Des mines aux batteries, le lithium n’est pas sans risque économique

Doit-on être surpris des annonces récentes de compressions et de fermetures de mines de lithium au Québec et à l’international, alors que la demande pour l’« or blanc » connaît une forte croissance pour les batteries et les véhicules électriques ? Voici trois risques qu’il nous paraît important de bien évaluer avant de consentir davantage de fonds publics dans des projets miniers de lithium.

Des ressources en abondance

 

S’il est vrai que la demande en lithium explose, on oublie trop souvent de préciser que l’offre explose elle aussi. Selon les données de l’Agence géologique américaine, la production mondiale de lithium (130 000 tonnes) a connu un impressionnant bond de 58 % entre 2020 et 2022.

Avec de nouvelles découvertes chaque année, les ressources mondiales de lithium (98 millions de tonnes) ont pratiquement triplé depuis 2010. Ces quantités seraient suffisantes pour approvisionner le marché du lithium pendant 954 ans au taux de production actuel.

Quant aux réserves qui sont davantage près du seuil de production, elles atteignaient 26 millions de tonnes en 2022. Il s’agit d’un volume suffisant pour fournir 2,6 milliards de véhicules électriques, soit près du double du quelque 1,4 milliard de véhicules à essence actuellement en circulation sur la planète. À cela s’ajoute le recyclage du lithium, qui pourrait accroître substantiellement sa disponibilité sur les marchés à moyen terme : jusqu’à 30 % de la demande, selon certaines études.

Si ces données témoignent d’une forte disponibilité du lithium pour soutenir la transition énergétique en cours (une bonne nouvelle), elles témoignent également des fortes pressions baissières qui risquent d’affliger le marché à moyen et à long terme. Cela met à risque plusieurs projets miniers, leurs investisseurs (publics ou privés) et les communautés qui les entourent.

Des ressources présentes dans plusieurs pays

 

La disponibilité des ressources en lithium dans deux douzaines de pays situés sur cinq continents contribuera à accroître cette pression baissière sur les prix du lithium.

Contrairement à une croyance populaire, la Chine ne contrôle pas la production primaire du lithium. Dans les faits, ce sont le Chili (36 %), l’Australie (24 %) et l’Argentine (10 %) qui détiennent la majorité des réserves mondiales (70 %) et qui dominent actuellement la production mondiale (77 %). La Chine représente un sixième (15 %) de la production mondiale, avec 8 % des réserves.

Quant à la transformation du lithium, l’emprise de la Chine (55 %) diminue chaque année. Le Chili (25 %), l’Argentine (10 %) et plusieurs pays accroissent rapidement leur capacité de transformation.

Plus près de chez nous, les États-Unis et le Canada représentent environ 1 % de la production mondiale avec 7 % des réserves. Ces réserves pourraient fournir environ 200 millions de véhicules électriques, soit près de 200 fois le nombre de véhicules électriques vendus dans ces deux pays en 2022.

Un marché minier cyclique

 

Le lithium n’est pas à l’abri des emballements-effondrements (boom and bust) cycliques du secteur minier ni des passifs sociaux et environnementaux qui l’accompagnent trop souvent. À terme, une majorité de projets risquent de ne jamais voir le jour, de fermer prématurément ou de faire faillite.

Certes, des hausses de prix auront lieu lorsque la cadence de production ne suivra pas la demande, mais ces hausses risquent d’être de courtes durées. Dans ce contexte, seule une minorité de projets bien ficelés et avec un faible coût de production auront une véritable chance de réussir à long terme. Les producteurs déjà en place en Australie, au Chili, en Argentine et en Chine ont une longueur d’avance.

Ce contexte est propice à une guerre du nivellement vers le bas entre les pays producteurs, notamment pour réduire les contraintes réglementaires et environnementales. Il est également propice à une surenchère des gouvernements pour attirer les investisseurs privés. On le constate déjà au pays : accélération des permis, contournement des évaluations environnementales et des centaines de millions de fonds publics promis à la filière du lithium. Cet engouement quasi aveugle et dépourvu de sens critique inquiète. Il pourrait coûter cher collectivement. Il rappelle nombre de politiques industrielles qui ont connu des échecs par le passé.

Outre les risques financiers, les projets de lithium posent des risques sociaux et environnementaux importants (déchets miniers, eau, droits autochtones, etc.).

En conclusion, nous appelons les gouvernements à demeurer vigilants face à l’évaluation et le financement des projets de lithium. On doit soutenir des politiques publiques avec une vision à long terme qui minimise les risques pour les finances publiques, pour l’environnement et pour les communautés touchées.

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