La France annonce la fin du «droit du sol» à Mayotte

Le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé dimanche à Mayotte la fin à venir du « droit du sol » sur cette île française de l’océan Indien, confrontée à une grave crise migratoire et à une situation sociale et sécuritaire explosive.

Le 101e département français est paralysé depuis le 22 janvier par des blocages et des barrages routiers installés par des « collectifs citoyens » qui protestent contre l’insécurité et l’immigration incontrôlée.

« Nous allons prendre une décision radicale, qui est l’inscription de la fin du droit du sol à Mayotte dans une révision constitutionnelle que choisira le président de la République », a déclaré M. Darmanin dès sa descente d’avion. 

« Il ne sera plus possible de devenir français si on n’est pas soi-même enfant de parent français », a-t-il ajouté, assurant que cela « coupera littéralement l’attractivité » que peut avoir l’archipel confronté à une forte pression migratoire en provenance des Comores voisines.

« C’est une mesure extrêmement forte, nette, radicale, qui évidemment sera circonscrite à l’archipel de Mayotte », a-t-il ajouté.

Le député de droite de Mayotte Mansour Kamardine a salué ces annonces « fortes », tandis que la gauche française s’indignait.

Le Parti socialiste a d’ores et déjà annoncé qu’il s’opposerait à cette révision de la Constitution. La tête de liste écologiste aux élections européennes Marie Toussaint a estimé de son côté que « mettre fin au droit du sol à Mayotte ne résoudra pas les difficultés du territoire », mais « abîmer[a] notre République », avec une « démolition de nos valeurs ».

Bidonvilles

Département français le plus pauvre de France, Mayotte est peuplée de 310 000 habitants, selon l’Insee (Institut national de la statistique) — probablement beaucoup plus selon la Chambre régionale des comptes —, dont 48 % d’immigrés comoriens ou d’autres pays d’Afrique.

La plupart arrivent clandestinement à bord de barques de pêche traditionnelles, les « kwassa-kwassa », depuis l’île comorienne d’Anjouan, distante de seulement 70 km. Beaucoup vivent dans des « bangas » (cases) insalubres organisés en bidonvilles.

M. Darmanin et la nouvelle ministre déléguée aux Outre-mer, Marie Guévenoux, doivent visiter dimanche le stade de Cavani, à Mamoudzou, où l’installation de migrants venus de l’Afrique des Grands-Lacs cristallise les tensions depuis le début de l’année.

M. Darmanin a précisé que la suppression du droit du sol à Mayotte, ainsi que le durcissement du regroupement familial permis par une loi sur l’immigration votée en décembre, permettront de mettre fin aux titres de séjour territorialisés, un dispositif empêchant les détenteurs d’un titre de séjour mahorais de venir dans l’Hexagone.

Sa suppression est l’une des principales revendications des collectifs d’habitants en colère, les « Forces vives de Mayotte », qui, avec des barrages routiers, paralysent la circulation et perturbent la vie économique de l’archipel depuis trois semaines.

Selon M. Darmanin, la suppression de ce dispositif doit être actée dans un projet de loi Mayotte — annoncé de longue date et confirmé le 30 janvier par le nouveau premier ministre Gabriel Attal — qui sera déposé à l’Assemblée nationale « dans les semaines qui viennent ».

« Mayotte en colère »

Plusieurs centaines de Mahorais ont accueilli les ministres à Mamoudzou par des huées et des cris « Mayotte en colère ». Leur cortège s’est aussitôt rendu à la préfecture, pendant que des échauffourées éclataient entre des manifestants qui tentaient de les suivre et les forces de l’ordre.

« Maintenant, on attend du concret […] On n’a pas d’échéancier […] Si ça se fait dans l’immédiat, on lèvera les barrages mais on ne veut pas que des mots », a réagi auprès de l’AFP Zafira Ahmed, du syndicat Force ouvrière et membre des « Forces vives ».

« Les annonces sont très encourageantes mais on attend de voir les actes. Tout ça va prendre du temps et pour le moment, ça ne changera pas notre quotidien », a expliqué une manifestante, Eirini Arvanitopoulou.

Le ministère de l’Intérieur a annoncé préparer « une nouvelle opération d’ampleur contre la délinquance et l’immigration illégale », l’entourage de Gérald Darmanin évoquant une « opération Wuambushu 2 ».

Dans le cadre de Wuambushu, lancée au printemps 2023, des centaines de policiers et gendarmes supplémentaires avaient été déployés pour tarir le flux d’arrivées de migrants des Comores et combattre la délinquance et l’habitat insalubre. Mais nombre d’habitants ont jugé ses résultats décevants.

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