Craintes d’extension régionale de la guerre entre Israël et le Hamas

Les craintes de voir le conflit à Gaza entre Israël et le Hamas s’étendre à toute la région se sont encore accrues, mercredi, après un attentat qui a fait 103 morts en Iran, au lendemain de l’élimination d’un haut responsable du Hamas au Liban.

Une double explosion a eu lieu mercredi près de la tombe du général Qassem Soleimani, l’architecte des opérations militaires iraniennes au Moyen-Orient, au moment où l’Iran commémore le quatrième anniversaire de sa mort, a rapporté un média d’État, évoquant une « attaque terroriste » qui n’a pas été revendiquée jusqu’ici.

Accusant les « ennemis diaboliques et criminels » de l’Iran, le guide suprême de la Révolution islamique, l’ayatollah Ali Khamenei a réagi en promettant « une réponse sévère » à ce « désastre ».

La veille, Saleh al-Arouri, 57 ans, numéro deux politique du Hamas et l’un des fondateurs de la branche armée du mouvement islamiste palestinien, a été tué par une frappe aérienne au coeur d’un fief du Hezbollah libanais, soutenu par l’Iran, dans la banlieue de Beyrouth.

Bien que n’ayant pas revendiqué cette élimination, Israël est pointé du doigt depuis cette frappe qui a partiellement détruit l’immeuble dans lequel ont péri Saleh al-Arouri et au moins six autres cadres du Hamas. L’État hébreu avait juré de « détruire » le Hamas en réaction à l’attaque sans précédent menée par le mouvement islamiste palestinien le 7 octobre sur son sol.

Avion de chasse

Mercredi soir, au cours d’un discours très attendu, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a mis en garde Israël : « Pour le moment, nous combattons sur le front de façon calculée […] mais si l’ennemi pense lancer une guerre contre le Liban, nous combattrons sans limites, sans restrictions, sans frontières ».

« Un mouvement dont les leaders et les fondateurs tombent en martyrs pour la dignité de notre peuple et de notre nation ne sera jamais vaincu », a réagi pour sa part mardi Ismaïl Haniyeh, le chef du Hamas, dénonçant « une violation de la souveraineté du Liban » et une « expansion » de la guerre en cours dans la bande de Gaza.

Selon un haut responsable de sécurité libanais, l’attaque qui a tué Saleh al-Arouri a été menée par un avion de chasse israélien, et non par un drone, comme l’avait affirmé mardi l’agence officielle libanaise Ani.

Sans y faire directement référence, le porte-parole de l’armée israélienne Daniel Hagari s’était exprimé mardi soir, peu après la frappe, assurant que les forces israéliennes étaient « préparées pour tout scénario ».

Mercredi soir, l’armée a annoncé dans un communiqué que des avions de chasse avaient « frappé un certain nombre de cibles terroristes du Hezbollah au Liban, dont une infrastructure terroriste et un bâtiment militaire », sans plus de précision.

Elle a aussi évoqué « plusieurs tirs partis du Liban et visant le territoire israélien au cours des dernières heures », assurant qu’elle y avait riposté.

« Risque d’escalade »

Pour l’analyste Maha Yahya, directrice du Carnegie Middle East Center basé à Beyrouth, « le risque d’escalade est important, mais le Hezbollah s’efforce d’éviter d’être entraîné dans un conflit », a-t-elle dit à l’AFP.

Salah al-Arouri « était un homme qui avait une certaine stature, mais son assassinat ne va pas affaiblir la résistance », a dit à l’AFP Mahdi Abu Mohammed, un habitant de Rafah.

Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas le 7 octobre, les tensions se multiplient à la frontière israélo-libanaise, en Syrie et en Irak où des bases américaines sont prises pour cible, et en mer Rouge avec des attaques des rebelles Houthis, à nouveau mardi soir selon l’armée américaine, pour freiner le trafic maritime en « soutien » à Gaza.

Le président français, Emmanuel Macron, a appelé Israël à « éviter toute attitude escalatoire notamment au Liban » lors d’un échange téléphonique avec le ministre israélien Benny Gantz, membre du cabinet de guerre de Benjamin Nétanyahou.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, a pour sa part qualifié la frappe « d’opération terroriste lâche ».

L’attaque du Hamas du 7 octobre avait fait environ 1140 morts en Israël, majoritairement des civils, selon un décompte de l’AFP à partir de données officielles israéliennes. Des commandos du mouvement avaient pris en otage environ 250 personnes, dont plus de 100 avaient été libérés fin novembre lors d’une trêve d’une semaine.

La guerre qui dure depuis près de trois mois a coûté la vie à 22 313 personnes à Gaza, majoritairement des femmes, des adolescents et des enfants, selon un nouveau bilan mercredi du Hamas, classé organisation terroriste par les États-Unis, Israël et l’Union européenne.

« Trois longs mois »

Saleh al-Arouri, chef en exil du Hamas pour la Cisjordanie occupée, est le plus haut responsable du Hamas tué depuis le 7 octobre. Peu après l’annonce de sa mort, de nombreux Palestiniens se sont rassemblés dans les rues de Ramallah, en Cisjordanie occupée.

« La nouvelle du martyre de [Saleh al-Arouri] est très difficile pour nous, mais il ne vaut pas plus que ceux qui sont morts en martyrs à Gaza et sont plus de 20 000 », a dit à l’AFP Diya Zaloum, un jeune manifestant.

Mercredi, les villes de Naplouse et Ramallah ont largement répondu à l’appel de l’Autorité palestinienne demandant aux habitants d’observer une grève générale. Des photos AFP montrent des rues vides et des commerces fermés.

Dans la bande de Gaza elle-même, malgré les demandes de cessez-le-feu de la communauté internationale, l’armée israélienne a annoncé se préparer à des « combats prolongés », qui devraient durer « tout au long de l’année ».

Mercredi matin, un journaliste de l’AFP a fait état de frappes sur Khan Younès, où le ministère de la santé du Hamas a dénombré de « nombreux » morts.

Les 2,4 millions d’habitants de la bande de Gaza sont confrontés à de graves pénuries de nourriture, d’eau, de carburant et de médicaments. Malgré une résolution de l’ONU, l’aide humanitaire entre au compte-gouttes.

« Cela fait sept jours que je suis ici, je dors sous la pluie, sans tente […] nous avons dû quémander des couvertures dans des appartements autour », soupire Wojoud Kamal al-Shinbary, qui a trouvé refuge à Rafah, ville jouxtant l’Égypte.

À Jabaliya, dans le nord de Gaza, Sajda Maarouf témoigne aussi de son enfer après des frappes locales : « les bombes s’abattaient sur nous, des gens étaient taillés en pièces […] nous voulons une trêve, s’il vous plaît, nous sommes épuisés ».

« Gaza : trois longs mois d’une guerre brutale : déplacements de population massifs, morts et blessés en masse, destructions massives », a dénoncé sur le réseau social X Philippe Lazzarini, patron de l’agence d’aide aux réfugiés palestiniens de l’ONU à Genève.

Un ministre israélien préconise un départ massif de Palestiniens

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