À Montréal, un autre campement de fortune menacé en pleine crise du logement

Plusieurs Montréalais qui ont été évincés de leur logement se sont retrouvés par un concours de circonstances à s’entraider pour survivre dans un campement qui a pris forme sous un viaduc de la rue Sainte-Catherine Est, dans l’arrondissement de Ville-Marie. Ils ont toutefois défait leur tente mardi matin, sous la menace d’un démantèlement par la Ville.

Lors du passage du Devoir, quatre tentes étaient toujours en place sur le lieu de ce campement improvisé qui a accueilli une dizaine de résidents dans les derniers mois, de même que plusieurs itinérants qui s’y rendaient de façon ponctuelle pour se réchauffer et avoir un peu de compagnie.

« Ce n’est pas vraiment mon style de dépendre des refuges, à moins que ce soit vraiment une urgence », évoque en entrevue Nathan Akindolire. L’homme de 34 ans s’est retrouvé en situation d’itinérance il y a deux ans après que ses revenus d’emplois ont écopé du contexte pandémique. « Je ne pouvais plus me payer mon loyer, donc je me suis retrouvé à la rue », poursuit-il.

À la suite de la visite de policiers la semaine dernière, l’homme s’apprêtait mardi matin à devoir quitter ce campement où il demeure depuis deux mois, à la demande des autorités. Mais comme plusieurs autres occupants du site, il ignore ce que l’avenir lui réserve, au moment où les refuges de la métropole peinent à répondre à la demande dans un contexte d’augmentation de la population itinérante de près de 49 % sur l’île de Montréal, selon le dernier recensement, mené l’an dernier à l’échelle de la province.

« Ça fait depuis octobre que les refuges sont pleins », relève d’ailleurs en entrevue le porte-parole d’Ensemble Montréal en matière d’itinérance, Benoit Langevin, qui réclame depuis des semaines un accroissement des lits disponibles pour accueillir les sans-abri dans la métropole.

Un avenir incertain

 

Dans ce contexte, plusieurs occupants se préparaient mardi à quitter les lieux sans vraiment savoir ce que l’avenir leur réserve. « Je ne sais pas du tout. Je n’ai pas de place où aller », confie Anthony Pelletier, qui s’est retrouvé il y a moins d’une semaine dans ce campement, après avoir été évincé de son logement. Il rejette l’idée de se tourner vers un refuge, où il appréhende la présence de vermines. « J’aime mieux vivre dehors dans le froid ; il n’y en a pas de bibittes dehors », lance-t-il.

« Ce qu’on a ici, ce qu’on a ramassé, c’est ce qu’il nous reste dans la vie. Il ne nous reste pas grand-chose d’autre », soupire pour sa part France, avant d’éclater en sanglots. Elle a refusé de donner son nom de famille pour éviter de précariser sa situation déjà fragile. « Ça fait un an que je suis complètement dans la rue », poursuit la dame, qui dépend de l’aide sociale pour survivre. « On va s’arranger comme on peut. On est pas mal sur le qui-vive ce matin », poursuit-elle.

Contactés par Le Devoir, la Ville de Montréal et le SPVM n’ont pas été en mesure de fournir dans l’immédiat des détails concernant le démantèlement prévu de ce campement. Peu avant 10 h, des policiers du SPVM sont arrivés à l’intersection près de laquelle se trouve ce campement, tandis qu’une dizaine de manifestants dénonçaient à coups de slogans les démantèlements de campements répétitifs depuis le début de l’année à Montréal. Les deux voitures de police ont toutefois quitté les lieux une quinzaine de minutes plus tard sans se rendre sur le lieu du campement.

Le ministère des Transports et de la Mobilité durable, impliqué dans d’autres démantèlements dans les derniers mois, a pour sa part été en mesure de confirmer ne pas être impliqué dans ce dossier, puisque le terrain en question ne lui appartient pas.

Des démantèlements « contre-productifs »

Le milieu communautaire a profité de la menace qui planait mardi quant au démantèlement de ce campement dans Ville-Marie pour dénoncer le manque de tolérance de la Ville à l’égard des abris de fortune qui prennent forme régulièrement sur des terrains publics, à l’abri des regards de la plupart des citoyens.

« Les démantèlements, c’est contreproductif. Ça éloigne des gens de leur réseau social, de leurs ressources communautaires et des services, en plus de les isoler possiblement et de créer encore plus d’instabilité et de précarité dans leur vie », déplore en entrevue Émilie Roberge, qui est coordonnatrice du travail de proximité à l’organisme Spectre de rue. Elle estime ainsi que les campements de fortune devraient être tolérés par la Ville, en attendant que celle-ci ait des alternatives concrètes à fournir aux itinérants dans le besoin. L’élu d’opposition Benoit Langevin questionne d’ailleurs la « légalité » de ces démantèlements, dans le contexte actuel du manque de places disponibles dans les refuges de la métropole.

L’organisateur Jérémie Lamarche, du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes à Montréal (RAPSIM), rappelle d’ailleurs que de nombreux refuges ne sont pas en mesure de répondre aux besoins particuliers des itinérants qui sont par exemple en couple ou qui ont des animaux. « Il n’y a pas assez de ressources pour la diversité de visages qu’il y a », relève-t-il.

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