En éducation, pour valoriser, il faut quantifier

Comme à peu près tout le monde au Québec, je suis content que la plus récente grève de l’éducation se soit terminée. Bien que je n’aie pas d’enfant, je travaille avec des personnes qui en ont et j’ai vu à quel point le fait de devoir s’occuper de plusieurs enfants à la maison ralentit l’activité professionnelle. Puis, plus généralement, dans un contexte où les compétences des jeunes dans différentes matières scolaires se remettent encore des contrecoups de la pandémie, il y avait intérêt à ce que ce conflit ne s’étire pas davantage.

Comme beaucoup de personnes au Québec, je voudrais que l’éducation soit plus valorisée. Et je suis certain que François Legault pensait tout ce qu’il disait à propos de la maternelle 4 ans comme principale raison de son engagement comme premier ministre à l’époque. Mais le vouloir n’est pas suffisant. Si on ne fait pas d’effort pour comprendre pourquoi l’éducation n’est pas aussi valorisée qu’on le voudrait, alors ce n’est qu’une bonne intention — et l’expression ne dit-elle pas assez justement que l’enfer en est pavé ?

Prenons un indicateur typique de la valorisation de l’éducation dans une société : le salaire des enseignants. Comparons-le avec, en santé, le salaire des médecins. Même si certains considèrent que les médecins sont trop payés, la plupart des gens se disent qu’ils le méritent vu leur apport à la santé et à la valeur attribuée à la santé. Si l’éducation était aussi valorisée que la santé, les enseignants pourraient être payés autant que les médecins. (Surtout avec nos systèmes publics d’éducation et de santé, ça demanderait de baisser de beaucoup le salaire des médecins, une mesure qui rencontrerait des résistances pour toutes sortes de raisons ; suivez-moi quand même dans l’exercice de pensée.)

Qu’est-ce qui empêche que l’éducation soit aussi valorisée que la santé et qu’est-ce qui fait que les enseignants, au lieu d’être payés autant que les médecins, doivent fréquemment se battre ne serait-ce que pour que leur salaire ne diminue pas avec l’inflation ? Je pense que le problème n’est pas là où on pense qu’il est. Ce n’est pas qu’on néglige, en soi, les avantages de l’éducation ; c’est qu’on ne les voit pas assez. 

Par exemple, si on est d’accord pour que le médecin soit bien payé, c’est parce qu’on voit le lien entre ses compétences et les années de vie qu’il peut sauver grâce à elles. Or, la qualité de l’éducation contribue à l’acquisition de ces compétences. Donc, mieux on enseigne aux médecins et plus ils sauveront d’années de vie. Mais le lien est plus facile à faire entre les médecins et les années de vie sauvées qu’entre les enseignants de médecine et ces mêmes années de vie.

De plus, évidemment, il n’y a pas que des enseignants en médecine. Il y a des éducatrices de préscolaire — et les enfants qu’elles contribuent à éduquer deviendront peut-être médecins, mais ce lien est encore plus difficile à faire. Quel lien, aussi, entre les années de vie et l’apport des enseignants de philosophie au cégep ? Cette contribution concerne plutôt la qualité de vie que la quantité d’années de vie, mais elle peut être significative — autant qu’elle peut être nulle. Quand ça reste abstrait, c’est difficile à dire… et donc difficile à valoriser.

Pour qu’on valorise l’éducation, il faut mieux quantifier ce qu’elle crée. Comment savoir quand le potentiel des élèves est plus ou moins développé ? Les résultats scolaires sont-ils suffisants ? Sont-ils assez liés aux réalisations futures concrètes dans lesquelles les élèves mettront leurs apprentissages en application ? Si oui, d’où vient le malaise d’une partie des éducateurs avec les bulletins chiffrés ? Si non, comment modifier l’évaluation tout en évitant de déquantifier l’éducation, comme certains le font… ce qui aggrave le problème ? Répondre à ces questions est essentiel pour quantifier l’éducation et mieux la valoriser. 

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