« Entre ciel et mer » du Cirque Éloize : je voudrais être Madelinot

« Je raconte des histoires sorties tout droit de l’eau salée », dit le conteur Cédric Landry à propos du spectacle du Cirque Éloize avec lequel il est actuellement en tournée. Entre ciel et mer est ainsi une invitation à prendre le large, direction les îles de la Madeleine, pour une immersion hors norme et festive de 75 minutes. « Ce n’est pas juste un dépliant touristique pour aller aux Îles… Oui, un peu, mais on s’en va au coeur d’une culture acadienne et on montre notre façon de vivre », prévient le Madelinot.

Entre ciel et mer fait donc la promesse de mettre la tradition de l’archipel au goût du jour. « Au Québec, notre thème, c’est “Je me souviens”, mais je pense qu’on oublie beaucoup de choses », déplore Cédric Landry. Et de poursuivre avec enthousiasme : « Nous, aux Îles, on garde ça vivant, que ce soit la Mi-Carême ou notre façon de raconter les histoires. Ça fait du bien. » À ce propos, la Mi-Carême, qui fait aujourd’hui encore partie intégrante du folklore des îles de la Madeleine, trouve sur les scènes du Québec son écrin.

« J’ai amené l’élément de la Mi-Carême, avec sa parade costumée, grâce à un numéro de jonglerie qui crée de l’effervescence », explique Félix Dagenais, qui succède à Michel-Maxime Legault à la mise en scène. Le vent, si puissant, trouve aussi désormais sa place dans ce spectacle où le mouvement rencontre les mots dans un nouveau conte. « Le langage du conte produit un ancrage encore plus fort, ce n’est pas juste une juxtaposition d’éléments », ajoute-t-il. De fait, l’univers rassembleur de Cédric Landry vient donner de l’ampleur aux numéros de cirque. Quant au groupe madelinot Suroît, personnage à part entière depuis le début, il participe au beau mélange de générations, de styles et d’art qui confère une alchimie à Entre ciel et mer.

Pour Félix Dagenais, entendre ces mots, ces musiques et même la mélodie des accents madelinots met plus que jamais du baume au coeur. Entre ciel et mer s’impose en effet comme le reflet de la fierté du territoire et de la langue des îles de la Madeleine. « Plus l’accent est fort, plus on prend plaisir à écouter cette musique-là, parce qu’un accent est une musique », souligne le metteur en scène. « Notre accent, c’est notre couleur, et chaque village a son accent », renchérit Cédric Landry. Selon lui, si tout le monde — au Québec, dans la francophonie ou partout ailleurs dans le monde — parlait de la même façon, « ça serait plate ». Le spectacle est de la sorte une célébration de « tout ce qui fait que c’est beau ». « Les gens embarquent parce qu’ils aiment l’authenticité », croit le conteur.

La tête dans les nuages

 

« Au début du spectacle, je dis aux gens que je les emmène aux îles de la Madeleine, mais, après ça, ce sont les Îles qui viennent à eux grâce à l’imaginaire », fait remarquer Cédric Landry. Puisque ce que l’on trouve entre ciel et mer, c’est la ligne d’horizon, celle-ci est aussi la frontière entre les mondes du réel et de l’imaginaire. « Un peu comme un funambule sur son fil, on bascule de l’un à l’autre », confie le conteur. Si la première escale est aux Îles, la seconde emmène le public ailleurs, peut-être même dans l’au-delà.

« À un moment donné dans le spectacle, j’accompagne mon père vers la mort », indique le conteur. Après avoir aidé son père à traverser la ligne d’horizon jusque de l’autre côté, un numéro d’équilibriste survient sur scène. « Avec le violon de Félix Leblanc par-dessus, ça donne des frissons », promet-il. En plus de l’exploration du côté universel de la mort, Entre ciel et mer revisite également le concept du temps qui passe. « Aux Îles, on dit qu’on n’a pas l’heure, mais qu’on a le temps », souligne Cédric Landry, qui décrit dans le spectacle la perception unique qu’en ont les Madelinots. « On se laisse aller et, avec le conte, on peut se permettre de voyager loin », dit-il.

Enfin, il y a cette maisonnette à l’architecture typique de l’archipel. « Le party commence quand on rentre à l’intérieur : c’est pas parce que les maisons sont petites aux Îles que les partys sont petits », annonce Félix Dagenais. À la toute fin de la représentation, il est temps pour le public et les artistes d’entrer en communion. « L’idée est d’inviter l’autre dans notre univers, et Cédric le fait super bien. On devient son complice pendant le spectacle », conclut le metteur en scène.« On aime faire la fête aux Îles ! , soutient Cédric Landry. Entre ciel et mer est un parcours rempli d’émotions, qui a tout pour vous « accrocher un gros sourire dans le visage ». Le conteur nous en donne sa parole.


Une version précédente du texte, qui indiquait qu’Entre ciel et mer dure trois heures, a été corrigée.

Entre ciel et mer

Au théâtre Maisonneuve du 16 au 18 novembre. En tournée au Québec jusqu’au 1er décembre.

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