“J’ai toujours eu besoin de me mettre en danger”

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Crédits photo : Charlotte Abramow

Propos recueillis par Théau Berthelot.

Entre les romans “La commode aux tiroirs de couleurs” et “Écoute la pluie tomber” et la pièce “Bouches cousues”, vous avez enchaîné beaucoup de projets ces dernières années. C’est pour cette raison que vous avez mis la musique un peu de côté ?
C’est vrai qu’entre ces deux romans, les tournées de lectures musicales pour accompagner chacun d’entre eux, plus le spectacle “Bouches cousues”, ça a été des années assez intenses dans de nouvelles sphères. J’étais très bien là-dedans, et ces derniers temps, j’avais envie de retrouver les palpitations de l’énergie qu’il peut y avoir dans un projet musical, et les tournées qui vont avec. J’ai eu les palpitations au ventre et l’envie de mouvoir mon bassin (sourire). Et je me suis retrouvée en studio !

Quand vous êtes-vous vraiment mise à travailler sur cet album ?
Il y a un certain temps maintenant ! “La réplique” c’est un morceau qui doit bien avoir un an et demi, voire deux ans d’existence. On a vraiment procédé de façon différente. D’habitude, quand je m’attèle à l’écriture d’un disque, je ne me consacre qu’à ça pendant un temps donné jusqu’à ce que je termine les chansons, mais là ça a été beaucoup plus sporadique. On s’est enfermés trois-quatre jours dans une maison avec Vincha et Nino Vella, parfois avec d’autres ou des musiciens. Puis on ne se voyait plus pendant plusieurs mois, et on se retrouvait pendant plusieurs jours et cinq ou six chansons en ressortaient, puis je repartais en tournée pour mes lectures… C’était vraiment différent de la façon dont j’ai l’habitude de procéder.

« J’avais envie de quelque chose de minimaliste et viscéral »

“La réplique” est une chanson détonante à la première écoute, différente de ce que vous avez fait précédemment : c’était le but recherché ?
Je ne réfléchis pas comme ça, je fais tout simplement (sourire). Là j’avais envie de quelque chose qui soit à la fois minimaliste et viscéral, qui attrape d’une façon physique. La musique électronique s’est invitée là-dedans de façon très naturelle pour servir les chansons et le désir assez précis que j’avais d’en faire quelque chose de très dansant et très sensuel, dans une forme de minimalisme. Et qu’est-ce qui appelle plus à quelque chose d’assez physique que des basses et des beats ? C’était vraiment au service des ces chansons-là.

C’était important, après les romans et la pièce, de mettre vos racines hispaniques en avant ?
Pareil, c’est quelque chose qui s’est fait très naturellement sur à peu près la moitié des chansons. Les mots en espagnol sont venus à certains moments pour servir la narration d’une façon un peu plus globale. Le fait d’avoir fait “Bouches cousues” à 70% en espagnol, d’avoir sorti un de mes romans en Espagne, d’avoir pu faire pas mal de rencontres là-bas… Tout ça me rapproche de mon hispanité. Elle s’invite de plus en plus naturellement chez moi.

Que vouliez-vous raconter à travers ce texte ?
“La réplique”, c’est un hymne à la liberté, un hommage à tous ceux qui ne choisissent pas la facilité et qui se poussent dans leur retranchement, se posent des questions. Mais aussi un hommage à la femme comme être combattif, un hymne à la sensualité, ça met l’instinct à l’honneur…

« C’est très inspirant de voir la force des femmes »

Tout ce qui se passe autour des droits des femmes a été inspirant ?
Je pense que bien évidemment, l’actualité quelle qu’elle soit, a une incidence sur ce qu’on écrit. Je pense plus mes personnages dans mes chansons d’une façon cinématographique : cette femme, je la voyais en amazone, en guerrière, quelque chose de très puissant. Quand on est très connecté au monde qui nous entoure, on a malgré nous un impact de l’actualité sur notre écriture, nos pensées et nos inspirations. C’est très inspirant de voir la force des femmes aujourd’hui, qui continue de se battre pour que leur combat soit reconnu.

Vous chantez “Je suis de celles qui nagent à contre courant, qui refusent le sens du vent, qui refusent d’être la réplique de la réplique de la réplique”. On peut y voir une critique de l’industrie qui attend toujours la même chose d’un artiste ?
C’est la partie de moi qui est dans cette femme. Je suis quelqu’un qui a toujours préféré l’inconfort des chemins de traverse à celui des autoroutes. J’ai toujours eu besoin de me mettre en danger pour pouvoir me prouver à moi-même que j’étais légitime. C’est une petit peu de moi qui se cache. Quand j’ai sorti “La femme chocolat”, on m’avait dit “Mais qu’est-ce que c’est cette chanson ? On n’a jamais entendu ça”. Pareil pour “Mon corps mon amour”, “Je baise donc je suis”… J’ai toujours essayé de travailler beaucoup à n’être que moi afin de préserver un maximum ma liberté pendant ces années-là, dans ce milieu qui n’est pas facile à arpenter.

Dans le clip, il n’y a non pas un fil rouge mais un fil bleu avec cette couleur mise en avant…
Le bleu, c’est la loyauté entre autres. Je crois qu’il y a ça dans cette chanson, quelque chose qui raconte le lien, la puissance de la communauté. Au même titre que le rouge qui a pu à un moment donné de mon histoire se coller à moi, le bleu s’est imposé. C’est beaucoup de choses qui manquent à notre monde d’aujourd’hui : de la sagesse, de la sérénité, de la spiritualité. Pas mal de choses qui sont au coeur du propos sur ce disque.

