comment comprendre la fin du 25e James Bond ?

7 min read

À la fin de “Mourir peut attendre”, James Bond prend une décision majeure dans l’histoire de la saga 007. Cette fin a choqué et surpris une grande partie du public, mais celle-ci est très logique. Explications.

Les adieux de James Bond

Quasiment 60 ans après James Bond contre Dr. No, sorti dans les cinémas britanniques en 1962, le 25e film officiel de la saga cinématographique 007 devait marquer le coup. D’une manière ou d’une autre. Après cinq autres interprètes, dont le modèle persistant Sean Connery, après des centaines de péripéties, des dizaines de missions, d’aventures et de conquêtes amoureuses, des milliards de recettes au box-office, des dizaines de compositions musicales, bref après une carrière bien remplie au service secret de sa majesté, l’agent 007 du MI6 James Bond, habité par Daniel Craig, dit stop dans Mourir peut attendre.

James Bond (Daniel Craig) - Mourir peut attendre
James Bond (Daniel Craig) – Mourir peut attendre ©Universal Pictures

Cinquième film et conclusion de l’ère Craig, Mourir peut attendre se termine avec le sacrifice de James Bond pour détruire la menace biologique qui plane sur le monde. La détruire là où elle est conçue et contenue : dans le laboratoire de Lyutsifer Safin, sur une île quelque part entre la Russie et le Japon, et dans son propre corps, puisque Safin l’a contaminé avant qu’il ne l’abatte. Sous une frappe massive de missiles tirés depuis un navire de la Royal Navy, James Bond meurt donc.

Cette disparition – bien qu’évidemment temporaire – a surpris une grande partie du public, mais elle procède d’une logique implacable, dans l’histoire du film mais aussi dans celle de la franchise.

James Bond avait-il le temps ?

Dans Mourir peut attendre, James Bond doit retrouver et mettre hors d’état de nuire un dangereux terroriste qui a volé une terrible arme biologique au gouvernement anglais. Surnommée “Héraclès”, celle-ci consiste en des nano-robots tueurs programmés sur l’ADN d’une unique personne et qui se transmettent par simple contact tactile.

Lors de son affrontement avec Safin, ce dernier l’infecte avec des nano-robots programmés pour tuer Madeleine et leur fille Mathilde. Sans antidote, James Bond ne pourra donc jamais les toucher ni même les approcher.

Alors que Madeleine et Mathilde quittent l’île, James Bond reste pour ouvrir les silos de la base de Safin, afin que les missiles qui doivent être lancés détruisent entièrement le site. Il ouvre ces silos, mais déclare à Madeleine qu’il ne va pas les rejoindre. A-t-il néanmoins le temps de se mettre à l’abri ?

À ce moment, il sait qu’il ne pourra plus revoir Madeleine et Mathilde sans les mettre en grave danger. Puisqu’elles sont tout pour lui, il n’a pas la force de leur imposer cette situation et de se l’imposer aussi. Le personnage est épuisé, Daniel Craig s’amusant à mettre en avant son usure après quinze ans de service et, comme le montrait déjà Casino Royale et le rappelait Skyfall, il voudrait juste raccrocher et partir à la retraite – il l’est d’ailleurs en ouverture de Mourir peut attendre –.

Seule la perspective d’une paix complète aux côtés de Mathilde et de sa fille, qu’il vient de se découvrir, est une option. Une fois celle-ci rendue impossible, il choisit donc d’arrêter les frais. Vu de quoi le personnage a par le passé prouvé être capable, James Bond a donc largement le temps de se mettre à l’abri et potentiellement de s’obliger à une dernière mission pour trouver comment détruire les nano-robots, mais le coeur et l’énergie n’y sont plus…

Une mort inévitable sur le plan narratif

L’ère Craig est une séquence à part dans la saga, parce qu’elle a établi le principe de linéarité et de continuité entre les différents films. Dès Casino Royale, reboot qui adapte en 2006 le tout premier roman consacré à l’agent (1953), la noirceur est de mise avec un espion qui ne s’amuse plus du tout dans son travail, rencontre Vesper Lynd, l’amour de sa vie, et envoie sa démission à M.

