« Bernadette » : la première dame en révolte

Le 7 mai 1995, à l’issue du second tour de votes, Jacques Chirac est élu président de la République française. Cela, comme l’avait prédit Bernadette Chirac, son épouse, qui est elle-même une représentante élue. Or, cette dernière constate, dépitée, que son mari avide de lumière et de femmes n’a que faire de ses conseils. Dans l’ombre, la « femme de » ! Humiliée à répétition, Bernadette Chirac en a un jour assez. Le président n’a que faire du flair politique infaillible de la première dame ? Fort bien : elle en usera à son propre avantage. Au grand dam de monsieur, voici madame devenue une personnalité politique et publique incontournable. Dans la satire politico-biographique Bernadette, Catherine Deneuve amuse et s’amuse à égales mesures.

Le film a été réalisé et coscénarisé par Léa Domenach. Ses parents sont les journalistes Michèle Fitoussi et Nicolas Domenach. Le second est en l’occurrence un spécialiste de Jacques Chirac, dont il a coécrit la biographie en trois tomes. Il est par conséquent permis de supputer que Léa Domenach devait connaître le sujet à fond bien avant de s’en inspirer pour un film. Mais justement, il est intéressant de noter que ledit sujet n’est pas Jacques Chirac, mais Bernadette Chirac.

Campé de la victoire de 1995 à la défaite de 2007, le film, qui s’annonce d’entrée de jeu comme une fiction tout en collant de très près aux faits tels qu’ils furent abondamment documentés, propose ainsi le portrait d’une femme non pas qui s’émancipe, mais qui se réinvente. En cela que la protagoniste demeure un produit de son temps et de son rang : comme elle le déclare elle-même à un moment, elle tient à préserver son « côté vieille France ».

Pour autant, elle n’entend pas faire de la figuration à l’Élysée, comme le voudraient son mari (Michel Vuillermoz) et les conseillers de celui-ci, dont leur fille Claude (Sara Giraudeau).

À cet égard, si Léa Domenach éclaire son héroïne sous un jour résolument flatteur, elle n’en expose pas moins les zones d’ombre du personnage. On pense, par exemple, à une importante rupture d’une promesse vis-à-vis de son autre fille, Laurence (Maud Wyler).

De rires et de justesse

 

Doté d’un rythme allègre, le film oscille entre l’observation de moeurs, la farce matrimoniale et, il va sans dire, la satire politique. On ne force la note dans aucun des registres.

À la réalisation en revanche, Léa Domenach semble parfois indécise. Il est des passages, comme le prologue où une chorale résume la vie de la protagoniste, ou encore comme la virée en boîte de nuit, qui relèvent d’une approche plus fantaisiste, voire kitsch. Laquelle approche n’est pas sans rappeler celle de François Ozon dans Potiche, où Catherine Deneuve incarne un personnage parent sur fond thématique similaire.

La majorité du temps toutefois, la réalisatrice privilégie une mise en scène certes efficace, mais assez effacée (en contraste avec l’héroïne). L’effet dissonant qui en résulte n’est pas heureux.

Et puis, que l’on soit ou non féru de politique française, les développements n’étonnent guère. Sauf que les rires sont là. Surtout, les observations sont justes. Enfin, au risque d’insister, il y a Catherine Deneuve, royale de bout en bout. Pardon : présidentielle.

Bernadette

★★★ 1/2

Comédie satirique de Léa Domenach. Avec Catherine Deneuve, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz, Sara Giraudeau, Maud Wyler. France, 2023, 92 minutes. En salle.

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