catastrophe injuste au box-office pour le prequel de la saga

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Sorti en novembre 2023, Hunger Games : la Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur est à la fois un succès dans son contexte et un énorme échec à l’échelle de la franchise.

Réalisé par Francis Lawrence, tout comme les trois derniers volets de la saga portée par Jennifer Lawrence dans les années 2010, La Ballade aurait pu être le blockbuster américain de cette fin d’année emportant tout sur son passage, à l’image des volets précédents. D’ailleurs, le film s’est sacrément bien défendu, et son parcours en salles a tout d’une réussite. Pourtant, en regardant les chiffres de la franchise, ce succès se change en énorme ratage. Comment l’expliquer ?

Arrivé en salles dans un contexte très compliqué sur fond de grève des acteurs, difficile de dire aujourd’hui quel sera le destin au long terme de ce film et, plus largement, de la franchise Hunger Games. Explications sur une situation épineuse.

 

Hunger Games : La ballade du serpent et de l'oiseau chanteur : photo, Rachel Zegler, Tom BlythLa relation toxique entre le film et le box-office

 

Plus fort que tous les autres

Quelques semaines après la sortie de Hunger Games : La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur, nouvelle adaptation de l’œuvre de Suzanne Collins chez Lionsgate, il est temps de faire un point sur son parcours en salles. Sortir le prequel d’une franchise young adult huit ans après le dernier volet, alors même que le genre tombe en désuétude et que son public initial a vieilli, ce n’était pas garanti sans risques. Par ailleurs, choisir d’adapter le prequel de l’écrivaine supposait de tabler sur un nouveau casting et de faire aimer de nouveaux personnages, en laissant derrière Jennifer Lawrence, figure de proue de la franchise.

C’est donc les moins connus Rachel Zegler, remarquée dans le West Side Story de Steven Spielberg, et Tom Blyth de la série Billy the Kid qui sont ici têtes d’affiche. Mais il semble que ce pari osé a porté ses fruits, en tout cas à son échelle individuelle. En effet, lors de sa semaine de sortie, cet Hunger Games a pris la tête du box-office domestique et international, passant devant Les Trolls 3 sorti à la même date, et dépassant The Marvels sorti la semaine précédente. Sur le territoire nord-américain, le film s’est maintenu en tête du box-office lors de sa deuxième semaine d’exploitation, tenant la dragée haute à Napoléon (en France, l’empereur a dépassé le dictateur au cours de cette deuxième semaine).

 

Hunger Games : la Ballade du serpent et de l'oiseau chanteur : photo, Viola DavisQuand tu domines tous tes petits camarades en salles

 

Suivant son chemin, La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur a déjà quasiment rapporté le triple de son budget avec 300 millions de recettes. Un parcours honorable en soi, mais à relativiser à la lumière du fait que la performance des Trolls 3 fut assez timide (186 millions de dollars de recettes pour 95 millions de budget), et que The Marvels a réalisé le pire score de l’histoire du MCU avec seulement 205 millions de recettes à cette date pour un budget de plus de 250 millions. Napoléon, de son côté, ne s’en sort à ce stade pas mieux, ses recettes approchant péniblement ses 200 millions (environ) de budget.

L’exploitation en salles de ces films n’étant pas tout à fait terminée, et leur vie en VOD ayant tout juste commencé (en tout cas pour Hunger Games), il est évident que ces chiffres évolueront. Toutefois, à l’échelle de leur sortie au cinéma, chacun d’entre eux est une déception financière. Les prendre pour comparaison afin de jauger la performance du film de Lawrence n’offre donc qu’une réponse partielle. En réalité, si le dernier volet Hunger Games peut sembler être une réussite, c’est tout d’abord “grâce” à l’échec de ses concurrents. Car pris à l’échelle de sa propre saga, le succès du film n’a rien de reluisant.

 

Hunger Games : la Ballade du serpent et de l'oiseau chanteur : photo, Jason SchwartzmanLa mode du passé du futur

 

Le pire score de la saga

En effet, face à des adversaires à sa taille (c’est-à-dire ses prédécesseurs), la Ballade ne fait pas tant la fière, et le film est un exemple parfait de la situation paradoxale de beaucoup de blockbusters qui se retrouvent en tête du box-office mais qui s’avèrent, malgré tout, être des naufrages commerciaux (comme ce fut récemment le cas pour Indiana Jones et le Cadran de la Destinée).

Retour en arrière : en 2012, le premier film de la saga affiche un budget de 78 millions de dollars, à savoir un montant plutôt modeste pour son profil de tête de gondole d’une nouvelle saga pour ados, sachant que le premier Harry Potter avait bénéficié en 2001 d’un budget de 125 millions, et que le premier Narnia avait coûté 180 millions en 2005 (chiffres hors inflation).

