Ce qu’annonce 2024 sur la scène internationale


De quoi 2024 sera-t-elle faite sur la scène internationale ? De dizaines de scrutins, qui pourraient entretenir les fragilités apparentes dans plusieurs démocraties, et de nouveaux points de tension, qui risquent aussi de creuser les sillons d’une instabilité en train de se généraliser. Panorama en cinq étapes d’un temps fou sur le point de s’écrire.

Des élections dans 50 pays

L’année 2024 sera une année électorale ou ne sera pas. C’est la mathématique qui le dit : dans les 12 prochains mois, plus de la moitié de l’humanité va en effet aller aux urnes, pour participer à un scrutin présidentiel, dans 30 pays, ou pour renouveler le pouvoir législatif, dans une vingtaine d’autres, et ce, dans un contexte international troublé, pour le moins.

Les regards vont certainement se tourner vers les États-Unis, où la perspective d’un nouveau face-à-face en novembre prochain entre le populiste aux penchants autoritaires Donald Trump et le démocrate Joe Biden se profile depuis plusieurs mois. L’Inde devrait aussi devenir le centre de l’attention, en mai, avec son milliard d’électeurs déterminés, selon les sondages, à renouveler leur confiance envers le premier ministre Narendra Modi. Dans le pays le plus peuplé du monde, l’homme fait régresser depuis 2014 les droits politiques et des libertés individuelles, dénonce l’ONG Freedom House.

Les yeux pourraient aussi se tourner vers le Mexique, où en juin, pour la première fois, une femme pourrait décrocher les clefs du palais de la présidence. L’ex-mairesse de Mexico Claudia Sheinbaum, du parti de gauche, et la sénatrice Xóchitl Gálvez, à la tête d’un front regroupant trois partis d’opposition, sont les mieux placées pour succéder à Andrés Manuel López Obrador.

Mais c’est sur les réseaux sociaux que devraient surtout se concentrer toutes les préoccupations, estiment plusieurs défenseurs de la démocratie, qui constatent que ces espaces sont devenus non seulement des caisses de résonance de la désinformation, qui pourrit la réflexion sociale et le débat public, mais également des terreaux fertiles où cultiver les sentiments antidémocratiques à grands coups de frustration. Et forcément, dans une année électorale de masse, ce phénomène pourrait faire entrer le péril en la demeure.

« Ce qui m’inquiète le plus, c’est que plusieurs plateformes ont amputé leurs équipes affectées à la protection de l’intégrité électorale », a dit il y a quelques jours Laura Edelson, professeure d’informatique à l’Université Northeastern, citée par  l’établissement. C’est le cas de X, anciennement Twitter, où ces gardiens de la raison face aux excès d’une communication ultraémotive ont été mis à la porte en septembre dernier par le nouveau patron, Elon Musk. Meta, la société mère de Facebook, a également fait un changement discret à ses règles, qui autorisent désormais les publicités politiques remettant en question la légitimité des scrutins passés. En somme, Meta ne voit pas de problème éthique à faire de l’argent sur les « grands mensonges » qui menacent la démocratie américaine et celle d’autres pays. « L’état actuel des cadres et des ressources de surveillance [dans ces réseaux], à l’approche de ce qui sera l’une des années électorales les plus intenses que nous ayons eues depuis longtemps, est très inquiétant », ajoute Mme Edelson.

Un scrutin stalinien pour un leader qui pourrait surpasser Staline

 

Tout a été mis en place en Russie pour assurer la victoire de Vladimir Poutine à la présidentielle de mars prochain, et ce, après ses 23 ans passés déjà à la tête du pays, comme président et comme premier ministre.

C’est que l’homme fort du Kremlin a fait modifier la Constitution en 2020 pour se maintenir au sommet d’un État dans lequel il fait taire toute forme d’opposition, par l’empoisonnement, l’emprisonnement ou l’exil forcé. Sa plus grande menace, l’avocat Alexeï Navalny, a été réduite au silence dans les geôles du pays par une succession de condamnations opportunistes pilotées par un pouvoir judiciaire corrompu, pour fraude, pour extrémisme et désormais pour vandalisme, qui ont fait passer sa peine de 9 ans à 30 ans. L’opposant dénonçait régulièrement ses conditions de détention jusque très récemment. Les autorités carcérales russes l’ont fait disparaître du radar de ses avocats et de sa famille dans les dernières semaines, sous prétexte probable d’un autre transfert vers une nouvelle colonie pénitentiaire.

Hasard des calendriers, cette « soustraction » de l’opposant de l’environnement politique russe a été planifiée alors que le dictateur du pays annonçait officiellement, le 8 décembre dernier, sa candidature à sa propre succession dans une mise en scène montrant un général de l’armée basée en Crimée implorer candidement devant les caméras le président de faire l’honneur au peuple russe de se lancer dans une course électorale, course dont l’issue ne fait aucun doute.

Lorsqu’il s’est fait demander par la télévision d’État russe, il y a quelques semaines, quel genre de dirigeant devrait remplacer le président Vladimir Poutine, son porte-parole de longue date, Dmitri S. Peskov, a donné une réponse simple et rapide : « Le même. »

Ce « même » homme va alors se retrouver dans la perspective unique à la Russie d’être au pouvoir théoriquement jusqu’en 2036, ce qui lui ferait battre le record de longévité au Kremlin, établi par Joseph Staline le siècle dernier. 

Taïwan à l’heure des choix, sous la menace

Ce n’est pas une annonce anodine. Le ministère de la Défense de Taïwan a décidé de mettre en alerte l’ensemble de ses troupes du 12 au 14 janvier 2024 pour être prêt à faire face à toute manoeuvre que pourrait décider d’amorcer la Chine voisine pour perturber le scrutin présidentiel du 13 janvier prochain. Pékin rêve depuis des années, et en se montrant de plus en plus intimidant, de replacer cette île démocratique, développée et occidentalisée, sous sa gouverne, et ce, contre la volonté de la majorité des habitants de ce territoire.

