Des nouvelles de Raël | Le Devoir

D’abord, c’est qui, Raël, et pourquoi lui consacrer une série documentaire en quatre parties sur le réseau mondial Netflix ? Il faut avoir un certain âge pour se rappeler, avec un sourire jaune en coin et un malaise certain, ce personnage central des nouveaux mouvements religieux de la fin du XXe siècle. C’était le temps du retour de Dieu avec le pape Jean-Paul II aux commandes à Rome, les ayatollahs à Téhéran, les fous d’Allah partout et celui-là, donc, ce prophète autoproclamé comme demi-frère de Jésus habillé comme un Oralien…

Raël est le nom que se donne le Français Claude Vorilhon (né en 1946 à Vichy), chansonnier dans les années 1960, après avoir été prétendument contacté en 1973 par des extraterrestres (les Élohim) qui lui ont expliqué être les créateurs de l’humanité en laboratoire. On dirait un scénario des films de la série Alien et c’est en partie le cas puisque cette fabulation s’est inspirée des récits de science-fiction et de la passion pour les ovnis comme des petits hommes verts de l’après-guerre. Pour répandre sa nouvelle Bonne Nouvelle, Vorilhon-Raël a fondé un nouveau mouvement religieux qui a connu une assez extraordinaire poussée dans la francophonie, et au Québec en particulier.

C’est ce parcours concentrant quelque chose de notre temps, à la fois loufoque, toc et d’époque, donc, que raconte la production Raël. Le prophète des extraterrestres. Ce sujet incarne le scientisme, la passion soucoupiste et le sensationnalisme médiatique des années 1970-1980.

Les réalisateurs français Alexandre Ifi et Antoine Baldassari ont mené une enquête sur quatre continents et réussi à convaincre les acteurs centraux de cette abracadabrante aventure pour composer la première grande synthèse filmée sur le raëlisme. Le septuagénaire a accepté in extremis d’être interviewé alors qu’avait commencé le montage de la série. Il est installé au Japon depuis des années et il est toujours entouré de fidèles et surtout de jeunes femmes. Il défend maintenant une posture de détachement serein, même par rapport à son mouvement. 

Sa fidèle d’entre les fidèles, la scientifique Brigitte Boisselier, a été retrouvée au Mexique. C’est elle qui a orchestré le grand canular de la fin 2002 ayant fait croire au clonage d’un humain et elle ne s’en excuse pas. Elle est toujours raëlienne, persiste et se signe. « Si Raël disait que tout est faux, que c’est élaboré, que c’est une belle oeuvre de science-fiction, j’éclaterais de rire et je le remercierais profondément et je ne changerais rien à ce que je suis et à ce que j’ai fait », dit-elle avec aplomb en entrevue. 

Les médias du monde entier sont alors tombés dans le panneau et le Sénat des États-Unis aussi. Dans un extrait de conférence qu’il donne alors à ses disciples, on entend Raël se féliciter du coup qui aurait permis d’obtenir l’équivalent de 600 millions de dollars de retombées publicitaires. Les raëliens qui témoignent dans le documentaire expliquent qu’au fond, le mensonge importe beaucoup moins que d’avoir fait connaître la cause.

Deux autres participants au portrait de groupe avec gourou se démarquent par leurs critiques féroces en toute connaissance de cause. La journaliste d’enquête québécoise Brigitte McCann revient sur son infiltration de la secte en Estrie pendant des mois avec la photographe Chantal Poirier. Les reportages qu’elle a publiés après le mensonge du clonage ont contribué au discrédit des raëliens ici, comme ils avaient déjà été malmenés en France après les révélations sur les opinions et les pratiques pédophiles du mouvement. Mme McCann rachète un peu les fautes des médias d’ici et d’ailleurs, eux qui ont très longtemps servi à faire la promotion complice de Raël en s’en amusant comme s’il n’était qu’un bouffon inoffensif et divertissant. 

Un autre témoignage prolongé et fort vient du technicien de laboratoire Damien Marsic, qui a aidé la Dre Boisselier dans sa filouterie de la fausse copie d’un humain en éprouvette. Il a quitté la secte en 2016. « On m’a volé 33 ans de ma vie, dit-il à la fin du documentaire. C’est difficile à admettre. C’est comme si je m’étais réveillé d’une longue hypnose. » 

L’histoire de ce mouvement religieux vaut pour tant d’autres. Encore une fois, il s’agit d’une grande magouille faite par un audacieux ou un illuminé charismatique pour exploiter financièrement et sexuellement des gens crédules. Raël a créé de toutes pièces un système lui permettant de réclamer 10 % du salaire de ses fidèles sous prétexte de construire une ambassade pour accueillir les Élohim, mais aussi pour obtenir des faveurs sexuelles sur demande d’une multitude de jeunes femmes, parfois même les enfants adolescentes de ses fidèles. 

L’aventure continue au Japon et en Afrique avec l’Ivoirien Yves Boni, raëlien depuis 1995, qui se présente dans le documentaire comme le « prophète africain du mouvement ».  En France comme au Québec ou aux États-Unis, les vieux adeptes de la première heure ont pratiquement disparu de l’espace public. Raël et ses raëliens y reviennent un temps avec ce documentaire qui pourrait bien, malgré sa volonté critique, relancer l’intérêt, voire l’attrait pour ce mouvement, les voies des Élohim étant impénétrables…

Raël. Le prophète des extraterrestres

Sur Netflix dès le 7 février

À voir en vidéo

You May Also Like

More From Author