Hydro-Québec est préoccupée par la disponibilité et le coût de la main-d’oeuvre

La disponibilité de la main-d’oeuvre est le défi le plus important sur le difficile chemin du titanesque plan de développement d’Hydro-Québec, qui devra investir des dizaines de milliards de dollars pour augmenter sa production d’électricité d’ici 2035, a déclaré jeudi son président-directeur général, Michael Sabia.

Le p.-d.g. a amorcé son passage en commission parlementaire en expliquant aux députés qu’il faudra faire preuve d’audace pour ajouter des infrastructures qui vont permettre une hausse de 8000 à 9000 mégawatts (MW) de la capacité de la société d’État.

« Les meilleurs moments de notre histoire ont été marqués par l’audace, le courage, des grands bâtisseurs », a-t-il déclaré.

Dans sa présentation, M. Sabia a insisté sur l’importance d’investir dans la transition énergétique pour rompre avec les énergies fossiles.

« Il s’agit d’une véritable rupture et ce ne serait pas facile, a-t-il dit. Et ceux qui pensaient que ça serait facile ? Pensez-y encore plus. »

M. Sabia a donné l’exemple du Royaume-Uni, de l’Allemagne et des États-Unis, dont les budgets pour la transition énergétique vont de 600 milliards à 7500 milliards de dollars d’ici 2035.

« Ce n’est pas le temps pour des demi-mesures », a-t-il dit.

Le financement des projets d’Hydro-Québec, qui pourraient nécessiter des investissements de 100 à 185 milliards de dollars d’ici 2035, sera plus facile à trouver que les 35 000 travailleurs à embaucher pour leur réalisation.

« La main-d’oeuvre est le défi le plus difficile », a-t-il ajouté.

Il faudra ainsi apporter des changements pour accélérer la formation, coordonner les emplois, intégrer les travailleurs et leur donner les meilleurs outils possibles, a-t-il indiqué.

 

Autrement, « c’est la prochaine génération qui va en payer le prix », a prévenu M. Sabia.

Dans un point de presse, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a admis que la rareté de la main-d’oeuvre pourrait augmenter les taux horaires, ce qui aurait un effet sur les coûts de service d’Hydro-Québec.

« Le défi numéro un, c’est l’accès à la main-d’oeuvre », a-t-il confirmé.

Tarifs

 

Questionné ensuite sur l’effet des projets d’Hydro-Québec sur les tarifs payés par les abonnés, M. Sabia a affirmé que d’ici 2035, les taux d’intérêt, les montages financiers des projets et la main-d’oeuvre auront chacun leur incidence.

« Un autre élément très important, c’est l’impact sur nos charges d’exploitation du prix de la main-d’oeuvre. La disponibilité de la main-d’oeuvre reste un enjeu et également le prix […], qui pourrait avoir un impact significatif sur nos charges d’exploitation. »

Relancé par la suite, M. Sabia a affirmé que son plan d’action, qui va jusqu’en 2035, table sur des hausses maximales de 3 % des tarifs résidentiels, telles que plafonnées par le gouvernement caquiste.

« C’est une supposition de notre part », a-t-il dit.

M. Sabia a affirmé être incapable de préciser à quelles hausses le secteur commercial est exposé en raison des incertitudes entourant l’inflation.

« En général, est-ce que, selon nous, il y aura une augmentation à un certain niveau pour nos clients d’affaires ? Selon nous, oui, c’est très probable. »

En général, est-ce que, selon nous, il y aura une augmen ta – tion à un certain niveau pour nos clients d’affaires ? Selon nous, oui, c’est très probable.

De son côté, M. Fitzgibbon a maintenu ne pas entrevoir dans un avenir prévisible de hausse des tarifs au-delà du taux d’inflation ou du maximum de 3 % prévu jusqu’en 2025 par son gouvernement.

Alors qu’il s’apprête à déposer au début de l’année prochaine un important projet de loi touchant les activités d’Hydro-Québec, le ministre a affirmé que ce plafond est une chose acquise.

« Le 3 % de M. Legault, c’est sûr qu’on va le respecter, a-t-il dit aux journalistes. Comment on va l’enchâsser ? Va-t-on mettre le 3 % dans la loi ? Probablement pas. Il faut trouver le mécanisme. »

M. Fitzgibbon a répété que si les coûts de service d’Hydro-Québec passaient de 3 % à 5 %, il y aurait sans doute des répercussions tarifaires.

« Ça se peut que ce soit plus cher pour les entreprises », a-t-il évoqué.

Nucléaire et pannes

 

Le plan d’Hydro-Québec repose notamment sur une hausse de l’efficacité énergétique, la modernisation des centrales hydroélectriques et l’éolien.

La société d’État a également entamé une réflexion sur l’énergie nucléaire, une avenue que le premier ministre François Legault avait refermée en invoquant le manque d’acceptabilité sociale.

M. Sabia a souligné à son tour cet aspect, jeudi, après avoir évoqué une étude de la firme SNC sur le potentiel de la centrale Gentilly-2, qui n’est plus active.

Cette possibilité demeure toutefois parmi les réflexions de la société d’État, a indiqué le président-directeur général.

« Nous nous intéressons dans l’avenir aux petits réacteurs modulaires pour certains endroits au Québec, a-t-il dit. Mais ça ne fait pas partie du plan. »

Concernant la construction de barrages, M. Sabia a affirmé que si elle se réalise, ce sera fort probablement en partenariat avec une communauté autochtone. Il a répété qu’aucun barrage ne serait construit sans acceptabilité sociale.

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