Il faut nationaliser les services préhospitaliers, dit le p.-d.g. d’Urgences-santé

Le p.-d.g. d’Urgences-santé, François Charpentier, plaide en faveur d’une « nationalisation » des services préhospitaliers au Québec. Il estime qu’avec le milliard de dollars investi annuellement par le gouvernement québécois dans le secteur, le système pourrait « faire beaucoup mieux et être beaucoup plus efficace ». Selon lui, il faut aussi créer un ordre professionnel pour les ambulanciers paramédicaux afin de leur donner un pouvoir élargi.

À la tête d’Urgences-santé depuis près de deux ans, François Charpentier a fait part de sa vision du système préhospitalier au Devoir lors d’un entretien la semaine dernière. Il déplore le manque de coordination entre les centres de communication santé (CCS) de la province, qui reçoivent et traitent les appels d’urgence qui nécessitent l’intervention d’ambulanciers. Actuellement, chacun affecte les ambulances de son territoire — appartenant à une coopérative, à une entreprise privée, à un organisme à but non lucratif ou à la société publique Urgences-santé — sans savoir si un véhicule du CCS voisin est plus proche du malade que le sien.

« Il y a dix centres de communication santé au Québec, qui travaillent d’à peu près dix façons différentes », affirme François Charpentier. Les systèmes de répartition d’ambulances assistée par ordinateur des CCS ne sont pas interconnectés. Il faut contacter un CCS voisin pour savoir si l’un de ses véhicules peut arriver plus rapidement auprès d’un patient. Depuis un an, Urgences-santé n’hésite pas à décrocher le téléphone pour demander de l’aide si nécessaire. 

« Nos voisins, on ne se dit pas : est-ce le privé ? Une coop ? C’est tout le gouvernement qui paye pour ça. Quand le temps d’arrivée estimé est trop long, on fait appel à des confrères. Ils sont payés. Ils attendent », dit le p.-d.g. de la société publique. L’intérêt du patient prime, souligne-t-il.

François Charpentier croit que le gouvernement devrait mettre en place un centre de gestion opérationnel national, qui coordonnerait les CCS et assurerait une vigie de l’ensemble du territoire. Un seul système de répartition d’ambulances assistée par ordinateur serait  utilisé. « Si tu vois que tu as un véhicule disponible à tel endroit, tu n’as plus de frontières de CISSS, de CIUSSS, de compagnie privée ou publique », explique-t-il. Un CCS pourrait faire basculer ses appels vers un autre en cas de panne ou de débordement. C’est ainsi que fonctionnent les 11 centres de gestion des appels de la Sûreté du Québec, selon François Charpentier, qui y a fait carrière.

Centraliser à Montréal ?

Le p.-d.g. d’Urgences-santé, qui exerce ses activités sur les territoires de Laval et Montréal, se défend de vouloir centraliser les opérations dans la métropole, où se trouve son centre opérationnel — le seul au Québec. Son organisation implantera à l’automne un nouveau système de répartition d’ambulances assistée par ordinateur, qui pourrait, juge-t-il, être étendu à l’échelle québécoise.

« Le but, ce n’est pas de gérer à partir d’ici, assure François Charpentier. Le centre national de gestion des opérations, vous pouvez le mettre n’importe où au Québec. Des fois, c’est plus facile de doter les postes en région. C’est de plus en plus compliqué, d’attirer des gens à Montréal. » 

François Charpentier croit que les CCS devraient être, à tout le moins, « interopérables ». Il rappelle qu’un milliard de dollars est dépensé dans le secteur préhospitalier, des deniers publics provenant des contribuables. « Nous, on n’utilise pas tout à fait 200 millions pour faire à peu près 38 % des appels préhospitaliers au Québec. Je vous cacherai pas que ça [le milliard] va surtout dans les poches des particuliers, des coops, appelez-les comme vous voulez, OBNL, tout ça. » Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), 53 entreprises ambulancières sont présentes au Québec. 

Réactions de Québec

 

Interpellé au sujet d’une « nationalisation » du système préhospitalier, le cabinet du ministre Christian Dubé répond que le gouvernement « a déjà entrepris une transformation majeure » en adoptant en 2022 une nouvelle politique nationale du secteur préhospitalier, « avec entre autres 30 millions de plus pour améliorer la couverture ambulancière ». Des annonces de moyens d’« optimiser le travail » des ambulanciers paramédicaux et d’« améliorer l’accès aux services » seront faites dans les prochaines semaines. « Dans le nouveau contrat avec les entreprises ambulancières, nous posons maintenant des conditions de transparence, en plus d’inclure des pénalités financières pour celles qui ne livrent pas les services », ajoute le cabinet.

Le MSSS précise que la politique nationale prévoit « qu’à terme, le Québec devra se doter d’un système universel de répartition assistée par ordinateur ». « Avec l’adoption du projet de loi 15, la modification de la composition des conseils d’administration des centres de communication santé est une première étape qui facilitera le déploiement de ce système universel », écrit le ministère.

Michel C. Doré a présidé de 2019 à 2021 le Comité national de transformation du système préhospitalier d’urgence, qui a mené  à l’adoption de la politique gouvernementale. Il ne pense pas qu’un centre national de gestion des opérations soit nécessaire pour coordonner les 10 CCS. Mais il prône un système commun de répartition d’ambulances assistée par ordinateur et un « nombre limité » de CCS — deux à quatre suffiraient, d’après lui.

 « Quand on pense qu’il y a de grands centres américains — Chicago, New York, Los Angeles — qui sont capables de gérer une flotte préhospitalière avec un seul centre de répartition pour autant de véhicules ambulanciers qu’on en a dans l’ensemble de la province, est-ce qu’on a vraiment raison de multiplier le nombre de centres de répartition et de systèmes de répartition assistée par ordinateur ? demande le haut fonctionnaire, à la veille de la retraite. Ça m’apparaît inopportun ou sous-optimal. »

Un ordre pour les paramédicaux

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