Élections américaines 2024: Donald Trump porté par l’illusion de l’Iowa

Le vote de l’Iowa, dans la course à l’investiture républicaine de 2024, a accordé lundi soir une victoire éclatante à l’ex-président Donald Trump, qui a récolté plus de 50 % des suffrages exprimés lors des caucus de cet État du Midwest.

Mais la vague, si elle semble spectaculaire, est loin de sceller complètement le sort de cette course. Le taux de participation très faible et, surtout, le contexte politique particulier de l’Iowa laissent encore un peu d’espoir aux rivaux du populiste, à quelques jours du vote un peu plus significatif des primaires du New Hampshire. 

C’est que près de 50 % des électeurs de l’Iowa, un État pourtant très conservateur, n’ont finalement pas choisi Donald Trump et son discours politique de la revanche, teinté de haine et d’accusations non-fondées de fraude électorale. Victimes de conditions météo glaciales, les caucus de l’Iowa ont également livré leur taux de participation le plus faible depuis 2008. À peine 111 000 électeurs républicains, sur les 752 000 inscrits au 2 janvier dernier sur les listes de l’État, se sont déplacés pour choisir leur candidat, soit 15 % d’entre eux (contre 29 % en 2016). 

« Dans les faits, Donald Trump n’a obtenu que 56 260 voix », résume Steffen Schmidt, professeur de science politique à l’Université d’État de l’Iowa, joint par Le Devoir au lendemain de cet exercice électorale. « Le très faible taux de participation soulève aussi plusieurs questions sur la valeur de cette victoire. Mais en politique, l’illusion est plus importante que la réalité, et c’est ce qui continue de faire grimper Donald Trump dans les sondages nationaux ».

Lundi soir, deux heures à peine après le début des caucus, Donald Trump a claironné sa victoire en appelant étrangement à l’unité au sein du Parti républicain, mais aussi en promettant des belles années à venir aux industries du pétrole, du gaz et de l’extraction. « Nous allons creuser, bébé, nous allons creuser », a-t-il lancé, reprenant ainsi le slogan pro-industrie utilisé par le candidat républicain Michael S. Steele en 2008. Le populiste a également promis de « sceller la frontière », composante de son discours nationaliste identitaire anti-immigration à laquelle sa base est très réceptive.

« En dépassant les 50 %, Donald Trump a profité d’une très bonne soirée. Mais la course n’est pas terminée pour autant. Le vote qui s’est exprimé contre lui est encore très important, même s’il se retrouve divisé entre Ron DeSantis et Nikki Haley », dit en entrevue le politicologue Tim Hagle, de l’Université de l’Iowa. Le gouverneur de la Floride est arrivé en deuxième position, récoltant 21,2 % des voix. Il était suivi de très près par l’ex-ambassadrice des États-Unis aux Nations unies, qui a reçu 19,1 % des votes. 

Ron DeSantis a également déjoué les pronostics en évitant une troisième place qui aurait menacé sa survie à court terme dans cette course électorale. « Cela n’a pas été le pire ni le meilleur scénario pour lui », souligne M. Hagle. « Il a battu Nikki Haley pour la deuxième place, sans toutefois réduire l’écart face à Donald Trump. Son chemin pour décrocher l’investiture républicaine reste encore difficile, mais pas impossible. Il a suffisamment bien performé mardi soir pour justifier de rester dans la course. »

« Son problème, c’est qu’il n’a pas de véritable organisation politique en dehors de l’Iowa et qu’il n’a peut-être pas l’argent nécessaire pour réussir à en construire une rapidement pour la suite des choses », ajoute David Redlawsk, spécialiste du comportement des électeurs à l’Université du Delaware.

Nikki Haley freinée ?

« Quant à Nikki Haley, elle sort de l’Iowa un peu blessée, et cela pourrait ralentir l’élan qu’elle avait pris dans les primaires du New Hampshire », prochaine étape de cette course à l’investiture républicaine, note le professeur Redlawsk. 

Lundi soir, l’ex-gouverneure de la Caroline du Sud n’a pas baissé les bras pour autant, se posant en rempart au « cauchemar Trump-Biden » qui risque de se reproduire en novembre prochain.  Sa candidature demeure « la seule et surtout le meilleur espoir d’y mettre fin », a-t-elle dit depuis Des Moines, la capitale de l’Iowa. « Mais c’est plus que ça. Les républicains ont perdu le vote populaire lors de sept des huit dernières élections présidentielles. Il n’y a pas de quoi être fier. »

Donald Trump multiplie les fausses déclarations sur les élections de 2020 tout en maintenant une rhétorique belliqueuse inquiétante et menaçante tant à l’endroit de ses opposants politiques et des institutions fondatrices de l’État de droit que des minorités du pays, une rhétorique que plusieurs historiens associent aux régimes autoritaires. 

Au lendemain de sa victoire, l’ex-président s’est par ailleurs rendu à New York pour assister à la sélection du jury dans le procès en diffamation qui l’oppose à la chroniqueuse E. Jean Carroll. En mai dernier, un tribunal a reconnu que Trump avait abusé sexuellement de Carroll en 1990 et avait exigé le paiement de 5 millions de dollars en dommages à la victime. Les déboires judiciaires du magnat de l’immobilier devraient d’ailleurs rythmer la campagne électorale en cours, l’homme faisant face à 91 chefs d’accusation dans quatre affaires distinctes, dont une pour avoir tenté de voler les élections de 2020 et une autre pour avoir lancé une insurrection contre le Capitole, le 6 janvier 2021.

Au tour du New Hampshire

 

Un récent sondage de l’American Research Group sur les primaires du New Hampshire, mené tout juste avant les caucus de l’Iowa, place Nikki Haley à égalité dans les intentions de vote avec Donald Trump, à 40 % chacun.

La division du vote dans le camp des alternatives à Donald Trump reste toutefois le gros enjeu de cette course. « C’est cette division, qui existait aussi en 2016, qui a permis à Trump de devenir le candidat républicain cette année-là », souligne le professeur Hagle. « Dans la course actuelle, le fait qu’il se présente quasiment comme un président sortant en quête d’un nouveau mandat, [plutôt que comme le président déchu de son poste après un unique mandat], le place face à des chiffres meilleurs qu’en 2016, et rend encore plus difficile pour quelqu’un d’autre de le battre. » 

Mardi, l’ex-gouverneur de l’Arkansas Asa Hutchinson a d’ailleurs jeté l’éponge et s’est retiré de la course à l’investiture républicaine après être arrivé au sixième rang des caucus de la veille en Iowa. Le politicien a félicité Donald Trump pour sa victoire, mais n’a pas pour le moment accordé son appui à l’un des candidats toujours en lice.

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