Concert attrayant pour Kensho Watanabe

Le concert Tout feu tout flamme de l’Orchestre Métropolitain était donné pour la première fois vendredi soir à LaSalle. Repris à Ahuntsic ce samedi, il sera présenté à la Maison symphonique dimanche après-midi. Le spectacle intéressera les amateurs de L’apprenti sorcier et de la 5e Symphonie de Prokofiev grâce à une direction efficace et élégante.

Nous connaissons Kensho Watanabe depuis plusieurs années ici. Ancien assistant de Yannick Nézet-Séguin à Philadelphie, il a dirigé plusieurs fois le Métropolitain. C’est un excellent chef, que l’agence d’artistes Askonas Holt, qui s’occupe des intérêts du chef québécois, a d’ailleurs aussi pris sous son aile. 

Watanabe s’est exprimé dans un excellent français pour exposer les grandes lignes de son programme en quelques mots. Il a surtout laissé la place à sa soliste, Élisabeth Pion, qui présentait la curiosité et, a priori, l’attrait de la soirée. Nous y reviendrons.

Précision

C’est Watanabe et sa direction très professionnelle et intègre qui font le sel du spectacle. On remarquera et louangera dès L’apprenti sorcier le fait que les musiciens se donnent à leur plein potentiel même si nous ne sommes pas à la Maison symphonique, même si c’est moins « le fun » pour eux car la salle du Théâtre Desjardins est assez ingrate par sa sécheresse. Cet Apprenti sorcier éloquent aux traits nets, aux sections bien découpées sonnera très bien à la Place des Arts. 

Dans la 5e Symphonie de Prokofiev, cette découpe musicale appréciée dans Dukas est parfaitement en place et à l’oeuvre dans le très redoutable 2e mouvement. Watanabe et l’OM le prennent à bras-le-corps. C’était déjà impressionnant lors de ce 1er concert. Ça promet pour la suite. 

Le 1er mouvement est aussi excellent. On s’étonne un peu que les percussions semblent sur la réserve pendant une bonne partie du mouvement. Mais c’est pour mettre en valeur un véritable déferlement final. Dans une salle aussi sèche que le Théâtre Desjardins, c’est la poésie du 3e mouvement qui tourne un peu court, car la respiration des timbres dans l’espace est nécessaire à l’effet qu’il peut exercer.

En tout cas, si vous aimez ces deux partitions, vous pouvez aller à la Maison symphonique dimanche, d’autant que le récital de Fazil Say à la salle Pierre-Mercure affiche complet.

Pots cassés

On pouvait penser que le point d’attraction du concert serait le Concerto pour piano de la Lettone Lūcija Garūta (1902-1977). On oublie les laïus sur le fait que le concerto est conçu à la mémoire de la nièce de la compositrice, morte à l’âge de 12 ans. On n’est ni dans la commémoration ni dans la commisération, mais on juge ce qui émane d’une scène. Et ce qu’on entend, c’est une sorte de André Mathieu letton, c’est-à-dire du para-sous-Rachmaninov avec des idées, mais des idées accolées en sections, pas agglomérées en une oeuvre au sens « classique » ou « pratiques de bonne fabrication » du terme. Par rapport à Mathieu, qui fuse et vire de bord à tout instant tant il a d’idées mélodiques, Garūta opère certes avec des sections plus élaborées et longues. 

Ce que la Lettone réussit, c’est un 2e mouvement poétique. À un moment, on se dit qu’elle a été inspirée par la manière de Chostakovitch dans son 2e Concerto, mais c’est impossible car son oeuvre a été élaboré en 1951, alors que celle de Chostakovitch date de 1957. 

La catastrophe totale, c’est le Finale qui va à la fois n’importe où, nulle part et n’importe comment. La notice nous apprend que l’oeuvre avait été recalée par le conseil de l’Union des compositeurs de la Lettonie : « Garūta retravaille donc son concerto avec patience et le soumet à une seconde évaluation. Cette fois, c’est un triomphe. » Si la dame composait pour complaire au « comité Jdanov » local, on comprend mieux l’impression d’entendre une fadaise de musique réaliste digne d’être jouée à la garden-party annuelle du comité central du parti du coin. Chostakovitch, certes, a aussi donné dans le genre, mais au moins, si on considère que Le chant des forêts c’est crétin, ça a de la forme et de la gueule.

L’expérience Lūcija Garūta est donc à ranger parmi les pots cassés de notre « magique » séquence de « redécouverte de répertoires » sous couvert de diverses contritions. Si l’on cherche à faire revivre des musiques délaissées dans le genre concertos pour piano para-Rachmaninov, il y a Sergueï Bortkiewicz et Hekel Tavares. Certes, comble d’horreur, ce sont deux mâles blancs. Mais par chance, le premier est né à Kharkiv, en actuelle Ukraine, et le Concerto op. 105 du second est « sur des modes brésiliens », avec un premier mouvement inspiré par la batuque, danse afro-brésilienne. Alors, on imagine que tout baigne…

Tout feu tout flamme

Dukas : «L’apprenti sorcier». Garūta : «Concerto pour piano». Prokofiev : «Symphonie n° 5». Élisabeth Pion (piano), Orchestre Métropolitain, Kensho Watanabe. Théâtre Desjardins, LaSalle, vendredi 19 janvier. Reprises à Ahuntsic, samedi à 19 h 30, et à la Maison symphonique, dimanche à 15 h.

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