Mais le meurtre de Vesper va l’engager sur la route tragique d’une vendetta personnelle, qui s’ouvre directement et dès la séquence d’ouverture de Quantum of Solace. Continuité des intrigues et des sentiments…

James Bond (Daniel Craig) - Quantum of Solace
James Bond (Daniel Craig) – Quantum of Solace ©Universal Pictures

Déception, tristesse, vengeance, Daniel Craig engage alors son James Bond dans une voie à l’issue dramatique, au vu de son profil historique : découvrir qui il est profondément, qui sont vraiment ses alliés et ses ennemis, se donner une famille, accepter de souffrir. En d’autres termes, pousser le développement anti-héroïque du personnage à son maximum.

L’idée n’est pas du tout neuve. Dès On ne vit que deux fois, cinquième film de Sean Connery, la tendance est à rendre le personnage plus humain et psychologiquement plus développé. Sean Connery n’en peut plus et quitte la saga, ne voulant pas enfermer sa carrière dans le personnage. Changement donc de perspective en 1969, avec George Lazenby dans le rôle pour Au service secret de sa majesté.

Celui-ci se termine sur le mariage de James Bond et son veuvage direct, Tracy étant assassinée par Blofeld. Plus noir, plus moderne, moins machiste, plus en prise avec la culture de sa décennie… Au service secret de sa majesté est un succès critique, mais les cinémas remplissent moins leurs salles.

La fiction enfin transformée

Après Au service secret de sa majesté, George Lazenby ne revient pas, et les studios ne sont pas satisfaits de la performance commerciale. Marche arrière donc, Sean Connery accepte de revenir pour un seul film et un très gros chèque, puis Roger Moore prend sa suite en 1973. La même tentative de pivot se répète en 1987, avec Timothy Dalton.

Plus policier, plus sombre et plus moderne, moins de Bond Girls, un agent plus ténébreux et agressif. Timothy Dalton tient deux films en 1987 et 1989, avant de quitter le rôle face au retard considérable pris pour produire GoldenEye, notamment en raison d’un long contentieux entre les studios MGM et la famille Broccoli, détentrice des droits de la franchise.

Tuer n'est pas jouer
Tuer n’est pas jouer ©MGM

Même retour en arrière que du temps de George Lazenby. Les films avec Timothy Dalton ayant réalisé des performances trop moyennes au box-office mondial comparées à celle des précédents films, les studios veulent regagner le public et redémarrent en 1995 avec Pierce Brosnan sur un divertissement plus léger.

Et, enfin, après l’échec critique de Meurs un autre jour en 2002, Daniel Craig prend le rôle et réussit lui à accomplir ce pivot fondamental dans la fiction et l’univers James Bond. Faire vraiment “vivre” le personnage, lui confier une humanité, le dépouiller de ses attributs de “super-héros”, et donc le faire “mourir“.

Mourir ne pouvait plus attendre

Comme le désir d’humaniser le personnage, la mort concrète de James Bond n’est pas une idée récente et est – faussement – représentée dès 1963 avec la séquence d’ouverture de Bons baisers de Russie, où un agent russe portant un masque de son visage est sacrifié dans un entraînement.

Puis dans On ne vit que deux fois, où James Bond meurt dans la scène pré-générique. Avant que, sans que ce soit expliqué, soit pourtant admis que c’est une fausse mort orchestrée par le MI6. Un clin d’oeil pour Sean Connery qui annonce durant la production que c’est alors sa dernière apparition dans le rôle ?

James Bond (Daniel Craig) - Mourir peut attendre
James Bond (Daniel Craig) – Mourir peut attendre ©Universal Pictures

Dans Meurs un autre jour, James Bond simule un arrêt cardiaque pour s’échapper du lieu où le MI6 l’a confiné. Dans Casino Royale, empoisonné, son coeur s’arrête pour de bon mais Vesper Lynd le ranime de justesse. Et c’est ainsi en 2021 que, presque 60 ans après sa première apparition au cinéma, à force d’essayer, James Bond est enfin parvenu à faire ses premiers adieux dans Mourir peut attendre

You May Also Like

More From Author