“Il ne faut pas avoir peur de se démarquer”

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Crédits photo : Alias Productions

Propos recueillis par Yohann Ruelle.

C’est la rentrée ! Comme les enfants, tu reprends le chemin de l’école en ce mois de septembre avec la sortie de ton nouveau single “C’est la Vie”
Exactement ! J’ai le cartable, je suis prêt. (Sourire) Je suis plutôt heureux… pour une rentrée.

« On ne peut pas être victime, ni de soi-même, ni de la vie autour »

C’est une période que tu n’aimais pas trop à l’école ?
Je détestais ça. De tout mon coeur ! Non vraiment, je n’aimais pas ça. En général, à la rentrée, les gens étaient un peu plus gentils mais c’était toujours à la deuxième ou troisième semaine de cours que les choses devenaient un peu plus… compliquées. Le moment de grâce disparaissait, la tolérance s’érodait, les clans se précisaient et on gérait les conséquences.

Il y a toujours eu dans ta musique une approche très ludique. C’est de l’enfance que tu puises ton inspiration, ce grain de folie, encore aujourd’hui ?
Je ne pense pas que c’est lié à l’âge. C’est un état d’âme si on a cette agilité de pouvoir exprimer nos émotions avec liberté. Quand on a l’âme un peu plus légère et qu’on peut s’envoler plus facilement, on a plus de facilité à être heureux, malgré la réalité de la vie ou les moments de chagrin qu’on peut avoir. Qu’on ressente de la joie ou de la tristesse, même ça c’est bon signe. C’est ça que je cherche à préserver. Parce que la gravité impose une autre règle. Lui résister ou la combattre, c’est nécessaire.

On s’autorise peu de choses, dans nos vies d’adultes.
C’est ça, on ne s’autorise pas. C’est drôle parce que quand on est plus jeunes, on dit “Je vais être comme ça”, “Je vais faire ça”. Mais ensuite, la vraie vie est complètement différente ! À certains moments, il faut se demander pourquoi. Je pense que c’est super important, pour pouvoir continuer à écrire et rester créatif, de cultiver un lâcher-prise. On ne peut pas être victime, ni de soi-même, ni de la vie autour de nous.

Dans la chanson, tu dis que « vieillir est un naufrage » ! Tu le penses ?
On est programmé à penser ça. (Rires) C’est sûr ! Tu ne vas plus baiser, tu n’es plus bankable… Tout est plus difficile. Ceux qui disent ne pas y penser sont fous. Il faut démonter ce concept et ne pas l’ignorer, parce qu’on est tous victimes de ça. Il faut activement déconstruire cette façon de penser.

« Le mélange “happy sad” est super important dans la pop »

Comment est né ce nouveau single ”C’est la Vie”, très pop, un peu disco ?
C’est la dernière chanson que j’ai écrite pour l’album. Elle est née par hasard ! C’est drôle de penser que ça s’est fait comme ça… (Sourire) C’est comme si elle résumait deux ans et demi d’écriture. A ce moment-là, j’arrivais à voir les choses un peu plus clair et je voulais l’exprimer. Elle parle de la mort et elle fête la vie. Ce mélange de “happy sad” est super important dans la pop. Ça métabolise la tristesse pour que ça devienne quelque chose de plus beau, de plus utile. C’est une règle fondamentale. Si on enlève les refrains, c’est juste la chanson la plus déprimante du monde !

Tu as traversé de douloureuses épreuves personnelles ces dernières années, comme la disparition de ta mère. Est-ce que l’art t’a aidé à les surmonter ?
À 100%. La création aide tout le monde, je pense. Même si ça n’a pas volonté à être grandiose, même si ça sort d’une manière très intimiste et personnelle, cette idée de la créativité, ça veut dire qu’il y a des neurones qui sont en train de travailler et qu’il y a des associations qui se forment. On se sent plus… libéré. Donc c’est très très important.

« Peu avant sa disparition, elle m’avait offert une carte »

Le titre est donc aussi un hommage à ta maman. Quelles sont les enseignements que tu gardes d’elle ?
Peu avant sa disparition, elle m’avait offert une carte en me dessinant avec une tête en forme de fleur. Sur le coup, je n’ai pas compris quand je l’ai reçue… puis j’ai réalisé le sens qu’elle y donnait. Pendant toute mon enfance, elle m’a observé et a cherché à provoquer cette idée de construire des choses qui n’ont aucune valeur pour le monde autour de toi, mais qui pour toi te donne le sentiment d’être un super-héros. Avec cette maladie qui était progressive, je pense qu’elle avait très conscience qu’elle n’allait plus pouvoir être la personne responsable qui m’encouragerait à rester créatif. Et elle avait très peur que les complications de la vie, le succès, la réalité, puissent changer cette approche très simple, par rapport à créer quelque chose de rien, sans chercher de la valeur dedans. Elle me l’a souvent dit : “Fais gaffe avec les gens que tu mets autour de toi”. Il faut que les personnes dont tu t’entoures soient heureuses que tu puisses créer quelque chose, que ce soit beau ou intéressant, mais pas parce qu’ils vont en tirer un profit et gagner de l’argent. “Ça, c’est le plus grand challenge” me disait-elle. Je pense qu’elle me disait ça, non pas pour que je continue d’avoir du succès, mais que je reste heureux. C’est pour ça que dans mon métier, il y a tellement de gens misérables, qui ne l’étaient pas au début…

C’est une industrie avec des enjeux, de la pression. Quand on débute dans ce domaine par passion, on n’y pense pas forcément…
Oui, c’est violent. C’est pour ça qu’il faut provoquer et cultiver cette irrévérence de l’enfant terrible…

