remplacements pour combler les absences. Pour moi, elle a craqué », souffle le père de famille.

« Retourne dans le privé, t’as rien à faire ici »

Au lendemain d’une lettre ouverte dénonçant les propos ministériels, une association de parents d’élèves, APEI Littré, aimerait sortir de la polémique. « Il faut passer à autre chose et avancer sur les sujets d’Education nationale, avec ou sans elle, idéalement avec un ministre entièrement consacré à l’Education », estime Oneida de Liedekerke, parent d’élève membre de l’association contactée par 20 Minutes. Mais, devant Littré mardi matin, l’heure n’est pas à la détente des relations.

Venue s’entretenir avec les professeurs, la ministre a été reçue par les invectives et les sifflets à sa sortie de voiture, devant une soixantaine de journalistes présents. « C’est du mépris et des mensonges, c’est insupportable, juge Nadine, 65 ans, ancienne directrice d’école et syndiquée au SNUipp-FSU, alors qu’un petit groupe de contestataires s’époumone, en face de l’école. Je pense que le mal est fait, mais elle vient s’excuser réellement. »

« Retourne dans le privé, t’as rien à faire ici », crie Yvan, persuadé que la ministre a croisé son regard. Casque de vélo à la main gauche, vapoteuse dans l’autre, ce professeur des écoles remplaçant dans le 11e, ne décolère pas. « Pour moi, il faut qu’elle démissionne et qu’on change la politique menée en sept ans de macronisme », soutient le quinquagénaire, syndiqué chez Force ouvrière.

Des excuses de la ministre, pas suffisantes pour les syndicats

Cosecrétaire générale du syndicat SNUipp-FSU, Blandine Turki a dénoncé les propos de l’ex-directrice générale de la fédération française de tennis, qui a selon elle « utilisé le manque de moyens actuels en faisant référence à une ancienne époque ». Avant de subir un contrôle d’identité dès la fin de son interview.

Un accès filtré à l’entrée de l’école, une meute de journalistes, quelques passants incrédules, une poignée de curieux… Dès lors que la ministre s’est engouffrée dans l’établissement, l’ambiance s’est résumée à ça. Un peu plus d’une heure plus tard, AOC a assuré avoir présenté des « excuses » aux enseignants de Littré. La ministre a estimé qu’elle « devait » ces « excuses » pour avoir « blessé » les enseignants. « Ce qu’elle n’a pas mesuré, c’est qu’elle doit des excuses à l’ensemble de la communauté éducative, pas qu’aux enseignants de Littré », coupe Guislaine David, Cosecrétaire générale et porte-parole du SNUipp-FSU.

« Si demain je tenais les propos de la ministre, automatiquement les syndicats de profs me tomberaient dessus. Donc quand ça vient de la ministre de l’Education, c’est assez déroutant. On a l’impression que la ministre s’est exprimée comme un parent inexpérimenté, pas au fait de la problématique des professeurs non remplacés », embraye Emmanuel Garot, porte-parole de la Peep, une fédération de parents d’élèves.

Le Snes-FSU, Force ouvrière, CGT éduc’action, éducation Sud solidaires et Force ouvrière avaient lancé un appel à la grève unitaire le 1er février prochain, avant la polémique. Le mot d’ordre ? Exiger de meilleures conditions de travail et une plus grosse rémunération. « On ressent une vraie colère sur le terrain, elle n’est pas retombée, et elle peut se cristalliser après les déclarations de la ministre, prévient Guislaine David. Ce matin, ça a juste remis un jeton dans la machine. »

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