Ce qu’on n’a pas vu venir en 2023

Ampleur de l’insécurité alimentaire, immigration débridée, déploiement musclé de l’intelligence artificielle générative… 2023 n’a pas manqué d’effets surprises.

Que prévoyait le scénario dominant pour 2023 il y a un an ? Une récession modérée couvrant le premier semestre, s’étendant peut-être sur trois mois ; une stabilisation du taux directeur, maintenu élevé une bonne partie de l’année avant d’amorcer un déclin dans les derniers mois ; et un ralentissement du rythme de croissance d’une inflation devant toutefois restée accrochée au-dessus de la cible de 2 %.

On remet ça cette année. La récession est possiblement en cours. L’inflation s’obstine, mais la Banque du Canada fait une pause. Le consensus parmi les économistes évoque un début de repli du taux directeur au deuxième trimestre de 2024, avec un taux cible au jour le jour revenant à 3 % au deuxième trimestre de 2025. Bien qu’ils soient de plus en plus nombreux à cibler une première baisse en mars et à voir le taux cible à un jour revenir à 3,5 % à la fin de 2024, contre 5 % présentement. Une petite poignée osent même avancer un premier recul dès la prochaine réunion du comité monétaire de la banque centrale, le 24 janvier.

L’ampleur et la rapidité de l’assouplissement vont essentiellement dépendre de la tenue du marché du travail et du degré de détérioration de l’activité économique. Rappelons le calcul des économistes de la Banque Nationale en ce qui concerne l’effet de retardement de l’austérité monétaire sur l’économie. Ils retiennent que 42 % de l’impact de la hausse du loyer de l’argent depuis 2022 reste à venir.

Impacts sous-estimés

 

On parle, ici, d’un réalignement des scénarios prévisionnels. L’impact  sous-estimé, c’est celui de la poussée de fièvre inflationniste, qui a engendré son lot de ménages souffrant d’insécurité alimentaire. Parmi lesquels il a été observé qu’un nombre toujours grandissant affichent un revenu supérieur au seuil de pauvreté. Ce serait le cas d’environ 8 familles sur 10 se trouvant en situation d’insécurité alimentaire, selon Statistique Canada. Cette détérioration n’a pas été sans entraîner un achalandage « sans précédent » dans les banques alimentaires.

C’est aussi celui d’une immigration débridée venant alimenter la crise du logement, retarder le retour à l’équilibre sur le marché de la propriété résidentielle et atténuer l’effet de l’austérité monétaire sur l’activité économique. Le dernier Rapport sur la politique monétaire de la Banque du Canada est plutôt éloquent. Il déplore que les dépenses publiques contribuent fortement à la croissance, avec une augmentation moyenne de 2,5 % prévue en 2024, soit supérieure à celle de la production potentielle, estimée autour de 2 % sur la période de projection. Une croissance soutenue par « une importante poussée démographique, attribuable à une forte immigration et à l’arrivée ininterrompue d’un grand nombre de résidents temporaires », a souligné l’institution.

Même constat en ce qui a trait à la hausse des frais de logement, appelée à demeurer forte sous l’impulsion de l’accroissement du coût de l’intérêt hypothécaire, du renchérissement des loyers et de la progression des autres coûts du logement. On pouvait lire que cette augmentation des loyers et des autres coûts du logement s’explique, en grande partie du moins, par la vigueur de la demande de logements — laquelle se nourrit de la croissance rapide de la population — et la carence structurelle de l’offre d’habitations.

Afin d’illustrer davantage l’effet de distorsion, disons que ce facteur démographique a pu expliquer qu’une croissance du PIB légèrement positive a pu afficher un recul lorsque le PIB est mesuré par habitant. « Bien que la consommation globale soit soutenue par une forte croissance démographique, la consommation par habitant, elle, devrait encore diminuer pendant la majeure partie de 2024 », ajoute le rapport.

Et les surprises

 

Ce qu’on n’avait pas vu venir ? Une inflation plus forte au Québec qu’en Ontario. Historiquement, le différentiel d’inflation reste normalement à l’avantage du Québec. En 2022, cet écart de l’indice des prix à la consommation (IPC) était de 4 %. Il en coûtait plus cher en Ontario notamment pour le logement, l’achat d’une propriété, les dépenses courantes et les ménages. Il s’est inversé cette année, l’évolution de l’IPC ayant été plus forte ici. En guise d’explication, les économistes ont mentionné trois éléments, évoqués parmi d’autres. D’abord, ils notent l’introduction du programme de garderies par le gouvernement fédéral, les statistiques indiquant que le coût des services de garde a diminué de 2 % partout au Canada, sauf au Québec, qui disposait déjà de son propre programme. Ensuite, ils notent une correction plus forte du marché immobilier en Ontario. Enfin, ils mentionnent une hausse des prix des aliments plus ressentie au Québec.

Également, l’impact plutôt explosif sur l’essor et la portée de l’intelligence artificielle (IA) de sa version générative en a étourdi plus d’un, avec OpenAI, développeur du robot conversationnel ChatGPT, accaparant le gros de l’attention. Les spécialistes ont fait ressortir qu’avec l’IA générative, on ne parle plus de robotisation et d’impact sur l’emploi répétitif, on entre  de plein fouet dans l’univers de la création, voire de la conscience. Selon la firme-conseil McKinsey, l’IA générative pourrait accroître l’impact global de l’IA de 15 % à 40 %. Pour sa part, OpenAI a calculé que 80 % des emplois aux États-Unis seront touchés d’une façon ou d’une autre par l’IA générative et les réseaux neuronaux « large language models ».

Ah oui. Un mot pour mentionner cette énième envolée du bitcoin, avec une poussée de plus de 150 % de son cours que personne n’avait vu venir. Mais sans surprendre pour autant, tellement cette cryptomonnaie multiplie les hauts et les bas.

Quelle surprise se souhaiter pour 2024 ?

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