dans l’ombre des stars du projet QSMP, les bénévoles sous pression veulent faire valoir leurs droits

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Illustration réalisée à partir de captures d’écran du jeu vidéo « Minecraft ».

C’est un flot de témoignages intarissable. Depuis le 3 mars, des dizaines de jeunes internautes publient leurs récits, tous plus accablants les uns que les autres, sur les coulisses d’un projet communautaire baptisé QSMP. Lancé en mars 2023 par le créateur de contenus mexicain Quackity (23 ans, 6,3 millions d’abonnés sur Twitch et autant sur YouTube), ce serveur du jeu vidéo Minecraft a été conçu pour permettre à des streameurs du monde entier de participer à une aventure persistante diffusée en direct sur Twitch.

Des vidéastes français populaires, comme Antoine Daniel et Baghera Jones, en ont ainsi été partie prenante plusieurs mois durant, leurs nombreux fans pouvant suivre les péripéties de leurs personnages en direct sur Twitch.

C’était du moins le cas jusqu’à ce que Quackity et son entreprise Quackity Studios se voient reprocher d’avoir bâti le succès de leur projet sur le dos de jeunes travailleurs bénévoles, qui parlent aujourd’hui de pression, voire de harcèlement. Des petites mains chargées de la traduction, du développement informatique, du graphisme ou de la gestion de communautés, mais qui assuraient aussi l’animation du serveur au quotidien, en interprétant les figurants des aventures vécues par leurs créateurs de contenu préférés. Parmi eux, des jeunes Français, depuis remerciés par leurs responsables, se sont entre-temps rapprochés du syndicat Solidaires-Informatique.

Burn-out et nuits blanches

Pour les volontaires du QSMP, prendre la parole n’a pas été évident. « Nous n’avions pas le droit de communiquer avec les créateurs de contenu », témoigne sur X Léa, première Française à s’exprimer sur le sujet. La jeune femme de 22 ans participait principalement à l’aménagement du serveur Minecraft, à son design, à l’écriture de sa trame narrative et à la communication sur les réseaux sociaux.

Derrière des pseudonymes, les bénévoles expliquent ainsi avoir dû signer un accord de non-divulgation (NDA), utilisé par le studio pour empêcher ses petites mains de parler de leurs conditions de travail. Les travailleurs étaient également isolés avec une interdiction formelle d’échanger entre eux. « Les manageurs au sein de Quackity Studios leur demandaient des captures d’écran de leurs messages privés, avec des menaces de sanction si refus », rapporte Mathis Benguigui, secrétaire adjoint du bureau national de Solidaires-Informatique.

Dans un témoignage publié le 21 mars, Pomme, chargée de traduction et interprète d’un personnage secondaire sur le serveur, explique qu’après une période d’essai de deux semaines, non rémunérée, elle est engagée comme bénévole, sans contrat écrit, au sein du serveur QSMP. Sa cadence de travail est rapidement devenue intenable. « C’était vraiment beaucoup à gérer au quotidien, j’ai vu mes amis et la plupart des administrateurs frôler le burn-out s’ils n’étaient pas déjà dedans, souligne-t-elle. J’ai arrêté de compter le nombre de fois où je suis restée éveillée plus de vingt-quatre heures [d’affilée]. »

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