Blinken au Mexique pour tenter de trouver une issue au casse-tête de l’immigration

Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a rencontré mercredi pendant deux heures le président mexicain pour tenter de désamorcer la crise du nouvel afflux de migrants à la frontière, sujet d’un débat politique brûlant aux États-Unis.

À la veille d’une année électorale, ce rare déplacement pendant les Fêtes intervient au moment où les élus républicains au Congrès exigent un accord sur l’immigration avec le gouvernement de Joe Biden en échange de leur soutien à une nouvelle enveloppe d’aide pour l’Ukraine.

Les États-Unis ont d’ailleurs annoncé mercredi le déblocage de 250 millions de dollars d’aide militaire pour l’Ukraine, leur dernière tranche disponible sans un nouveau vote au Congrès américain.

« Nous allons avoir des réunions périodiques », a déclaré la secrétaire (ministre) des Relations extérieures, Alicia Bárcena, renvoyant les journalistes à un prochain communiqué sur la rencontre.

« Nous allons travailler ensemble avec le Guatemala, avec l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale », a-t-elle ajouté, répétant que le Mexique souhaitait s’attaquer « aux causes structurelles » de la migration.

Ces dernières semaines, quelque 10 000 personnes par jour ont tenté de traverser illégalement la frontière sud des États-Unis, soit près du double des chiffres enregistrés avant la pandémie. 

Et une caravane de milliers de migrants a quitté le sud du Mexique dimanche pour tenter de rejoindre les États-Unis.

 

« Personne ne va arrêter la migration. Personne ne peut arrêter avec tout l’or du monde le fait que des gens cherchent des meilleures conditions de vie », a déclaré à la presse un activiste organisateur de cette marche, Luis Garcia Villagran.

Débordées par l’afflux, les autorités américaines ont dû fermer des postes-frontières pour s’occuper des migrants qui tentent des traversées clandestines. 

Jeudi, deux migrants sont morts noyés à la frontière côté mexicain près de la ville de Matamoros, d’où ils essayaient de passer aux États-Unis, en tentant d’échapper à la surveillance de la migration mexicaine, d’après des images que l’AFP s’est procurées.

Le secrétaire d’État était accompagné du ministre de la Sécurité intérieure, chargé notamment de la police aux frontières, Alejandro Mayorkas, et de la conseillère à la Sécurité intérieure, Liz Sherwood-Randall.

Le président Lopez Obrador, qui s’est entretenu au téléphone avec Joe Biden le jeudi 21 décembre, s’est engagé à renforcer les mesures de contention des migrants dans le sud du pays, à la frontière avec le Guatemala.

Actions coercitives

« Nous allons continuer à le faire et nous voulons nous mettre d’accord parce qu’étant donné qu’il y a aussi des élections aux États-Unis, le sujet va animer les esprits », a déclaré le président mexicain mercredi à la presse avant sa rencontre avec M. Blinken.

La délégation américaine devait aborder avec M. Lopez Obrador « l’urgente nécessité de voies [d’immigration] légales et du renforcement des actions coercitives », selon le porte-parole du département d’État américain, Matthew Miller.

L’ancien président républicain Donald Trump, qui se prépare à affronter Joe Biden dans les urnes en novembre 2024, a récemment redoublé ses attaques contre les migrants, les accusant d’« empoisonner le sang » des États-Unis, des propos qui selon ses détracteurs font écho à la rhétorique nazie.

Dans ce contexte politique tendu, les démocrates tentent de trouver un accord sur l’immigration avec les républicains au Congrès afin de faire approuver en parallèle des dépenses de 61 milliards de dollars pour aider Kiev dans sa guerre avec Moscou.

La Maison-Blanche a prévenu qu’elle serait « à court de ressources » pour l’Ukraine « d’ici la fin de l’année ».

Dans les négociations, l’administration Biden a notamment proposé de financer 1300 postes de plus au sein de la police aux frontières.

« Décision rationnelle »

Washington devait sans doute demander au Mexique de garder encore des migrants sur leur sol, en leur donnant par exemple des permis de travail, estime Andrew Rudman, chercheur spécialiste du Mexique au cercle de réflexion Wilson Center de Washington. 

Mais « l’un des défis, c’est que tout le monde veut une solution tout de suite à un problème mondial qui existe depuis longtemps ». Or, « il n’y a pas de baguette magique ».

La plus grande partie des migrants fuit des pays d’Amérique centrale ravagés par la pauvreté, la violence et les catastrophes naturelles, ou la crise politique, économique et sociale au Venezuela.

Ces derniers mois, une hausse du nombre de migrants venu de Haïti, dévasté par la violence des gangs, et du Venezuela, a été constatée.

 

Rencontrée mardi par l’AFP à Comaltitlan, dans la caravane qui a quitté le sud du Mexique, María Alicia Ulloa dit être partie du Honduras pour « offrir une vie meilleure à [ses] enfants ». 

Si elle devait se voir bloquée en chemin, elle rentrerait dans son pays, où « il y a de la criminalité et peu de travail », a-t-elle confié depuis le bord de la route, sac à dos sur les épaules.

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