Les dernières mesures de l’opinion accordaient toujours une avance au Parti démocrate progressiste, qui est au pouvoir, et à son candidat présidentiel, l’ex-premier ministre Lai Ching-te, bête noire du régime de Xi Jinping en raison de sa défense de l’autonomie de l’île et de ses accointances avec les Occidentaux, particulièrement les États-Unis, qui ont promis de défendre les libertés de Taïwan face à la dictature communiste chinoise. Pékin préférerait de loin une victoire de Hou Yu-ih, du Kuomintang, parti historique taïwanais, sans doute le plus disposé à ouvrir des discussions et des négociations avec la Chine sur l’avenir du territoire insulaire.

Dire que ce scrutin de janvier pourrait influencer la destinée de Taïwan est donc un euphémisme, dans le contexte où 80 % des Taïwanais pensent que la menace chinoise s’est aggravée dans les dernières années. Dans la foulée, leur confiance dans les États-Unis s’érode depuis deux ans et devant la persistance de la guerre en Ukraine, qui, pour plusieurs là-bas, a terni la crédibilité de Washington en matière de sécurité internationale.

Le scrutin va se tenir dans un environnement social qui ne laisse pourtant guère de place aux ambiguïtés. Un sondage mené en septembre par l’Institut d’études européennes et américaines de l’Academia Sinica, le principal établissement de recherche de Taïwan, montre que 78,4 % des Taïwanais estiment que leur île et la Chine n’appartiennent pas au même pays, et que 60 % se considèrent comme Taïwanais, contre 2,3 % à peine déclarant s’identifier comme Chinois.

Une fragile paix dans les Balkans

 

Les accusations d’irrégularités et de fraudes qui ont entaché en décembre les dernières élections législatives en Serbie, remportées haut la main par le parti de la droite nationaliste et prorusse, ne sont certainement pas à prendre à la légère, dans cette région du globe où la paix reste fragile. Une paix à surveiller de près en 2024, année que l’homme fort du Kremlin devrait certainement utiliser pour ressouffler, là-bas, sur les braises encore chaudes des conflits interethniques passés. La Croatie doit y tenir un scrutin présidentiel. L’actuel président, Zoran Milanović, prorusse, devrait tenter de se faire réélire. 

En novembre dernier, le Conseil de l’Europe a sonné l’alarme sur la montée d’un nationalisme ethnique et identitaire cherchant à déstabiliser cette région du globe, avec la complicité de Vladimir Poutine, qui sait profiter de ces climats pour s’attaquer aux liens désormais entretenus par les anciens alliés de l’Empire soviétique avec l’Union européenne et l’OTAN

« La Russie de Vladimir Poutine mène aujourd’hui une “guerre éternelle” contre l’OTAN, parallèlement à sa guerre de conquête contre l’Ukraine, et elle a trouvé dans les Balkans des partenaires et des sympathisants désormais enclins à soutenir sa cause », a résumé il y a quelques jours Srdjan Vucetic, spécialiste en sécurité internationale et fin observateur de cette région du globe, dans les pages du Devoir. Selon lui, l’Occident devrait s’inquiéter des influences du président russe dans la région, Vladimir Poutine cherchant à donner un regain de popularité aux discours de haine qui ont mené au déclenchement des conflits de la fin du siècle dernier. 

Il y a quelques semaines, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a dit avoir des informations voulant que le dictateur russe essaie d’attiser une reprise du conflit dans l’ex-Yougoslavie. « Faites attention aux Balkans, a-t-il dit. Croyez-moi, la Russie a un plan à long terme : après le Moyen-Orient, la deuxième distraction [pour éloigner les regards de la guerre en Ukraine] sera les Balkans. Si les pays du monde ne font rien maintenant, une telle explosion se produira à nouveau. »

Une nouvelle guerre aux Malouines ?

On croyait la question des Malouines réglée, après une guerre éclair qui a coûté la vie à 649 Argentins et à 255 soldats britanniques, il y a 41 ans, et surtout un référendum tenu en 2013 qui a confirmé que 99,8 % des habitants de ces îles de l’Atlantique Sud situées au large de l’Argentine souhaitaient rester sous la couronne britannique. Mais le populisme est passé par là. 

L’entrée en fonction du nouveau président argentin, l’anarcho-capitaliste autoproclamé Javier Milei, en décembre, fait désormais planer une nouvelle incertitude au-dessus des îles Falkland, comme on les appelle aussi, territoire que le politicien d’extrême droite a promis en campagne électorale de ramener dans le giron de Buenos Aires. 

« Nous devons voir comment nous allons les récupérer », a-t-il dit dans une entrevue accordée il y a plusieurs semaines au quotidien argentin La Nación, tout en affirmant que ces îles « font partie de l’Argentine ». « Ce que nous proposons, c’est d’avancer vers une solution comme celle que l’Angleterre a eue avec la Chine sur la question de Hong Kong », soit une rétrocession, option sur laquelle Londres ne semble toutefois aucunement disposé à se pencher.

Dans la foulée de l’élection de Milei, le premier ministre britannique, Rishi Sunak, a mis en garde le nouveau président sur le fait que la souveraineté des îles Malouines n’était pas un sujet ouvert à la négociation. Cette question a été « réglée de manière décisive il y a quelque temps », par le conflit de 1982, et le Royaume-Uni n’a « pas l’intention d’y revenir », a souligné son porte-parole officiel, tout en ajoutant que le pays « défendrait de manière proactive » le droit des insulaires à l’autodétermination.

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