« On est sur scène pour raconter des histoires à 360 degrés »

Dans cette optique, tu as récemment monté ton propre atelier de création dans les Pouilles. Qu’est-ce que ça change ?)
Ah mais tout ! C’est lié à cette idée qu’on est sur scène pour raconter des histoires, et qu’on peut les raconter à 360 degrés. Ça ne doit pas être parfait mais ça doit être unique. Et ça concerne aussi les fringues ! Aujourd’hui, beaucoup de maisons de mode ont réalisé que s’il y avait des marques sur les artistes de scène, c’était un super bon placement de produit. Le problème, c’est que ce n’était pas ça avant. Quand on pense à David Bowie, on ne pense pas à une marque. Quand on pense à Michael Jackson, on ne pense pas à une marque ! Jamais. Même chose pour Mick Jagger. On a en tête une stature, une image. Des vêtements iconiques. Souvent, c’étaient soit des ateliers qui appartenaient aux artistes, soit des tenues qu’on leur créait et prêtait, mais sans commercialisation. Moi, je me suis rendu compte que ça pouvait vraiment être très très amusant et augmenter le storytelling de les confectionner moi-même, avec mon équipe. Tout d’un coup, un costume sur la scène dans un concert, ce n’est pas juste un costume qu’on a acheté dans un magasin ou qui vient d’une marque. Il y a toute une histoire derrière. J’adore la mode, attention. Je m’amuse énormément avec certaines marques. Mais ça ne peut pas être tout. Il faut garder le côté artisanal, intime et unique. Et ça c’est dans tout : on fabrique nos décors, on fabrique des pianos mécaniques pop-up qui se transforment et deviennent des jardins, des costumes, des t-shirts, des petites figurines, des petites sculptures… Plein de trucs différents, pour construire un univers, s’exprimer et faire tourner la roue créative de la manière la plus ample possible.

Tu te sens encore plus libre ?
Oui ! Et comme il n’y a pas de visée commerciale, je peux trouver l’inspiration partout autour de nous, demander à mon entourage. Il n’y a pas de limite, on peut faire ce qu’on veut ! On n’a pas peur de savoir si ça va se vendre ou ne pas se vendre. On retrouve déjà cet univers sur la pochette du single mais je peux te dire que ça va être partout, sur la prochaine tournée, dans des accessoires, des éditions limitées. J’ai aussi un énorme projet d’installation d’art, une sorte d’expo hybride sur laquelle on est en train de travailler. C’est tout un monde ! Il ne faut pas avoir peur de se démarquer. On s’en fiche si ce n’est pas parfait, c’est encore mieux, parce que ce n’est pas lisse. Par exemple, quelqu’un qui assume sa différence c’est Billie Eilish. Elle a totalement cette liberté de s’exprimer comme elle veut. C’est pas du tout hyper glam, hyper mode : c’est à sa sauce.

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« Je voulais dédier un album à la partie francophone de ma vie »

Tu prépares donc un nouvel album en français, qui paraîtra cet automne. Pourquoi revenir au français ?
J’ai une identité qui a toujours évolué et changé. La partie francophone de ma vie a pris vraiment sa place et je voulais dédier un album à ça, parce que c’est la seule chose que je sais faire : écrire des chapitres dans ma vie avec des albums. J’avais deux règles : je ne voulais faire semblant d’être un Français. Donc j’ai gardé toutes mes particularités, mon accent, mes fautes, tout ! Et deuxièmement, je ne voulais pas faire du “shopping” de titres, en demandant à tout le monde de m’envoyer des chansons en considération. Impossible. Ce n’est pas de la pop, ça. La pop alt, il faut l’écrire. Il faut faire partie de tout le processus. Et je voulais tout une collection de chansons, pas juste un one-shot. Quand j’ai commencé à rentrer dans le français, ce qui m’a le plus plu, et m’a étonné aussi, c’est que je me suis senti protégé.

Tu t’es mis dans une petite bulle ?
Exactement. Cet album est très pop, très mélodique, extrêmement joyeux ET très intimiste à la fois. Ce n’est pas une intimité qui est morose ou mélancolique du tout. (Il mime le geste) C’est laaarge, c’est libre…

Avec qui as-tu travaillé sur l’album ?
J’ai travaillé avec Renaud Rebillaud. Beaucoup. Pendant deux ans ! Avec une jeune artiste que je ne connaissais pas, toute fraîche, toute jeune et de Toulon, qui s’appelle Carla De Coignac. Elle est super cette fille ! Il y a aussi Doriand, avec qui j’ai toujours écrit. La règle avec eux, c’est que je devais toujours écrire 50% des chansons, des concepts. C’était super important, pour avoir le même processus que dans mes albums en anglais. Ce titre-là, “C’est la Vie”, a été fait avec Tristan Salvati. Et il y a Valentin Marso. C’est une petite équipe mais les meilleurs !

« Vous allez vraiment rentrer dans ma tête »

Quel sera le fil rouge de l’album ?
Vous allez vraiment rentrer dans ma tête et ma vie par rapport à ma relation avec la France. C’est le début de ma vie, c’est ma jeunesse, mon enfance, un certain challenge et aussi la mort de ma mère. Cette part importante de ma vie, je ne voulais pas l’exprimer en anglais. Et je dois le dire, en créant ce disque, je ne me suis jamais ennuyé. Ça m’a fait tellement plaisir. Une chanson en provoquait une autre.

Il y aura des invités ?
Non, zéro. Ce voyage, je devais le faire tout seul.

Prépares-tu un album en anglais en parallèle ?
Oui ! Mais ça, ce sera pour l’année prochaine…

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