Jean-Michel Blais commence par la fin

Une nouvelle année débute, un cycle créatif se termine pour Jean-Michel Blais, qui présentera jeudi et vendredi à la Maison symphonique le concert Aubades symphoniques avec l’Orchestre de l’Agora, sous la direction de son cofondateur Nicolas Ellis. « Et on commence le show avec une pièce qui s’appelle Closing ! » relève le compositeur, qui s’accordera une pause après le concert du 14 mars au Grand Théâtre de Québec pour « voir où [il s’en va], après un album plus électro et un album plus orchestral ». « C’est excitant, j’ai hâte d’avoir du temps pour créer », ajoute-t-il, en avouant ne pas savoir avec lequel des dix projets qu’il a en tête il va recommencer à composer.

Paru en février 2022, Aubades, son troisième album, montrait Blais le compositeur-arrangeur accompagné pour la première fois par un orchestre de chambre, dirigé en studio par Nicolas Ellis. « Au moment de l’enregistrement, on m’assurait que je pouvais diriger l’orchestre moi-même, mais je trouvais que ça n’avait aucun bon sens de casser moi-même de nouvelles compositions, avec mes premiers arrangements, rappelle Jean-Michel. J’avais besoin d’un chef d’orchestre, et d’une personne assez ouverte d’esprit. Avec Nicolas, j’avais le feeling que ce serait un bon fit humain, puisque c’est l’important, à la base. »

Deux ans et des dizaines de concerts plus tard — parmi lesquels cette mémorable performance livrée l’été dernier sur la place des Festivals, à l’affiche du Festival international de jazz de Montréal —, Blais montera enfin sur scène avec Ellis, dont l’agenda chargé avait jusqu’alors empêché les deux musiciens de se côtoyer en concert. « Je me sens dans un buffet de musiques, je goûte à tous les styles », dit le maestro de 32 ans, qui vient d’accepter le poste de chef de l’Orchestre national de Bretagne, en plus de ses mandats avec l’Orchestre de l’Agora et l’ensemble Les Violons du Roy.

« Avec l’Agora, on monte plein de programmes différents ; avec Les Violons du Roy, on joue beaucoup de musique du XVIIIe siècle, mais on me demande aussi d’élargir le répertoire aux XIXe et XXe siècles, poursuit Ellis. Je pense qu’une des choses pour lesquelles on me sollicite, c’est  ma polyvalence, mais au bout du compte, c’est de la musique : on fait les projets qui nous tentent. Pour l’instant, j’ai beaucoup de plaisir à naviguer à travers tous ces répertoires, et c’est toute la beauté de la musique classique : pouvoir se promener à travers 400 ans et ensuite faire des liens entre différentes générations de compositeurs. »

Conversation musicale

 

« Ce qui m’amène à parler d’Aubades symphoniques, puisque c’était ça, le c­­on­c­ept », ajoute le jeune chef d’orchestre. « Comme n’importe quel compositeur, Jean-Michel a été influencé et inspiré par des univers sonores de plusieurs autres. C’est ça, le concert : en plus des oeuvres de Jean-Michel, on puise dans d’autres répertoires pour susciter un dialogue entre ses compositions à lui et celles, disons, d’Erik Satie, de Claude Debussy, de Max Richter. Toute cette musique est en conversation. »

Jean-Michel Blais : « C’était mon intention avec ce concert. Aujourd’hui, c’est comme ça que j’écoute de la musique, en créant des listes de lecture. On passe comme ça d’un artiste à l’autre. [Dans le concert Aubades symphoniques], on entendra une oeuvre de Satie arrangée par Debussy, Richter qui cite Vivaldi, tout ça pour montrer que ce jeu d’influences fait partie de l’histoire de la musique. C’est une manière de dire qu’on n’invente rien. On fait des courtepointes. » Non sans une pointe d’humour dans le choix des pièces, à l’image de la personnalité de Jean-Michel Blais.

Et puis, convient-il, « tant qu’à travailler avec un tel orchestre, ce n’est pas vrai que j’allais reprendre le même show que j’avais déjà donné. C’est un peu mon plaisir coupable que d’ajouter des oeuvres du répertoire », comme une oeuvre du compositeur tchèque Bedřich Smetana (1824-1884), qui a beaucoup influencé la création d’Aubades. « Je deviens alors une sorte de curateur » de la soirée.

En réécoutant Aubades, on se rappelle la légèreté des orchestrations : jamais trop de violons, rarement employés comme couche de fond harmonique, la douceur des cordes s’accordant à leur dynamisme. « Je trouve que c’est une pente glissante, les versions orchestrales. Tout le monde en fait, reconnaît Blais. Mais on trouvait aussi que, dans Aubades, c’était intrinsèque à l’oeuvre. Tout est déjà pré-orchestré », même que certaines pièces avaient été imaginées par son compositeur pour un orchestre complet. « Alors, on n’a pas complètement tout réécrit. La base était là, on a seulement ajouté — je parle au “on”, mais c’est l’arrangeur François Vallières [membre du Nouvel Ensemble moderne] qui a fait la majorité du travail. Il a amené les compositions à un autre niveau, mais on dirait que c’était dans la nature même d’Aubades de s’y rendre. »

« Pour moi, résume Nicolas Ellis, le plaisir d’embarquer dans la musique de Jean-Michel, c’est d’entendre à la fois les influences de ces compositeurs qu’on a mis au programme du concert, mais d’entendre surtout quelque chose de très personnel à lui. Jean-Michel communique dans sa musique quelque chose de très sincère. Tout le monde s’inspire de quelqu’un d’autre, l’important est de reconnaître cet élément de sincérité. On le ressent dans sa musique, et c’est ce que tout l’orchestre ressent aussi. Ce qu’il fait transcende les étiquettes, comme néoclassique. Ça sonne comme du Jean-Michel. »

Aubades symphoniques, de Jean-Michel Blais et l’Orchestre de l’Agora, sous la direction de Nicolas Ellis, sera présenté jeudi et vendredi à la Maison symphonique, puis le 14 mars au Grand Théâtre de Québec.

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