Boudés par Québec, les Jeux de la Francophonie ont été un succès, estime le fédéral

L’absence du Québec de la dernière édition des Jeux de la Francophonie n’est pas passée inaperçue en République démocratique du Congo (RDC), constatent des diplomates canadiens, qui ne rapportent aucun problème de sécurité lors de l’événement.

« Aucun incident de santé ou de sécurité n’a été rapporté par les participants canadiens. [Les autorités congolaises] ont été en mesure de tenir [leurs] promesses et [de] livrer des Jeux dans un environnement sécuritaire », lit-on dans le rapport de mission du Canada obtenu par Le Devoir en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

Des inquiétudes quant à la sécurité lors de l’événement étaient pourtant le motif avancé par Québec pour ne pas participer à la célébration sportive et culturelle, qui s’est tenue dans la capitale du pays, Kinshasa, du 28 juillet au 6 août derniers, hormis pour y dépêcher quelques diplomates. Le Canada a pour sa part envoyé une délégation, bien que réduite, après hésitations.

Dans son bilan officiel, consigné dans un courriel intitulé « Une présence remarquable du Canada malgré tout ! », l’agente du service extérieur fédéral Lysanne Roberge vante les bienfaits diplomatiques du voyage, tout en critiquant le faux bond du Québec.

« Plusieurs [athlètes et artistes de la délégation canadienne] nous ont mentionné que les sorties médiatiques d’avant les Jeux ainsi que le retrait du Québec ont eu un impact négatif sur leurs préparatifs aux diverses compétitions. »

Lors de son discours, le président congolais, Félix Tshisekedi, a même lâché : « C’est dans les moments difficiles que l’on reconnaît ses vrais amis. » La phrase est intégralement retranscrite dans le compte rendu destiné au quartier général de la diplomatie canadienne, à Ottawa.

Hôte vexé

 

À Kinshasa, ces propos ont été interprétés comme une critique à peine voilée de la position québécoise, qui a fait grand bruit dans les médias locaux au cours de l’été, confirme au Devoir un autre membre du corps diplomatique présent sur place, qui a réclamé l’anonymat puisqu’il n’a pas la permission de discuter publiquement du dossier.

La RDC a déployé ses policiers, sa garde présidentielle et des unités militaires pour assurer la sécurité de l’événement. Le Canada avait embauché l’entreprise de sécurité Garda World et affecté des agents de liaison de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour assurer la sûreté de sa délégation.

Cela n’a pas empêché le public — dont la présence en masse a pu « contribuer au succès des Jeux », selon Ottawa — de se mêler parfois aux athlètes et artistes. Cette proximité a été « sans grandes conséquences vu l’enthousiasme de la foule », peut-on lire. Le rapport souligne que la présence canadienne a « permis de renforcer [sa] posture auprès des autres membres de la Francophonie », et que le pays comme ses délégués « se seront fait beaucoup d’amis » grâce à la rencontre. 

À Québec, le bureau de la ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Martine Biron, n’exprime aucun remords d’avoir boudé les principaux volets de ce rendez-vous francophone international.

« Le Québec a effectué deux missions techniques en janvier 2023 et en mai 2023. Les rapports de ces missions nous montraient que les conditions pour assurer la sécurité des athlètes et artistes n’étaient pas réunies. C’était la décision réfléchie et responsable [à prendre] à la lumière des informations dont nous disposions à ce moment-là », indique son attachée de presse, Catherine Boucher, dans une déclaration écrite.

Elle ajoute que son gouvernement a envoyé des diplomates, un geste qui lui aurait valu des remerciements de la part de l’ambassadeur de la RDC au Canada.

Budget dépassé

 

Par ailleurs, le rapport de mission d’Ottawa révèle que le budget du voyage alloué par le ministère du Patrimoine canadien a été dépassé. La délégation a dû demander de l’aide à Affaires mondiales Canada (AMC), un autre ministère. AMC a précisé au Devoir n’avoir fourni aucune aide financière, mais plutôt un service tarifé d’envoi de matériel par sacs diplomatiques à la délégation canadienne.

Cela est dû à des problèmes d’organisation des Jeux de la Francophonie détaillés dans un passage caviardé du rapport de mission. En vertu de sa Loi sur l’accès à l’information, le gouvernement peut retenir une information « dont la divulgation risquerait vraisemblablement de porter préjudice à la conduite des affaires internationales », entre autres raisons.

Des athlètes et artistes représentant le Canada, mais aussi d’autres faisant partie de la délégation du Nouveau-Brunswickse sont mesurés à leurs équivalents d’autres États membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). La délégation canadienne en comprenait 44, et elle est revenue au pays avec quatre médailles d’or, six d’argent et trois de bronze.

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