Ceux qui tiennent la pyramide

Je suis une abonnée et fidèle lectrice du journal Le Devoir. Depuis le début des mouvements de grève du Front commun, de la FAE et de la FIQ, je constate l’ampleur de la couverture médiatique accordée aux syndicats des enseignants et de la santé, mais vous ne parlez que très rarement, voire jamais, de ceux qui sont à la base de ces pyramides institutionnelles et gouvernementales. J’ai nommé les travailleurs de soutien.

Je suis agente de soutien administratif, classe principale, dans un cégep. Mes collègues et moi subissons tout autant le manque de main-d’oeuvre, la surcharge de travail, les demandes de tout un chacun qui, naturellement, aurait dû nous parvenir hier, et tout ça pour un salaire annuel bien en deçà de celui accordé au fédéral, au privé et au municipal. Pourtant, dans les médias écrits, télévisuels et radiophoniques, seuls ceux qui sont au sommet de la pyramide, ceux qui sont nombreux, ceux qui parlent haut et fort ont droit à une tribune. Même nos dirigeants syndicaux, lorsqu’ils s’expriment publiquement, ne nous mentionnent pas.

Pourtant, quand j’ai dû m’arrêter en raison d’un épuisement professionnel au début de l’automne, il a fallu engager deux personnes pour me remplacer, deux personnes pour

réussir à effectuer l’ensemble des tâches qui constituent mon quotidien. Mais ça, personne n’en parle. Pourquoi je reste ? Pourquoi je ne vais pas vers un travail mieux rémunéré ? Parce que moi aussi, j’ai à coeur la réussite de nos étudiants, parce que chaque fois qu’une étudiante ou un étudiant se présente à mon comptoir de service, je fais tout pour l’accueillir, pour l’écouter et pour répondre à ses besoins. 

Lors de la dernière soirée de remise des diplômes, j’étais là à la table d’accueil, j’étais là en coulisse pour les rediriger vers la salle, à voir la fierté dans leurs yeux, j’étais là aussi à la toute fin pour leur remettre leur diplôme et les féliciter. Nous étions en grand nombre, nous, les travailleurs du soutien, à cette soirée afin de leur faire vivre ce moment inoubliable. Nous étions fiers de voir cette belle jeunesse.

Bien sûr, nous ne sommes pas dans les classes, nous travaillons dans l’ombre, mais nous aussi nous avons tenu à bout de bras nos services respectifs lors de la pandémie. Nous aussi subissons le manque de main-d’oeuvre dans nos établissements d’enseignement, nous aussi dénonçons nos conditions de travail auprès de notre syndicat, nos supérieurs immédiats, mais il semble que, comme toujours, on ne parle jamais de tous ces gens qui sont à la base de la pyramide et qui la tiennent debout.

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