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« Je préfère l’inconfort des chemins de traverse aux autoroutes »

Cette chanson est-elle une indication musicale quant à l’album à venir ?
Oui ! En tous cas, “La réplique” est une chanson très particulière, comme plein d’autres le sont sur le disque. Ça a toujours été quelque chose d’important pour moi d’écrire des disques qui sont des voyages d’un point A à un point B, et qui permettent de passer par pleins d’endroits différents et d’être surpris. Toutes les chansons ne sont pas égales à “La réplique”, certaines ont un peu plus d’accointances avec mes derniers disques, d’autres sont plus radicales que “La réplique”. C’est un album qui est très varié !

Du coup, à quoi peut-on s’attendre de cet album, musicalement et thématiquement ?
Les femmes sont encore au coeur du sujet, elles restent ma source d’inspiration majeure, celles qui me bluffent et bouleversent le plus. C’est ce qui me fait le plus écrire, et danser aussi. J’écoute beaucoup d’artistes féminines, peut-être plus que des hommes. C’est un disque dont les héros sont souvent des héroïnes et puis, comme souvent, ça va parler d’amour, de lien à l’autre, de notre place dans le monde, de la bienveillance et de l’espoir.

Il y aura des duos dessus ?
Pour l’instant, ce n’est pas prévu, mais comme on est en cours d’achèvement, tout peut arriver (sourire).

« Le succès ne nous appartient pas »

Le fait d’avoir écrit deux romans qui ont rencontré un énorme succès a-t-il eu une influence sur votre façon d’écrire des chansons ?
Pour la petite anecdote, quand j’ai pris tous les textes des chansons pour les relire et les corriger, je me suis dis : “C’est la cata, je ne dis rien dans ces chansons”. J’ai eu un petit coup au moral. Et puis j’ai commencé à faire écouter les chansons à mes proches qui sont souvent intransigeants, et la réflexion majeure c’était : “Wow, ça donne envie de danser mais en terme d’écriture, on voit que tu as beaucoup écrit, ça s’est affiné, c’est plus riche, plus percutant”. Je m’interrogeais sur cette dichotomie et je crois que c’est très simple : quand tu écris un roman sur 250 pages, le retour à la chanson me semblait plus pauvre alors que ce n’était finalement qu’une déformation professionnelle dû au fait d’avoir travaillé l’écriture de romans ces dernières années et que de l’avis général, c’était juste mon petit cerveau qu’il fallait remettre dans son état musical pour me rendre compte que tout ça n’était qu’une vue de mon esprit. Mais ce n’est pas à moi de juger mon propre travail, il faudra attendre que l’album soit entre vos mains pour en juger (sourire).

Il y a toujours une volonté de retrouver un immense succès comme vous l’avez vécu au milieu des années 2000 ? C’est toujours un but en soi ?
En vérité, ça ne l’a jamais été ! Mon but c’était d’être sur scène avec mon tourbus rempli de gens que j’avais choisis pour leurs compétences et leur humanité et de faire la route avec eux. Le succès, je pars du principe que ça sert à rien de cultiver son désir pour lui, car il ne nous appartient pas. Ce n’est pas le fait d’avoir du succès, c’est le fait que les gens qui tomberont sur nos oeuvres se sentent réconfortés par elle, et point. Le reste ne m’appartient pas et c’est tant mieux. C’est la seule chose qui me motive pour créer, écrire, composer et aller défendre mes chansons sur scène. Je suis bien placée pour savoir que la musique ou la littérature sont des réconforts avec l’incroyable rapport qualité/prix, dans le sens où ça m’a soignée de bien des maux d’avoir une bibliothèque municipale à côté de la maison ou un lecteur CD et un abonnement à une plateforme d’écoute. Ça permet de se sentir moins seul ! Si je pouvais procurer ça à ne serait-ce que quelques personnes, ça suffirait à mon bonheur.

Impossible d’échapper au sujet, la “Star Academy” est de retour depuis une semaine. Aimeriez-vous y retourner pour chanter votre titre en live ?
Franchement, on n’a pas vraiment évoqué la question. On est en pleine sortie de single donc tout va très vite, mais je n’en sais rien. Il faudrait que je connaisse le programme et que je le regarde, ce qui n’a pas encore été le cas (sourire).

« Mon conseil aux élèves de la Star Ac ? Être bien entouré ! »

Comment voyez-vous ce revival ? C’est difficile d’adapter ce que vous avez connu il y a 20 ans au monde d’aujourd’hui ?
Je n’en sais trop rien… J’ai pas la télé pour tout vous dire. Je n’ai plus la télé depuis une vingtaine d’années, même si c’est ridicule car un ordinateur vaut pour une télé. Mais c’est vrai que j’ai plus tendance à mettre un grand drap blanc, à mettre un vidéoprojecteur pour regarder un bon film quand j’ai du temps, ou un petit “Columbo” quand il faut pas se prendre la tête ! Ou un petit “L’amour est dans le pré”, j’avoue ça c’est mon plaisir secret (rires).

Quel conseil donneriez-vous aux nouveaux élèves ?
De se protéger et d’être surtout bien entourés, surtout au moment de l’après !

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