Gare aux émojis au travail, ils peuvent vous amener devant les tribunaux

En 2022, Ryan Cohen, investisseur majeur chez Bed Bath & Beyond, a utilisé l’emoji 🌝 dans un tweet concernant l’entreprise. Il a vendu ses parts peu après, engrangeant au passage 60 millions de dollars. Il fait aujourd’hui face à une action en justice, car il est accusé d’avoir manipulé les investisseurs avec cet émoji, souvent interprété dans le monde des actions comme synonyme de succès imminent. Les avocats de l’actionnaire ont tenté de faire valoir l’impossibilité d’établir une signification objective pour un tel symbole, mais la cour a rejeté cet argument, statuant que les émojis peuvent être sujets à des actions en justice.

Langage universel ou source de confusion ?

Cet exemple illustre une tendance croissante : l’utilisation d’émojis dans les communications professionnelles et leur impact potentiel en termes de crédibilité et de confiance. Les émojis, perçus autrefois comme un moyen ludique de communiquer, sont devenus un sujet très sérieux dans les salles de réunion et les tribunaux.

L’adoption des émojis dans le monde professionnel reflète un changement plus large vers des tons plus décontractés dans le milieu des affaires, facilitée par des messageries comme Slack. Selon Eric Goldman, professeur de droit à l’Université de Santa Clara, cette évolution était inévitable car elle reflète la manière dont nous communiquons dans nos vies quotidiennes. Une enquête Adobe de 2022 révélait que 78 % des répondants de la génération Z et des Millennials utilisaient des émojis dans un contexte professionnel.

Mais comme on le voit, l’utilisation d’émojis n’est pas sans risques. Des recherches ont montré que leur usage pouvait nuire à la crédibilité des interlocuteurs. Après la prise de contrôle de Twitter par Elon Musk, l’entreprise a répondu aux demandes des journalistes avec un émoji de crotte pendant plusieurs mois : bonjour le sérieux de l’entreprise.

Les tribunaux américains ont enregistré une augmentation importante des cas impliquant des émojis : ils sont passés de 25 procès en 2016, à plus de 200 en 2023. Ces pictogrammes sont impliqués dans diverses affaires, y compris des litiges criminels et des poursuites pour harcèlement sexuel. Leur interprétation peut varier selon les appareils et les individus, ce qui rend leur signification juridique complexe.

Les émojis, avec leur capacité à véhiculer des messages ambigus ou des sentiments ineffables, posent des défis uniques au système juridique. Les tribunaux s’adaptent en tentant d’évaluer des preuves non textuelles comme le langage corporel, les inflexions vocales et les gestes. Les émojis sont un nouvel horizon à explorer…

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