La ministre Biron songe à rendre la contraception gratuite au Québec

La ministre responsable de la Condition féminine, Martine Biron, évalue la possibilité de rendre les moyens de contraception gratuits au Québec. « Ça fait partie des choses que j’étudie », a-t-elle déclaré vendredi. 

Elle a confirmé par le fait même qu’elle renonçait à son idée de légiférer au sujet de l’avortement. « Il y avait des nuances, mais assez de drapeaux pour me dire : ce n’est peut-être pas le bon moment [pour légiférer]. Et il y a des besoins d’accès », a affirmé Mme Biron dans les couloirs de l’Assemblée nationale.

« C’est mon dossier phare. Il me tient à coeur, vraiment », a-t-elle attesté. Elle a dit espérer proposer « des avancées majeures ». 

La députée solidaire Ruba Ghazal a, d’emblée, offert sa collaboration à la ministre. « Excellente nouvelle pour les femmes du Québec que Martine Biron ait abandonné l’idée de légiférer sur l’avortement , a-t-elle écrit sur le réseau X.  J’offre ma collaboration pour travailler avec elle sur le plan d’accès à l’avortement. » 

Le Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec a aussi salué la volonté de la ministre. « [Il] faut que le plan prévoie des sommes précises et un calendrier à court, moyen, long terme », a fait savoir sa coordonnatrice générale, Marie-Andrée Gauthier.

Au printemps dernier, la ministre Biron avait déclaré vouloir déposer un projet de loi à l’automne pour sacraliser le droit à l’avortement au Québec. Selon nos informations, elle avait envisagé le dépôt d’un projet de loi, puis l’inscription de ce droit dans la Charte des droits et libertés de la personne. 

Sauf que certaines des personnes qu’elle a rencontrées « ont brandi le spectre qu’on pourrait peut-être faire reculer le droit des femmes », a-t-elle rappelé. « Je les ai entendues. »

En juin, le Barreau avait notamment averti l’élue au sujet des périls d’une loi, qui ouvrirait « la porte à d’éventuelles limitations » du droit à l’avortement. 

En septembre, 400 médecins avaient fait de même, en réclamant un accès gratuit aux moyens de contraception. La proposition des médecins s’appuyait sur un rapport de la Fédération du Québec pour le planning des naissances. Ceux-ci demandaient donc au gouvernement du Québec de « rendre les contraceptifs sur ordonnance gratuits pour toutes et tous ».

« Compliqué » hors de Montréal

La question de l’accès à l’avortement est au coeur des revendications des médecins et des groupes de femmes. « Montréal, ça va quand même assez bien. Mais dès que tu mets le pied en dehors de Montréal, c’est compliqué. Même pour des grands centres comme Québec », a illustré la ministre vendredi. 

En « levant le tapis » sur la question de l’avortement, elle a dit avoir pris conscience de la sévérité des problèmes d’accès. Des régions comme l’Outaouais, la Capitale-Nationale ou Chaudière-Appalaches n’ont encore qu’un seul point de service pour les avortements, rappelait récemment au Devoir la Dre Geneviève Bois.

Mme Biron a par ailleurs souligné qu’il vaut mieux demeurer « vigilants », en tout temps, pour assurer le maintien du droit à l’avortement au Québec. « Regardez au niveau fédéral, l’arrêt Morgentaler [remonte à] 1988 et depuis 1988, il y a eu à peu près une cinquantaine de projets de loi privés pour tenter de diminuer ou d’altérer le droit à l’avortement. Ça, ça veut dire plus qu’un par année », a-t-elle souligné. 

« Oui, c’est vrai », a-t-elle convenu lorsqu’un journaliste lui a fait remarquer que ces projets de loi avaient souvent été portés par des élus conservateurs. Ses craintes sont-elles attisées par la hausse de l’appui aux conservateurs fédéraux dans les sondages ? « Ça n’a rien à voir », a-t-elle répondu.

Avec Marco Bélair-Cirino

C’est mon dossier phare. Il me tient à coeur, vraiment. 
Martine Biron

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