ce prochain film français événement est au coeur d’une bataille juridique

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Le film Netflix “Sous la Seine”, réalisé par Xavier Gens et incarné notamment Bérénice Bejo et Nassim Lyes, est attendu cet été sur la plateforme. Mais il fait actuellement l’objet d’une procédure judiciaire intentée par le réalisateur Vincent Dietschy, qui estime qu’il est la copie de son projet “Silure”.

Avis de tempête pour Sous la Seine

Dans un article passionnant et très détaillé, Le Monde révèle que le thriller français Sous la Seine, réalisé par Xavier Gens pour la plateforme Netflix et dont la sortie est prévue en 2024, fait l’objet d’un litige. En effet, le scénariste et réalisateur Vincent Dietschy, auteur de moyens-métrages et longs-métrages remarqués (Julie est amoureuse, Didine) a assigné en justice les producteurs de Sous la Seine Edouard Duprey et Sébastien Aucher, le dirigeant de l’agence artistique Adéquat Laurent Grégoire, et engagé une procédure en référé contre Netflix, qui cofinance et distribue Sous la Seine, pour empêcher sa diffusion en attendant que l’affaire soit jugée sur le fond.

Sous la Seine
Sous la Seine ©Netflix

Poursuite pour “parasitisme”

Quelle est cette affaire qui doit être jugée sur le fond ? Vincent Dietschy, actif dans le cinéma d’auteur, estime que les producteurs de Sous la Seine n’ont pas fait acte de plagiat – une idée ne peut pas être “plagiée”, mais sa réalisation sous forme de scénario, livre, image, etc. peut l’être -, mais acte de “parasitisme“, assimilable à de la concurrence déloyale selon l’article 1240 du code civil. En effet, selon le réalisateur, le synopsis de Sous la Seine ressemble à s’y méprendre au projet qu’il développe depuis 2011 : Silure. Pour nourrir sa suspicion d’avoir été copié, il a une preuve, le résumé de son projet inclus à sa demande d’aide à l’écriture déposée auprès du CNC en février 2014 :

“Une jeune femme policière, plongeuse à la brigade fluviale de Paris, se trouve confrontée à un phénomène naturel inédit, incarné par un gigantesque silure, terriblement agressif, et tueur d’êtres humains. Tandis que le monstre sème la panique dans la capitale, menaçant la politique du maire à quelques jours du choix de la ville qui organisera les Jeux olympiques, l’héroïne se retrouve en première ligne pour affronter cette figure du mal d’un genre nouveau. Aidée dans son combat par un jeune ichtyologue du CNRS, elle se rapproche dans le même temps de son supérieur hiérarchique, le commandant.”

Un synopsis qui entretient effectivement des similitudes troublantes avec celui de Sous la Seine :

“Été 2024, Paris accueille pour la première fois les championnats du monde de triathlon sur la Seine. Sophia, brillante scientifique, est alertée par Mika, une jeune activiste dévouée à l’écologie, de la présence d’un grand requin dans les profondeurs du fleuve. Elles n’ont d’autre choix que de faire équipe avec Adil, commandant de la police fluviale pour éviter un bain de sang au cœur de la ville.”

Sous la Seine
Sous la Seine ©Netflix

Inspiration universelle et points très précis

Les personnages ne sont pas exactement les mêmes, et on passe d’un silure, poisson d’eau douce et carnassier qui peut atteindre une taille de presque 3 mètres, à un requin. Mais les deux synopsis sont très proches. Si planent sur Silure et Sous la Seine l’ombre du chef-d’oeuvre Les Dents de la mer et plus globalement tout le genre du film de monstre marin, la mention de la brigade fluviale interpelle Vincent Dietschy, une idée inédite selon lui.

Pour le réalisateur, une année précisément et un événement lui reviennent : le Festival international du film de comédie de l’Alpe-d’Huez en 2015, où il rencontre le patron d’Adéquat Laurent Grégoire pour discuter du financement de Silure. Au même endroit, cette même année, les producteurs Édouard Duprey et Sébastien Auscher lancent le projet Sous la Seine, d’abord intitulé Under Paris puis Sharks. Interrogé par Le Monde, Édouard Duprey nie avoir jamais entendu parler du projet Silure. Si d’un côté il est difficile à Vincent Dietschy d’apporter la preuve formelle qu’il a été copié, il l’est tout autant d’affirmer qu’Édouard Duprey ne serait pas honnête.

La procédure qui débutera le 22 avril au tribunal judiciaire de Paris a vraisemblablement peu de chances d’aboutir en faveur de Vincent Dietschy. Et Sous la Seine, gros morceau du line-up de l’été du géant Netflix et dont la sortie devrait être proche de l’ouverture des Jeux Olympiques, risque ainsi peu de voir sa diffusion reportée ou annulée. Mais, comme il est suggéré dans Le Monde, c’est plutôt sur le plan symbolique que se joue en réalité la bataille, entre les projets de films d’auteur complexes à financer et à rentabiliser, et les projets dits de “studios”, portés initialement par des producteurs, qui ont les clés pour trouver des financements et des diffuseurs…

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