Il était une fois dans l’Ouest, une histoire de privé en santé

Le solidaire Vincent Marissal a interpellé en commission parlementaire le ministre de la Santé pour lui demander d’encadrer le Far West qui sévit dans la consultation des médecins de famille désaffiliés de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) et que l’on paie avec notre carte de crédit. Le prix de certains services varie d’une clinique à l’autre du simple au quadruple.

Le ministre Dubé a reconnu le problème d’emblée et envisagerait d’encadrer cette apparence de western entourant les cliniques privées au Québec. Bien que la situation actuelle nécessite d’être corrigée, la Coalition solidarité santé considère qu’il faut éviter que la solution mise en place normalise la pratique privée en médecine.

Pour notre Coalition, la solution n’est pas d’encadrer le privé, mais plutôt de déprivatiser la prestation de soins de santé et de services sociaux au Québec. La loi canadienne sur la santé (LCS) est claire : les provinces doivent offrir à leur population un accès universel et gratuit aux services médicaux sans qu’elle ait à débourser d’argent. Il est de plus interdit de surfacturer et d’imposer des frais modérateurs. Le Far West en santé privée est en infraction évidente avec la LCS, et le ministre Dubé devrait manifester une gêne qui pousse à l’action autrement qu’en jonglant avec les structures.

Les Québécois et les Québécoises arrivent très difficilement à avoir accès à des services médicaux au public. Comme la santé n’a pas de prix, nous comprenons ceux qui choisiront de sortir leur portefeuille. Ils n’ont alors souvent pas le temps de magasiner les prix et peuvent être facturés plus de 1000 dollars pour quelques consultations. Un ministre de la Santé soucieux de faire respecter la loi et l’ordre devrait répondre qu’il est anormal que ces personnes malades n’aient pas accès à un médecin affilié à la RAMQ, qu’il ramènera conséquemment les 500 omnipraticiens désaffiliés dans le réseau, qu’il est inexplicable que l’on ait à payer pour des soins de santé assurés par l’État, que l’on ne peut tolérer qu’il faille avoir les moyens pour recevoir des soins et que les prix pour un même service de santé ne devraient pas pouvoir varier.

Ajoutons que le ministre de la Santé pourrait aussi contacter le ministre des Finances pour lui proposer de soulager les contribuables d’une somme gonflant inutilement le vaste déficit qu’il vient de mettre en exergue. Il faut bientôt renégocier avec les médecins leur contrat de travail. M. Girard aimerait sûrement savoir que 15 % des dépenses publiques en santé se rapportent aux médecins, alors qu’ils ne représentent que 6 % des effectifs. Un médecin gagne ici huit fois le salaire moyen des autres travailleurs et travailleuses tandis que, pour la moyenne des pays de l’OCDE, le ratio est de trois pour un. Plusieurs milliards nous échappent ainsi annuellement. Une situation qui met en péril de nombreux autres services essentiels de santé.

Ce qui semble évident aux yeux de la population pour améliorer l’accès aux soins, ainsi que la santé financière de l’État et des familles semble l’être moins pour un ministre occupé à réformer encore une fois les structures. Une nouvelle réforme qui, comme les précédentes, ne fera qu’ébranler davantage le fonctionnement d’un réseau public érigé dans les années 1970 justement pour nous sortir d’un système presque entièrement privé. Nous rejouons dans « Il était une fois dans l’Ouest » au Québec. Nous n’avons pas besoin d’un shérif qui fixe les prix, nous avons besoin de quitter ce mauvais cinéma et de retrouver la lumière d’un réseau moderne, public, accessible et gratuit.

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