La faim est également une menace pour la sécurité en Haïti

En octobre, je me suis rendu au Québec pour la première fois depuis ma prise de fonction comme directeur du Programme alimentaire mondial (PAM) en Haïti. J’y ai rencontré des représentants du gouvernement québécois, des groupes de la diaspora haïtienne, des acteurs de la société civile, du secteur privé, des journalistes, des ONG et des membres de la communauté universitaire. À chaque interaction, j’ai été frappé par le lien profond et la relation spéciale entre le Québec et Haïti, deux sociétés francophones d’Amérique.

Alors que 44 % des Haïtiens souffrent de la faim, le message que j’ai adressé aux Québécois sur l’impératif urgent de trouver des solutions durables à la crise en Haïti a suscité un intérêt et une préoccupation sincères.

De retour à Port-au-Prince, je travaille maintenant avec mon équipe pour planifier nos activités en 2024 et au-delà. Au cours des cinq prochaines années, le PAM accentuera davantage ses efforts sur la fourniture d’une assistance tout en stimulant l’économie nationale, en mobilisant les agriculteurs locaux et en renforçant la résilience des systèmes alimentaires face aux chocs tels que les conditions météorologiques extrêmes. Le PAM s’engage à apporter son aide différemment, de manière plus durable et plus ancrée dans les capacités du tissu économique et associatif national. 

Cependant, nous faisons malheureusement face à une réalité douloureuse : la violence est à la fois un moteur de l’insécurité alimentaire et un obstacle à notre capacité de fournir une assistance. Plus de 80 % de Port-au-Prince est actuellement sous le contrôle ou l’influence de groupes armés, ce qui entrave notre capacité d’intervention. Chaque mois, de nouvelles vagues de déplacements forcés plongent des individus dans la détresse et le dénuement le plus total. 

Sécurité

 

Cette année, la violence s’est étendue aux zones rurales, en particulier dans le département de l’Artibonite, véritable grenier de Haïti. J’ai rencontré des agriculteurs contraints de laisser leurs récoltes pourrir dans les champs, car les routes qu’ils empruntent pour transporter leurs produits sont bloquées par des groupes armés. Des « Madan Sara » (vendeuses sur les marchés) ont été enlevées, retenues en otage et violées, avant d’être libérées moyennant le paiement de rançons exorbitantes. 

En octobre, le Conseil de sécurité des Nations unies a autorisé la mise en place d’une mission multinationale d’appui à la sécurité en Haïti. Son arrivée est prévue pour l’année prochaine. Le Canada a déjà apporté son soutien à la police nationale haïtienne et s’est également engagé à jouer un rôle au sein de cette nouvelle mission.

Il est impératif de rétablir la sécurité en Haïti dès que possible. Cependant, si la mission multinationale n’est pas accompagnée d’un effort humanitaire conséquent, il sera extrêmement difficile de rétablir la stabilité que le peuple haïtien mérite. Le PAM dispose des capacités nécessaires pour soulager la crise alimentaire que connaît le pays. Ce qui manque actuellement, ce sont les ressources.

J’appelle les donateurs à soutenir les activités liées au programme d’urgence du PAM, qui ne sont financées qu’à hauteur de 10 % pour les six prochains mois. Ce déficit équivaut à 76,6 millions de dollars américains. Malheureusement, le PAM a déjà dû réduire la couverture de ses programmes en raison du manque de ressources. Si un financement substantiel n’est pas obtenu d’ici la fin du mois de décembre, de nouvelles coupes dans nos programmes seront inévitables au début de l’année 2024, précisément au moment où la mission multinationale de sécurité doit être déployée. 

La faim peut devenir le terreau des conflits et de l’instabilité. Haïti ne connaîtra pas la paix tant que la moitié de ses citoyens ne sauront pas d’où viendra leur prochain repas. La communauté internationale doit agir maintenant.

À voir en vidéo

You May Also Like

More From Author