Ce procès traumatique qui a fondé le combat de Robert Badinter contre la peine de mort

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Ce procès traumatique qui a fondé le combat de Robert Badinter contre la peine de mort

Le 28 novembre 1972, Robert Badinter assistait à l’exécution de son client Roger Bontems, condamné pour complicité de meurtre. Retour sur le procès qui a bouleversé la vie de l’avocat devenu ministre.

Nous sommes le soir du 27 novembre 1972. Robert Badinter, avocat de 44 ans, reçoit un coup de téléphone de l’Elysée. Au bout du fil, on l’informe que le président Georges Pompidou a rejeté la grâce invoquée pour son client, Roger Bontems. Le lendemain à 4H30 du matin, ce dernier est exécuté, en présence de son avocat. “Cette nuit-là, je le savais maintenant, ne s’achèverait pas à l’aube”, écrira plus tard Robert Badinter.

Militaire réformé, Roger Bontems était un délinquant multirécidiviste. Condamné à la réclusion criminelle en 1965, il rencontrait quelques années plus tard Claude Buffet en prison. Le 21 septembre 1971, les deux hommes organisaient une prise d’otage dans l’infirmerie de la prison. Après l’assaut des forces de l’ordre, deux otages, une infirmière et un gardien, étaient retrouvés égorgés.

Une défaite traumatisante

Le procès de Roger Bontems s’ouvre le 26 juin 1972 à la cour d’assises de l’Aube. Son avocat Robert Badinter, assisté de Philippe Lemaire, parvient à convaincre les jurés que les meurtres ont été perpétrés par Claude Buffet : pour preuve, un rapport d’expert affirmant que les traces laissées sur le cou de la victime ne correspondent pas au couteau de Roger Bontems. Pourtant, le 29 juin 1972, les jurés condamnent ce dernier à la peine de mort pour complicité de meurtre.

Le pourvoi en cassation de Roger Bontems est rejeté quatre mois plus tard. Ultime espoir, la grâce présidentielle lui est également refusée, à quelques heures de l’exécution. Cette défaite, ainsi que le souvenir de la mise à mort de son client à laquelle il a assisté, bouleversent Robert Badinter. Au point que dans les années qui suivent, il défend et sauve six criminels menacés de peine de mort. Avant de porter l’abolition de la peine capitale au gouvernement, en tant que ministre de la Justice de François Mitterrand.

Dans un livre publié un an après l’exécution de Roger Bontems, Robert Badinter revient sur le traumatisme de ce petit matin du 28 novembre 1972 : “Bontems était mort. J’avais vu Bontems aller à sa mort. J’avais vu mourir un homme que j’avais défendu. Plus jamais je ne pourrais faire quoi que ce soit pour le défendre encore. On ne plaide pas pour un mort. L’avocat d’un mort, c’est un homme qui se souvient, voilà tout.”

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