ces deux meurtres sordides ont inspiré Alfred Hitchcock

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Pour imaginer le meurtre au centre de “Fenêtre sur cour”, Alfred Hitchcock s’est basé sur deux véritables meurtres qui se sont déroulés en Angleterre en 1910 et 1924.

Fenêtre sur cour, une référence du cinéma

Fenêtre sur cour (1955) est un des nombreux films d’Alfred Hitchcock à avoir une forte influence sur le cinéma. Le film est un pur thriller en huis clos qui se déroule dans l’appartement de Jeff Jefferies, un photographe cloué sur un fauteuil roulant après s’être cassé une jambe lors d’un reportage. Étant obligé de rester chez lui, il n’a d’autre occupation que d’observer par sa fenêtre ses voisins.

Des nouveaux mariés, un vieux couple avec un chien, un compositeur de musique ou encore une femme déprimée et au bord du suicide… Voilà les différents personnages qui apparaissent devant Jeff. Mais les choses prennent une tournure différente lorsque le voyeur remarque quelque chose de suspect dans l’appartement en face de chez lui.

En effet, la femme qui y vivait a disparu. Et son mari à l’allure sombre fait plusieurs va-et-vient la nuit avec une énorme valise. Il n’en fallait pas plus pour que Jeff imagine le pire : un meurtre ! C’est alors avec l’aide de Lisa Fremont, son amie qui aimerait qu’il se décide à l’épouser, qu’ils vont tenter de trouver la preuve qu’un drame a bien eu lieu.

Les influences d’Alfred Hitchcock

Fenêtre sur cour est tout simplement brillant grâce à une mise en scène maîtrisée et un scénario d’une intelligence folle. Dedans, rien n’est laissé au hasard et chaque détail donne une indication sur le caractère des personnages et leur situation. Un chef-d’œuvre indémodable d’Hitchcock, porté par James Stewart et Grace Kelly, et inspiré par deux véritables meurtres.

En effet, bien qu’on doive le scénario de Fenêtre sur cour à John Michael Hayes, adapté d’une nouvelle de William Irish, Alfred Hitchcock a été fortement influencé par deux faits divers britanniques. C’est ce qu’il raconte dans le livre d’entretien avec François Truffaut dans lequel les deux cinéastes reviennent sur toute la filmographie du Britannique.

Fenêtre sur cour ©Focus Features
Fenêtre sur cour ©Focus Features

Dedans, Hitchcock précise que son scénariste s’est essentiellement occupé des dialogues du film. Mais pour la question du meurtre dans le film, il s’est inspiré du cas Patrick Mahon et du cas Crippen. Les similitudes de ces deux affaires avec son œuvre allant de la découpe des corps et l’utilisation d’une malle pour le faire disparaître, à la question des bijoux comme indice d’une culpabilité.

Le cas Patrick Mahon

Le premier est le meurtre d’Emily Kaye, 38 ans, assassinée en 1924 par son amant Patrick Mahon après une dispute. Comme le détaille Hitchcock dans l’ouvrage, le meurtrier a tué cette femme dans un bungalow sur la côte, dans le sud de l’Angleterre. Il aurait ensuite passé plusieurs jours à démembrer le corps de la victime pour le transporter dans une malle. Puis, pour s’en débarrasser, il “l’a dispersé morceau par morceau par la portière d’un train. Mais il ne savait pas quoi faire de la tête“.

C’est cela qui m’a donné l’idée de faire chercher la tête de la victime dans “Fenêtre sur cour”. Patrick Mahon, lui, a mis la tête dans la cheminée et il a allumé le feu pour la brûler.

C’est finalement l’épouse de Patrick Mahon, Jessie Mahon, qui a mené Scotland Yard à enquêter sur son mari. Trouvant suspects ses allers et retours (pendant qu’il allait découper le corps d’Emily Kaye), et imaginant qu’il avait une liaison, elle fouilla dans ses affaires et trouva un ticket pour une consigne à la gare de Waterloo. C’est là qu’elle trouva un sac contenant un grand couteau et avec des taches de sang. Elle contacta donc la police qui, après avoir analysé le sang, piégea Patrick Mahon à la gare lorsque celui-ci tenta de récupérer le sac.

Fenêtre sur cour ©Focus Features
Fenêtre sur cour ©Focus Features

Le meurtrier n’a pas tardé à se confesser en affirmant que la mort d’Emily Kaye avait été accidentelle. La victime serait tombée la tête la première contre un objet et Patrick Mahon aurait tenté de la ranimer pendant plusieurs heures avant de prendre conscience qu’elle était morte. Il s’estimait donc innocent, mais a été reconnu coupable du meurtre d’Emily Kaye et pendu à Londres le 3 septembre 1924.

Le cas Crippen

Hawley Harvey Crippen était un docteur qui a assassiné sa femme Cora Turner et l’a découpée pour faire disparaitre son corps. Tout comme dans Fenêtre sur cour, la disparition de son épouse a d’abord interrogé et l’assassin l’a justifié en expliquant qu’elle était partie en voyage. Seulement, comme le raconte Hitchcock, “le docteur Crippen a fait une grave erreur : sa secrétaire portait quelques-uns des bijoux de sa femme et, à cause de cela, les voisins ont commencé à bavarder“.

En effet, Crippen avait entamé une relation avec sa secrétaire Ethel Le Neve. Amoureux d’elle, il avait demandé à Cora Turner de divorcer pour pouvoir se marier avec cette autre femme. Son épouse ayant refusé, Crippen décida de la faire disparaître avec ses bijoux. Ce qui renvoie à Fenêtre sur cour, c’est évidemment la bague de la victime que trouve Lisa dans l’appartement du tueur.

Si la femme était réellement partie en voyage, elle aurait emporté son alliance…

Fenêtre sur cour ©Focus Features
Fenêtre sur cour ©Focus Features

Concernant Crippen, les policiers de Scotland Yard ont donc mené leur enquête, mais sans rien trouver. Le docteur ayant des explications logiques et plausibles à l’absence de sa femme. Il s’est tout de même enfui avec sa maîtresse. Pour le retrouver, la police utilisa pour la première fois les transmissions sans fil, permettant ainsi de le localiser sur le navire Montrose en direction de Montréal.

Alfred Hitchcock raconte que la capitaine du navire a remarqué un certain monsieur Robinson à l’allure louche. Il s’agissait évidemment d’un déguisement. Mais, d’après les descriptions, le docteur Crippen portait un double râtelier et avait sur le nez une marque. Le capitaine remarqua ces détails et contacta l’inspecteur Drew qui se rendit sur place. L’homme a alors été arrêté, puis pendu, tandis que sa maîtresse a été acquittée.

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