critique d’un vrai film d’horreur avec des araignées de la mort qui tue

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spider-man : no way out

Ça, c’est un film d’horreur. Un film qui ne fait pas de chichi, qui veut vraiment faire peur, et qui peut satisfaire un large public, comme il se doit. Au milieu d’une nuée de “films de genre français” souvent critiqués et boudés parce qu’ils piétineraient “le genre” pour en faire un simple prétexte, Vermines se démarque. Il arrive avec ses petites pattes et ses gros sabots pour remettre les pendules à l’heure de l’angoisse, de la manière la plus simple et efficace qui soit.

Vermines, c’est donc l’histoire d’un immeuble envahi d’araignées tueuses. C’est le point de départ et le point d’arrivée de ce pur cauchemar écrit par Sébastien Vaniček et Florent Bernard, où une bande d’amis incarnés par Théo Christine, Sofia Lesaffre, Finnegan Oldfield, Lisa Nyarko et Jérôme Niel essaye de trouver une issue à ce cauchemar. Parce que oui, le film est véritablement pensé comme un cauchemar, qui imagine le pire (et donc, le meilleur).

 

 

Vermines rappelle plus la géniale scène de la pharmacie de The Mist et ses araignées mutantes, que les petits classiques Tarantula, Arachnophobie ou Arac Attack. Finalement, et à moins de compter toutes les séries Z et autres DTV moisis, il y a peu de films d’horreur centrées sur ces charmantes bestioles. C’est aussi pour ça qu’il sort du lot et s’impose instantanément comme un petit classique du genre.

 

Vermines : photo, Lisa NyarkoSquid Game, de la gnognotte à côté

 

1001 pattes

Le b.a-ba d’un film d’horreur avec des araignées : il faut des araignées. Et plus elles sont nombreuses, vilaines et tueuses, mieux c’est. Sébastien Vaniček et son co-scénariste Florent Bernard ont bien compris ce principe, si simple et pourtant si difficile à assumer. Vermines n’y va donc pas par quatre chemins pour tisser une véritable toile du cauchemar, avec toute la cruauté, la générosité et la perversité nécessaires. 

Dans les chaussures ou les conduits d’aération, sous les vêtements ou sous la peau, petites et silencieuses ou énormes et véloces, ces charmantes bestioles se déploient partout pour cocher toutes les cases du cauchemar. En retenant la leçon du xénomorphe dans le premier Alien, les araignées se multiplient, grossissent et grandissent beaucoup trop vite et discrètement pour laisser une chance aux humains. Tant pis pour eux, tant mieux pour nous – c’est la note d’intention de tout bon film d’horreur.

 

Vermines : photo, Théo ChristineAvoir littéralement une araignée au plafond

 

La barre de béton devient alors la tour de la terreur, verrouillée qui plus est, histoire d’enfoncer le clou dans le cercueil. Pas besoin d’être arachnophobe, tout le monde aura envie d’acheter un lance-flamme après avoir vu Vermines. De la première confrontation dans la salle de bain à la tentative de nettoyer le faux-plafond avec un insecticide, en passant par la scène absolument terrifiante du couloir, le film est déterminé à jouer sur toutes les peurs. Spectacle, sensations, sueurs froides : tout est garanti.

C’est d’autant plus fort que Sébastien Vaniček sait aussi marquer les pauses, que ce soit avec la vision d’une soirée TV solitaire qui a mal tourné, ou celle d’un homme condamné qui se défend avec des verres d’eau. Vermines n’oublie pas que dans la peur, il y a toutes les peurs – mourir, mourir seul, voir les autres mourir. Le désespoir rampe presque aussi vite que les araignées, et il suffit d’un plan sur le cadavre d’un personnage colonisé par les créatures pour mesurer l’étendue humaine du cauchemar.

 

Vermines : photoTerrifiant mouvement de caméra incoming

 

chercher la petite bête

Mais comme tout bon film d’horreur qui se respecte, Vermines a d’autres choses à raconter. Les vermines du titre, ce sont les araignées mais aussi les habitants de cet immeuble de banlieue – du moins aux yeux des forces de l’ordre, centrales dans la dernière partie du cauchemar. Tout le monde se retrouve là, sans forcément avoir voulu y arriver… ou avoir réussi à en partir. Parqués, encerclés, condamnés, les deux clans s’affrontent. Et ça tombe bien puisque la disparition de cette zone arrangerait bien le paysage.

Curieusement, ça fait écho à un autre “film de genre français” sorti en 2023 : La Tour, de Guillaume Nicloux, dans le même décor mais avec le néant pur et simple à la place des araignées. Vermines en est pourtant l’antithèse à tous les niveaux. Normal : La Tour débordait de misanthropie, et détestait tellement l’humanité que les personnages étaient déjà morts à l’écran. Sébastien Vaniček et son co-scénariste Florent Bernard, eux, aiment les humains. Ils sont écrits simplement mais précisément, et le talent de Théo Christine, Finnegan Oldfield, Lisa Nyarko, Sofia Lesaffre et Jérôme Niel fait le reste.

 

Vermines : photo“On va nettoyer au karcher la cité”

 

Vermines va même plus loin que ça avec l’ultime blasphème du film d’horreur avec des araignées : les araignées ne sont pas que des vermines. Ici, la portée d’entrée de ces animaux si détestés (et déracinés), c’est la curiosité, l’admiration et le respect. C’est ce qui anime le personnage principal durant tout le film, malgré les épreuves (*euphémisme*) et la blessure amicale justement liée à cette passion. Et c’est ce qui permettra finalement aux survivants de s’en sortir, face à un choix légèrement terrifiant.

En prenant le contrepied des attentes, et en privilégiant une forme de douceur très à-propos, Sébastien Vaniček et son co-scénariste Florent Bernard ont pris le risque de bifurquer à quelques moments-clés du récit d’horreur. C’est peut-être cette volonté de sortir des sentiers battus qui affaiblit la dernière partie du film, avec notamment un climax qui mélange maladroitement l’illustration du propos et l’exécution du spectacle (une longue scène de chaos, mises à mort et fusillades dans un parking). C’est un peu frustrant vu la réussite impressionnante de Vermines avant ça. Mais ça ne saurait abîmer la réussite claire et nette de ce film de haut calibre. 

 

Vermines : Affiche française

 

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