La déshumanisation de la profession infirmière

Dans la vie, chacun aspire à être reconnu pour ce qu’il est. La déshumanisation des soins aux patients, depuis la dernière réforme du système de la santé en 2015, a souvent été dénoncée. Cette réforme avait sûrement la bonne intention d’améliorer le système. Cependant, on a tenté de contrôler la variable la plus complexe à gérer : l’être humain. Qu’en est-il de la déshumanisation de la profession infirmière depuis cette réforme ?

Depuis le début de ma carrière en tant qu’infirmière, les plus beaux compliments reçus de la part de mes patients ont été : merci Karine de ta présence, merci de ton sourire et de ton écoute. La bienveillance, l’empathie et la relation humaine sont des notions qui font partie intégrante de cette profession. Je dirais même qu’elles sont des valeurs fondamentales.

Que se passe-t-il lorsque nos valeurs profondes sont bafouées et que la gestion du système dont on fait partie a pour objectif le rendement, et cela, au détriment de l’être humain ? La situation offre deux options : affronter la contradiction de nos propres valeurs avec celle du système ou fuir. Comme on l’a constaté, plusieurs infirmières du réseau ont choisi la fuite ces dernières années.

Lien de confiance

La cause est simple: comme dans toute relation infirmière-patient  la base est la création du lien de confiance. Dans ce cas-ci, je dirais que le lien de confiance entre les infirmières du réseau et les gestionnaires du système est à soigner. Sur une échelle de 1 à 10 où 1 est une confiance quasi inexistante et 10 une confiance inébranlable, de façon subjective, je l’évalue à 5. Il est temps que la balance penche du bon côté. La justification de ce 5 m’apparaît être la déshumanisation des infirmières.

À la lumière des négociations récentes entre les infirmières et le ministère pour le renouvellement de leur convention, le ton démontre un manque de bonne volonté de la part du gouvernement. La déshumanisation des infirmières dans les négociations a ramené celles-ci à des chiffres en pourcentage d’augmentation de salaire répartie sur les prochaines années. Mais en dessous de tous ces chiffres, rappelez-vous qu’une infirmière est une professionnelle de la santé qui a les compétences requises pour pratiquer, régis par un ordre professionnel strict. Rappelons-nous que la difficulté de l’examen d’admission à la profession de l’OIIQ a été remise en question dans la dernière année.

Mon savoir d’infirmière m’amène à « prescrire » ceci : augmentez la dose de reconnaissance des compétences infirmières et leur valorisation ! Je ne fais pas allusion à la reconnaissance paternaliste qui nous qualifie d’anges gardiens en temps de crise, je parle ici de respect des savoirs et des compétences infirmières dans le système de santé et de l’humanisation de la profession.

Voici ma vision humaniste de la profession infirmière : 1) Reconnaître l’infirmière avec ses compétences et miser sur son pouvoir d’agir en encourageant le leadership infirmier ; 2) Prendre en considération l’environnement dans lequel l’infirmière évolue (familial, social, socioculturel) ; 3) Prendre en considération sa propre interprétation de son rôle de professionnelle dans le système de la santé ; 4) L’accompagner dans ses objectifs professionnels dans la pratique.

Prendre soin des infirmières du Québec, c’est contribuer à soigner des individus, une population et une société tout entière. L’envergure de la nouvelle agence de la santé du ministre Christian Dubé va-t-elle diminuer les occasions d’expression du leadership infirmier ? J’espère sincèrement que cette nouvelle réforme n’aura pas l’effet de réduire les infirmières et tous les professionnels de la santé à de simples chiffres, à un numéro d’employé.

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