Accueillir la nouvelle année, un plat à la fois

Les soirées du 31 décembre, qui sont généralement l’occasion de se rassembler en famille ou entre amis pour accueillir la nouvelle année au coup de minuit, ont aussi leurs propres traditions culinaires qui diffèrent d’un pays à l’autre. Pour vous inspirer en vue de votre prochain réveillon, ou simplement vous mettre l’eau à la bouche, voici une sélection de plats typiques à découvrir.

Bulgarie — La banitsa, l’un des plats les plus emblématiques de la cuisine bulgare, est aussi préparé dans le cadre de rituels spécifiques au 31 décembre. Il s’agit d’une pâtisserie à base de pâte phyllo, généralement fourrée avec du yogourt ou du fromage. Elle peut être sucrée ou salée, mais la plupart des banitsa sont faites avec du fromage feta et des oeufs. 

« La veille du jour de l’an, on prépare une banitsa et on y insère des papiers sur lesquels on écrit des voeux pour l’année à venir, explique Radostina Raycheva, une enseignante montréalaise née en Bulgarie. On y « plante » aussi des brindilles de cornouillers avec des bourgeons, et ces bourgeons symbolisent ce que la nouvelle année va apporter. On y accroche de courtes phrases avec des souhaits. Les principaux voeux ont pour thème la santé, la chance, l’amour et la richesse. » 

Haïti — La soupe joumou, préparée en Haïti à l’occasion du nouvel an, recèle une histoire éminemment politique. Il faut savoir que le 1er janvier est aussi le jour de d’indépendance d’Haïti. Cette soupe, réalisée avec des giraumons (un genre de courges), du boeuf, des pommes de terre, des légumes et des épices, était autrefois uniquement servies aux maîtres d’esclaves français sur les plantations. 

Or, le 1er janvier 1804, la consommation de la soupe joumou a été autorisée pour tous, pour symboliser l’indépendance du pays et faire un pied de nez à la France coloniale. Depuis décembre 2021, elle fait partie du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

Mexique — Le Mexique a son propre gâteau des rois, le rosca de reyes. « C’est vraiment similaire galettes et aux gâteaux des rois français, explique Gabriel Saúl, un musicien montréalais dont la famille vit entre le Mexique et le Canada. Celui qui mange sa part de rosca et qui trouve le petit jésus en céramique qu’on a glissé à l’intérieur doit ensuite organiser une fête de tamales et inviter tous ceux avec qui il le mangeait. » 

« C’est devenu une blague parmi les mexicains : personne ne veut organiser une fête et cuisiner des tamales pour une vingtaine de personnes. Alors on entend souvent dire : “j’ai avalé jésus parce que je ne voulais pas cuisiner”. C’est vraiment une tradition qui se fait en famille ou entre amis, avec un gros groupe, parce qu’il faut ensuite organiser le souper de tamales. » 

Tunisie — En Tunisie, le couscous est particulièrement prisé pour le nouvel an, que ce soit le 31 décembre ou en été (date variable), pour le ras el am el hejri, le premier jour de l’année hégirienne. Les couscous à la viande séchée (kaddid) et aux poissons sont les plus courants. 

« Le couscous au poisson est un plat typique de la Tunisie, soutient Sana Matboui, une informaticienne lavalloise née en Tunisie. La majorité de nos grandes villes se trouvent sur la côte de la Méditerranée. Le poisson est donc très important dans nos traditions culinaires. Nous sommes d’ailleurs le seul pays du Maghreb à faire des couscous rouges (épicés). La Tunisie est aussi très connue pour la makarouna bel salsa, une recette de pâtes épicées. Dans la famille Amazigh (berbère) de mon père, on la mange avec du boeuf, et dans la famille de ma mère, avec du poisson. » 

Japon — Les Japonais célèbrent la transition vers la nouvelle année avec le toshikoshi soba, un bol de nouilles de sarasin, lors du Ōmisoka (réveillon du nouvel an). Le mot toshikoshi signifie littéralement « passage de l’année », et l’on dit que manger du soba le soir du nouvel an permet de commencer l’année en se portant chance. 

Le soba tirerait ses origines de l’époque d’Edo (1603-1867). Il est consommé un peu partout au pays le 31 décembre. Puisque le sarasin peut survivre à des hivers rigoureux, on dit que le soba symbolise aussi la force et la résilience. 

Québec — Pour le meilleur et pour le pire, notre tour d’horizon des traditions culinaires des fêtes ne serait pas complet sans la mention du pain sandwich et de l’aspic du Québec. Nous avons d’ailleurs consacré un article l’an dernier à ces mets malaimés, qui regagnent en popularité, notamment auprès des jeunes. 

« Mes parents, originaires du Saguenay, habitent dans l’ouest de Montréal depuis une trentaine d’années, raconte Olivier Maltais, un travailleur culturel montréalais. Le pain sandwich est une tradition chez nous, mais ma mère m’a fait remarquer que mon oncle n’en fait pas chez lui. Elle m’a dit qu’elle en faisait, elle, en partie pour se rappeler son enfance au Saguenay. Mes deux grands-mères en préparaient pour le réveillon quand mes parents étaient jeunes. On en fait une fois par année, parce que c’est bon, mais c’est aussi beaucoup de travail, alors c’est mieux d’en faire en contexte de partage et de célébration. »

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