Israël dévoile son plan pour l’après-guerre à Gaza

Le ministre israélien de la Défense a présenté pour la première fois un plan pour l’après-guerre à Gaza, où Israël a poursuivi ses bombardements et opérations au sol vendredi, près de trois mois après le début du conflit l’opposant au Hamas palestinien.

L’armée israélienne a annoncé « l’élimination d’une cellule terroriste » à Bureij dans le centre de la bande de Gaza, et la destruction de sites de lancement de roquettes vers Israël à Khan Younès, la grande ville du sud, épicentre des combats.

À la veille d’une nouvelle tournée régionale du secrétaire d’État américain, Antony Blinken, le ministre israélien de la Défense Yoav Gallant a dévoilé jeudi un plan pour l’après-guerre, deux jours après l’élimination au Liban du numéro deux du Hamas, Saleh al-Arouri.

Israël a juré de « détruire » le mouvement islamiste — classé comme terroriste par Israël, les États-Unis et l’Union européenne — après son attaque inédite sur le sol israélien le 7 octobre, qui a fait environ 1140 morts, essentiellement des civils, selon un décompte de l’AFP à partir du bilan israélien. Environ 250 personnes ont été prises en otage, dont une centaine libérées lors d’une trêve fin novembre.

Depuis, les opérations militaires israéliennes ont fait 22 600 morts à Gaza, majoritairement des femmes et mineurs, selon les chiffres vendredi du ministère de la Santé du Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007.

Gouvernement divisé

Le plan présenté par Yoav Gallant, qui doit encore recevoir l’aval d’un gouvernement divisé, prévoit la poursuite des opérations à Gaza jusqu’au « retour des otages », au « démantèlement des capacités militaires et de gouvernance du Hamas » et à « l’élimination des menaces militaires ».

Pour l’après-guerre, M. Gallant prône une solution sans le Hamas, mais sans présence civile israélienne, rejetant de fait des appels de deux ministres d’extrême droite au retour de colons juifs à Gaza et à « l’émigration » des Palestiniens. Ces propos ont suscité un tollé international, dénoncés notamment par l’allié américain et l’Union européenne.

« Il n’y aura pas de présence civile israélienne dans la bande de Gaza après l’atteinte des objectifs de la guerre », a déclaré M. Gallant, précisant toutefois que l’armée garderait « sa liberté d’action » dans ce territoire pour y juguler toute « menace » éventuelle.

« Les habitants de Gaza sont palestiniens. Par conséquent des entités palestiniennes seront en charge (de la gestion) à la condition qu’il n’y ait aucune action hostile ou menace contre l’État d’Israël », a-t-il souligné, sans plus de précisions.

Sur le terrain, le calvaire se poursuit pour les quelque 2,4 millions de Gazaouis, dont environ 1,9 million déplacés par le conflit : ils manquent d’eau, de nourriture, de médicaments et de soins, les hôpitaux ne fonctionnant plus ou très difficilement.

À Rafah, la dernière ville dans le sud du petit territoire assiégé, « environ 500 000 personnes déplacées vivent autour des abris, dans les rues ou sur les routes », décrit pour l’AFP Adnan Abu Hasna, un porte-parole à Gaza de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA).

« Il ne reste plus rien »

Dans l’espoir d’y trouver refuge, les familles y affluent, leurs biens entassés sur le plateau de camionnettes, le toit de voitures surchargées, ou sur des charrettes tirées par des ânes ou accrochées à des tracteurs, a constaté vendredi l’AFPTV.

« Nous avons fui le camp de Jabaliya, dans le Nord, pour Ma’an (un quartier de Khan Younès) et maintenant nous fuyons de Ma’an à Rafah, ils nous tiraient dessus. Nous n’avons ni eau, ni électricité, ni nourriture », explique une femme, chargée de bidons.

Dans ces conditions, difficile pour les habitants d’imaginer un après-guerre.

« L’avenir de Gaza après le conflit est sombre, la période à venir sera encore plus difficile que la précédente », prédit Abou Mohammed, 60 ans, qui a fui Bureij pour Rafah. « Je pense que l’Autorité palestinienne, avec légitimité, comme les pays arabes, sont ceux qui peuvent gouverner Gaza, avec l’aide et l’accord du Hamas. Le Hamas doit lâcher le pouvoir pour sauver la population. »

« L’avenir, ce sera surtout la reconstruction. Regardez les hôpitaux détruits, les écoles en ruines. Il ne reste plus rien », ajoute Ziad Abdo, 60 ans, qui a lui aussi fui vers Rafah.

4e tournée de Blinken

Quelque 150 camions ont pu entrer dans le territoire jeudi, mais les ONG et l’ONU pointent régulièrement que ces approvisionnements restent largement inférieurs aux besoins de la population.

Antony Blinken plaidera justement pendant sa tournée pour que l’aide humanitaire soit accrue « considérablement ». Arrivé vendredi à Istanbul, sa première étape, il est attendu à partir de dimanche dans cinq pays arabes, outre Israël.

Son déplacement, le quatrième depuis le début de la guerre, vise aussi à conjurer une extension du conflit, après l’élimination — attribuée à Israël — du numéro deux du Hamas, tué mardi dans la banlieue sud de Beyrouth, un fief du Hezbollah, par une frappe de drone.

Hassan Nasrallah, le chef de ce mouvement chiite soutenu par l’Iran et allié du Hamas, a assuré vendredi que ses combattants allaient « répondre » sur « le champ de bataille » à cette frappe.

À la frontière avec le Liban, les échanges de tirs entre le Hezbollah et les forces israéliennes sont quasi-quotidiens depuis le début du conflit. Vendredi, l’armée israélienne a encore mené des raids aériens visant des sites du Hezbollah.

Dans le nord d’Israël, où des dizaines de milliers d’habitants ont été évacués de la zone frontalière de Gaza au début du conflit, l’inquiétude monte.

« Le Hezbollah est plus fort que le Hamas », « il faut une action militaire » pour le contrer, estime Chen Amit, entraîneur sportif de 38 ans.

En mer Rouge, les rebelles Houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, multiplient pour leur part les attaques de navires de commerce en « soutien » à Gaza.

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