Des hausses salariales de 17,4% sur cinq ans sur la table du Front commun

Les 420 000 membres du Front commun intersyndical devraient bénéficier d’augmentations salariales de 17,4 % sur cinq ans, selon les détails d’une proposition d’entente de principe qui a fait réagir de nombreux syndiqués mercredi. 

Malgré l’intérêt médiatique suscité par les négociations collectives des employés de l’État québécois des domaines de l’éducation, de la santé et des services sociaux, les détails des ententes sectorielles et de la proposition globale abordant les salaires étaient restés essentiellement confidentiels depuis leur annonce. 

Le 31 décembre, le Front commun avait brièvement publié sur son site web certains détails de cette proposition d’entente, puis avait retiré le document. Un internaute en avait néanmoins conservé une copie, datée du matin du 1er janvier, qui a ensuite largement circulé sur les réseaux sociaux.

Le regroupement intersyndical a donc rendu de nouveau accessible le document en question mercredi midi. « La volonté du Front commun a toujours été de présenter en premier à ses membres le contenu de la proposition d’entente survenue à la table centrale », indique la publication accompagnée de la mention « Info-négo ».

Les instances des différents syndicats se réunissent d’ailleurs cette semaine pour étudier les propositions d’ententes convenues à la table centrale et à chacune des tables sectorielles, afin de déterminer si celles-ci méritent ou non d’être soumises à leurs membres. Une conférence de presse est prévue dimanche après-midi à Montréal : les quatre centrales syndicales du Front commun devraient alors faire le point sur les votes tenus cette semaine.

« Toutefois, dans le contexte où l’information circule dans certains médias, nous souhaitons vous présenter les grandes lignes constituant l’hypothèse de règlement », poursuit le document désormais en ligne, tout en précisant que l’ensemble des détails de cette proposition d’entente avec le gouvernement du Québec sera acheminé aux syndiqués « autour du 7 janvier ». 

La page web en question fait ainsi état d’augmentations salariales de 17,4 % entre le 1er avril 2023 et le 31 mars 2028 pour les membres du Front commun. Les travailleurs concernés bénéficieront aussi d’une « clause de protection du pouvoir d’achat » visant à compenser les impacts de l’inflation sur leurs finances pour chacune des trois dernières années de leurs conventions collectives, échues depuis le 31 mars 2023.

Un « compromis » 

On peut déduire de cette entente que tant les centrales syndicales que le gouvernement du Québec ont mis de l’eau dans leur vin dans le cadre des négociations qui ont entouré la tenue de 11 jours de grève depuis le 6 novembre.

Le Front commun réclamait initialement des hausses salariales d’environ 23 % sur trois ans, en incluant une clause d’indexation pour les membres. Le gouvernement Legault avait pour sa part proposé en décembre une augmentation de 12,7 % des salaires en cinq ans, une offre qu’il s’était dit prêt à bonifier. 

« C’est clair qu’il y a là un compromis », relève au Devoir l’ancienne présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Claudette Carbonneau. Tout en soulignant que de nombreux détails demeurent inconnus, la syndicaliste d’expérience note que cette proposition d’entente semble, à première vue, « dans la fourchette supérieure des règlements des 30 dernières années », à l’avantage des travailleurs syndiqués.

La proposition d’entente prévoit par ailleurs des « gains importants concernant les assurances collectives et les vacances, en plus d’éléments relatifs aux droits parentaux, à l’attraction et la rétention des ouvriers spécialisés et des psychologues notamment », relève lui-même la déclaration du Front commun.

Sans offrir l’ensemble des détails à cet effet, il indique également que des « reculs majeurs » ont été évités en ce qui concerne le régime de retraite des syndiqués, qui ont aussi obtenu « quelques améliorations » à cet égard. « Le tout s’additionnant à plusieurs bonifications obtenues dans les ententes sectorielles », poursuit la déclaration du Front commun. 

Un brin d’insatisfaction

Les détails de la proposition d’entente fournis par le Front commun ne font toutefois pas l’unanimité chez les syndiqués. Tandis que certains ont fait état mercredi sur les réseaux sociaux de « gains majeurs » pour des centaines de milliers de personnes, d’autres ont déploré que ces hausses attendues risquent d’être insuffisantes pour couvrir la hausse anticipée du coût de la vie dans les prochaines années. 

Dans ce contexte, « on est toujours face à une certaine incertitude », relève la présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire, Kathleen Legault. Cette dernière appréhende d’autres moyens de pression des enseignants, en marge de leur retour en classe la semaine prochaine, si les ententes convenues par les syndicats ne respectent pas leurs attentes.

Si le projet d’entente reçoit l’aval des instances syndicales, il sera par la suite soumis aux 420 000 membres du Front commun lors d’assemblées générales qui auront lieu dès ce mois-ci. Ces centaines de milliers de travailleurs décideront alors si l’entente déterminera le contenu de leurs prochaines conventions collectives.

« Le dernier mot, il appartient toujours aux 420 000 membres », rappelle Claudette Carbonneau. 

La proposition d’entente du Front commun exclut d’autre part les travailleurs membres de la Fédération autonome de l’enseignement et de la Fédération Interprofessionnelle de la santé du Québec, qui réclamaient elles aussi à Québec de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires pour leurs membres. 

À voir en vidéo

You May Also Like

More From Author