Fortnite va faire son retour sur iOS en Europe, mais pas sur l’App Store – Actu

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Si le jeu le plus populaire du monde occidental annonce son retour sur iOS, ce n’est pas dans le cadre d’une réapparition sur l’App Store mais grâce à la mise en place prochaine de l’Epic Games Store sur iOS. Une boutique alternative dont l’apparition sera autorisée par la loi DMA, qui entrera en vigueur au plus tard le 7 mars 2024 avec la mise à jour 17.4 des appareils iOS. Au premier abord, l’annonce sonne comme une victoire pour Tim Sweeney, qui n’a de cesse de traîner Apple et Google devant la justice pour que tout le monde puisse mettre en place son propre magasin d’applications sur les plateformes mobiles et contourner ainsi la commission de 30 %. « Restez à l’écoute pour plus de détails lorsque nous aurons établi le calendrier réglementaire. Nous continuerons à faire valoir auprès des tribunaux et des autorités de régulation qu’Apple enfreint la loi », annonce Epic Games. Rappelons que les joueurs iOS sont privés de toute mise à jour de Fortnite depuis plus de trois ans, époque correspondant au Chapitre 2 Saison 3.

Mais les concessions d’Apple ne veulent pas dire qu’Epic Games a gagné la guerre et que Tim Sweeney en a terminé avec son combat, loin s’en faut. Le fondateur et PDG d’Epic Games en a même plutôt gros sur la patate, car si Apple s’est plié aux demandes de l’Europe, l’ouverture de son écosystème se fait dans des conditions particulièrement discutables. Dans les faits, les magasins alternatifs qui veulent se faire une place sur iOS, comme l’Epic Games Store, ne pourront le faire que dans le respect d’un ensemble de conditions qui restent radicalement favorables à l’App Store et qui ne mettent franchement pas en péril l’hégémonie de ce dernier. Une question de sécurité, assure-t-on chez Apple.

Quand Apple la joue comme Unity

De l’avis de nombreux observateurs, les conditions d’Apple ont de quoi décourager bien du monde. Vous vous souvenez du projet de taxe à l’installation qui avait valu à Unity d’être incendié sur la place publique et d’éjecter son PDG ? Croyez-le ou non, l’idée a fait son chemin jusqu’à Cupertino sous le nom de core technology fee (taxe sur la technologie de base). Grâce à cette trouvaille en forme de véritable usine à gaz, les développeurs des 27 pays de l’Union européenne qui accepteront les nouvelles conditions DMA d’Apple (une étape nécessaire pour contourner l’App Store) devront se soumettre à un nouveau système de taxe proportionnelle au succès de leur application. Concrètement, chaque téléchargement au-dessus du million d’installations rapportera 50 centimes à Apple, que l’application soit gratuite ou non.

« Le plan d’Apple pour contrecarrer la nouvelle loi européenne sur les marchés numériques est un nouvel exemple de conformité malveillante. Apple oblige les développeurs à choisir entre l’exclusivité de l’App Store et les conditions du magasin, qui seront illégales en vertu de la loi sur les marchés numériques, ou à accepter un nouveau système anticoncurrentiel, lui aussi illégal, qui prévoit de nouvelles taxes sur les téléchargements et de nouvelles taxes Apple sur les paiements qu’ils ne traitent pas. Apple se réserve le droit choisir les magasins autorisés à concurrencer son App Store. Elle pourrait empêcher Epic de lancer l’Epic Games Store et de distribuer Fortnite par ce biais, par exemple, ou bloquer Microsoft, Valve, Good Old Games ou de nouveaux entrants », fulmine Tim Sweeney.

Et pour le coup, même la plupart de ses détracteurs tendent à lui donner raison. « Selon les nouvelles conditions d’Apple pour l’UE, l’installation d’une application par un utilisateur coûte désormais 0,50 € au développeur. Pour une application qui compte 8 millions d’installations, cela représente plus de 310 000 dollars par an de frais, même si l’application est gratuite », examine un internaute. « Selon la nouvelle structure tarifaire de l’App Store pour l’Europe, si vous réalisez un chiffre d’affaires de 10 millions de dollars, la part d’Apple s’élève à 6,2 millions de dollars par an », constate un spécialiste des applications.

L’exemple utilisé par le site Numerama est tout aussi parlant : « Prenons l’exemple d’une application téléchargée 10 millions de fois par an, qui s’attend à un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros en achats intégrés (un service de streaming, par exemple). L’ancien système lui coûte 250 000 dollars de taxes, le nouveau lui en coûte presque 600 000. »

Certes, la plupart des organisations à but non lucratif, des établissements d’enseignement accrédités et des entités gouvernementales seront exemptés de cette nouvelle taxe. Mais personne n’est dupe sur le fait qu’Apple a mis en place un immense épouvantail pour donner l’impression de se plier aux demandes de l’UE, tout en dissuadant quiconque d’aller voir ailleurs que sur son App Store.

Tim Sweeney pointe également du doigt les frais exigés par Apple pour qu’une entreprise puisse ouvrir sa propre boutique d’applications : pas moins d’un million de dollars avec la garantie écrite d’un établissement bancaire. Pour Apple, il s’agit encore une fois d’une mesure de sécurité visant à faire obstacle au premier venu qui voudrait installer une boutique remplie de virus. « Epic a été fondé avec quelques milliers de dollars de fonds, que j’ai gagnés en tondant des pelouses. Apple a fait de même ; plus tard, son premier investisseur extérieur a mis 250 000 dollars. Honte à Apple pour avoir fermé les portes de l’informatique du futur à une nouvelle génération d’innovateurs », rétorque Tim Sweeney.

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