Don’t Nod : le STJV dénonce un “chaos ambiant” et tire la sonnette d’alarme – Actu

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Le STJV dénonce premièrement une dissonance entre les valeurs humanistes affichées par Don’t Nod, dans ses productions comme dans ses communiqués de presse, et les conditions de travail en interne. D’après le syndicat, les problèmes sont essentiellement liés à la subite croissance du studio, qui enchaîne maintenant les projets (entre équipes internes et externes) sans ligne directrice stable. “…Le temps et la vision à long terme nécessaires à la qualité de vie viennent à disparaître, entraînant davantage de stress parmi les employé·es et provoquant des situations de boreout/burnout, nous plaçant tous·tes dans l’attente de décisions prises par la direction” d’après le STJV.

Discussion compliquée entre patronat et syndicat

Ainsi, l’équipe du récent Jusant – brillant jeu d’escalade nommé aux Pégases – aurait été “laissé·es dans un flou absolu quant à leur avenir, pour beaucoup sans aucun travail à réaliser” dans les deux mois suivant la sortie avant que l’unité ne soit purement et simplement dissoute. Pas de licenciements, heureusement, les salarié(e)s ont été requalifiés sur d’autres projets. Mais le STJV pointe du doigt l’opacité des décisions internes : “cette décision soudaine n’a fait l’objet d’aucune justification malgré l’insistance du CSE.” Idem pour le report de Banishers : Ghosts of New Eden en novembre dernier qui a été annoncé aux équipes trente minutes avant diffusion à la presse. En parallèle, le syndicat indique également que les équipes seraient “sous-staffées” avec des nuées de contrats précaires pour combler les vides, ce qui “impose une pression énorme aux équipes qui peinent de plus en plus à respecter les deadlines“.

Ce qui a motivé la publicisation de ce communiqué, ce serait la rupture interne du dialogue avec la branche syndicale représentative du STJV, qui dénonce notamment une organisation compliquée (pour ne pas dire entravée) des Négociations Annuelles Obligatoires entre dirigeants et représentants syndicaux. “La réunion de cadrage qui a eu lieu le 16 janvier 2024 n’a pas respecté la procédure décrite dans le Code du Travail, et nous n’avons pas eu l’occasion de discuter ne serait-ce que les thèmes à aborder lors des NAO ni le calendrier. […] En l’espèce, il ne s’agit absolument pas de négociations « loyales et sérieuses ». Le STJV réclame également des moyens supplémentaires pour informer les employés ; pour l’instant, Don’t Nod ne leur accorderait qu’un panneau – légalement obligatoire – dans les locaux alors que 75% du personnel est en 100% distanciel. Ne pouvant donc pas consulter ledit panneau aisément.

Souvent félicité pour ses thèmes humanistes, Don't Nod a notamment marqué l'industrie en proposant Tell me Why, rare titre à adopter un personnage transgenre comme protagoniste. Mais d'après le STJV, le texte ne collerait pas aux conditions de production.
Souvent félicité pour ses thèmes humanistes, Don’t Nod a notamment marqué l’industrie en proposant Tell me Why, rare titre à adopter un personnage transgenre comme protagoniste. Mais d’après le STJV, le texte ne collerait pas aux conditions de production.

Les différents problèmes soulevés auraient été remontés au CSE (sous étiquette STJV depuis les élections de 2023) qui se retrouverait pourtant pieds et poings liés face à la situation à cause de “nombreuses entraves et obstructions à l’exercice de leur mandat CSE“. “La direction […] n’accepte pas de devoir ne serait-ce qu’informer le CSE des sujets qui le concernent, et refuse de devoir rendre des comptes” d’après le communiqué syndical. Le STJV achève son tour d’horizon avec l’enquête Qualité de Vie au Travail, sondage interne auquel deux tiers des employés ont répondu. Les résultats publiés en septembre 2023 seraient inutilisables à cause de notes “moyennées” à travers l’entreprise, masquant les problématiques spécifiques à certains pôles, ainsi qu’une restitution biaisée : “la direction a préféré orienter les résultats pour ne parler que de ce qui pouvait être interprété comme positif“.

Face au CSE, la direction préférerait jouer la carte de la pédagogie macroniste : ils ne diraient pas que la politique interne est un échec, c’est juste que ça n’a pas marché.“À quand un numéro vert pour nous expliquer la pensée complexe de Don’t Nod ?” ironise le communiqué.

Un rameau d’olivier à saisir

Malgré tous ces griefs, le STJV relève que Don’t Nod propose également des avantages tangibles, en particulier le 100% distanciel sur demande. La branche syndicale exhorte donc le studio à reprendre le chemin du dialogue social pour que “les valeurs de l’entreprise atteignent la hauteur de ses ambitions“. C’est que les équipes travaillent encore à plein régime sur le jeu narratif Lost Records : Bloom & Rage, héritier spirituel de Life is Strange prévu pour fin 2024, ainsi que l’édition du titre indépendant Koira daté pour 2025.

Bien que nous ayons sollicité le STJV et Don’t Nod, les deux entités ne nous ont pas encore répondu. Dans les colonnes de Libération, le studio français défend que “les allégations de mauvais traitement régulier du personnel ne correspondent pas à nos valeurs et à notre culture d’entreprise” sans répondre aux questions spécifiques du journal. Leur communiqué décrit vouloir maintenir un “dialogue continu” avec les employés, et affirme que les allégations du STJV sont prises “très au sérieux en interne“.

Cet article sera mis à jour dès que nous recevrons une réponse officielle du STJV et/ou de Don’t Nod.

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