 

Hunger Games : la Ballade du serpent et de l'oiseau chanteur : photo, Peter DinklageLe Lannister de Panem

 

Mais la récompense est à la hauteur du pari, puisque Hunger Games rapporte quasiment 700 millions de dollars, soit 8 fois son budget. Et la success story ne s’est pas arrêtée là, car les volets suivants feront également de très bonnes performances, notamment le deuxième : avec un budget de 140 millions pour un box-office à 865 millions, il représente le meilleur score de la franchise. Le troisième et le quatrième opus encaisseront un certain déclin, avec des recettes de 755 puis de 661 millions pour des budgets similaires au précédent, mais sans pour autant enregistrer de catastrophe.

La Ballade est donc bien loin de boxer dans la même catégorie : en plus d’avoir fait le moins bon démarrage de la franchise, le film n’arrivera pas non plus à la cheville de ses prédécesseurs sur le long terme (à moins de casser la baraque lors de sa vie en streaming, mais il faudrait un miracle pour réellement resserrer l’écart). Le film est d’ailleurs disponible à la VOD aux Etats-Unis depuis le 19 décembre 2023, aussi l’avenir dira si cette seconde vie permettra de redonner du souffle à l’univers de Panem.

 

Hunger Games : la Ballade du serpent et de l'oiseau chanteur : photo, Tom BlythLa jeunesse du Père Noël

 

Un contexte piégeux

Pourquoi une telle différence de réception entre ce prequel et les films originaux ? Même réalisateur, même spectacle, même écriture ambitieuse, effets spéciaux et direction artistique réussies… Hunger Games fait partie de ces rares sagas grand public qui ne se délite pas au fur et à mesure des épisodes, et qui maintient étonnamment bien la qualité de son produit. Avec des critiques plutôt positives par-dessus le marché, le bouche-à-oreille n’est a priori pas responsable de l’échec. En revanche, contrairement aux volets précédents, ce prequel n’a presque pas bénéficié de promotion, les mois avant sa sortie ayant été marqués par la grève des acteurs à Hollywood.

Durant cette période qui s’est étendue de la mi-juillet jusqu’au début novembre, par solidarité avec le mouvement initié par la SAG-AFTRA visant à protéger leurs conditions de travail, les acteurs hollywoodiens n’ont pu assurer aucune promotion, que ce soit sous forme d’apparitions ou d’interviews. L’agenda promotionnel étant souvent primordial pour vendre un film auprès du public, beaucoup de productions ont été impactées par ce mouvement, et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un profil comme celui d’Hunger Games en pâtisse particulièrement à son échelle, du fait qu’il mise sur la visibilité auprès d’un public très large et sur la présence de stars au casting.

 

Hunger Games : la Ballade du serpent et de l'oiseau chanteur : photo, Tom BlythTom Blyth en jeune Donald Sutherland

 

Pourtant, contrairement à d’autres, le film a pu bénéficier d’une dérogation pour assurer un minimum de promotion, comme l’a rapporté le site de Variety fin octobre. Grâce à ce passe-droit (qui a été accordé à une centaine de films, dont le Priscilla de Sofia Coppola et le Ferrarri de Michael Mann), Rachel Zegler, Tom Blyth, Viola Davis, Peter Dinklage et Hunter Schafer ont pu promouvoir un tant soit peu le film. Le bémol ? Cette dérogation n’a vu le jour que deux semaines avant la sortie du film, ne permettant pas, dans son cas, d’échelonner dans le temps une campagne de promotion de grande ampleur.

Est-ce que c’est là la seule explication au crash du film, ou un désintérêt du public pour le young adult, l’univers Hunger Games, voire les sagas interminable, est aussi à prendre en compte ? Il est impossible de le mesurer avec certitude, évidemment, mais les producteurs du film doivent actuellement se creuser très fort les méninges pour trouver la réponse. Car, comme le rapportait le magazine Deadline à la suite de l’avant-première américaine du film début novembre, Lionsgate n’est pas fermé à l’éventualité de suites, d’autant plus que le film, s’il se suffit à lui-même, ouvre aussi la possibilité d’en raconter beaucoup plus.

 

Hunger Games : la Ballade du serpent et de l'oiseau chanteur : photoLionsgate attendant un prochain livre

 

Selon Joe Drake chez Lionsgate, c’est la bonne volonté de l’écrivaine Suzanne Collins qui décidera du sort de la saga, selon si elle décide ou non d’écrire de nouveaux tomes : “Le film nous donne envie de plus… Mais c’est à Suzanne de décider”. Si le studio n’envisage pas de prendre les devants, une éventuelle suite devra alors attendre l’écriture d’un prochain livre.

Et quand bien même cela arriverait, la performance de La Ballade sera-t-elle suffisamment excusée par la grève pour pouvoir greenlighter un nouvel Hunger Games, ou le risque financier est-il désormais trop grand ?

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