La communauté anglophone a raison de persévérer pour conserver ses commissions scolaires

Quatre ans déjà. Triste souvenir. Dans la nuit du 7 au 8 février 2020, le gouvernement caquiste bâillonnait les oppositions et la démocratie scolaire avec l’adoption du projet de loi 40. Avant cette adoption, les personnes portées à la défense de ce palier démocratique paritaire de proximité avaient pris soin de nommer tous les éléments de vigilance liés à cet outrage à la citoyenneté : la centralisation des décisions, l’abolition des contre-pouvoirs, le désengagement citoyen à l’égard de son école ainsi que l’uniformisation des pratiques de gestion et des attentes de résultats. 

Après son adoption, ce qui était exprimé en vigilance est devenu évidence : tout le monde attend la décision du ministre pour agir, toutes les écoles s’affichent en bleu, les conseils d’administration n’ont maintenant qu’une influence réduite à sa plus simple expression, et la Fédération des commissions scolaires du Québec, autrefois chien de garde de l’école publique, s’est transformée en agence de communication du gouvernement. Autrement dit, le gouvernement n’a plus de caillou dans son soulier. L’école publique s’affiche comme « Votre gouvernement » et le ministre de l’Éducation décide lui-même de la couleur de la porte des toilettes en Abitibi.

À l’automne dernier, la communauté scolaire anglophone m’a invité à faire part de quelques réflexions sur les répercussions du projet de loi 40 sur la communauté francophone depuis l’abolition des commissions scolaires. Aux prises avec la Coalition avenir Québec, qui est pressée d’en finir avec le dernier rempart scolaire citoyen, les anglophones se battent bec et ongles pour préserver le droit de gérance de leurs institutions. Le premier paragraphe du présent texte vous donne l’essentiel de mon propos, et ce fut un réel plaisir de leur rappeler leur pouvoir d’exercer leur souplesse budgétaire et d’installer des purificateurs d’air dans les classes si les conseils des commissaires le jugent nécessaire, et ce, sans attendre la permission du ministre. Leur liberté de choisir selon les besoins locaux constitue le coeur de leurs revendications.

Mais au-delà de la défense de leur droit reconnu dans la Constitution canadienne, objet d’un souque à la corde juridique entre la communauté anglophone et le gouvernement caquiste, il me semblait nécessaire de souligner l’ampleur de cette résistance et sa portée sur la société québécoise. Cette ténacité dont font preuve nos concitoyens anglophones s’articule dans une série de croyances fondatrices d’un Québec meilleur.

La communauté anglophone croit en la puissance d’une société politisée, dont l’intérêt collectif dépasse le gain personnel. Elle croit qu’une société politisée aura davantage tendance à voter pour défendre des valeurs, des idées, des enjeux plutôt que de se laisser charmer par le fameux « mirage du changement », slogan universel des campagnes électorales.

La communauté anglophone croit en la contribution du plus grand nombre de citoyens. Pour elle, cette contribution s’obtient uniquement à travers la mobilisation sociale. Par exemple, dans les commissions scolaires anglophones, il existe des prix Méritas pour l’implication communautaire. On ne favorise certainement pas la mobilisation citoyenne en abolissant son droit de gouverner ses écoles, en cherchant à la désengager. C’est une attaque à ses valeurs sociales profondes.

Pour la communauté anglophone, la pluralité et la diversité des voix sont gages de riches débats, de rencontres d’idées. Le palier démocratique de proximité favorise l’émergence de carrefours de confrontations saines et de solutions créatives, influencées par la nécessaire sensibilité à la spécificité de la communauté. Cette richesse sociale, la communauté anglophone y tient. 

La communauté anglophone croit également que donner la parole localement permet des choix locaux pertinents et qu’à travers cet encouragement à l’expression des idées diverses, on encourage les membres de la communauté à se soucier les uns des autres et à y prendre part activement. On pourrait ici parler de développer l’« empouvoirement » des citoyens comme moteur du développement social.

Mais ultimement, à travers ce combat pour ses droits constitutionnels, la communauté anglophone crie haut et fort que l’éducation ne se réduit pas à un système de gestion insensible et uniforme, mais s’élève en véhicule de valeurs fondatrices d’une société québécoise politisée. Une société dans laquelle la voix citoyenne peut s’exprimer, où la mobilisation locale est encouragée et la confrontation des idées souhaitée. Et c’est probablement pour cela que les anglophones du Québec poursuivent leur combat : parce que le système d’éducation devrait être le reflet d’une société forte à laquelle nous aspirons tous. 

S’il vous plaît, ne lâchez pas, j’ai confiance. 

À voir en vidéo

You May Also Like

More From Author