La nouvelle ligue de hockey qui fait briller les yeux des femmes

La nouvelle Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF) suscite l’envie d’anciennes athlètes, mais aussi l’espoir chez des joueuses universitaires. Selon certaines, ce circuit pourrait avoir un effet « boule de neige » sur l’ensemble du sport féminin canadien s’il démontre qu’il est viable. 

En entrevue au Devoir, la pionnière du hockey féminin Manon Rhéaume raconte avoir eu les larmes aux yeux en visionnant le repêchage inaugural de la ligue en septembre 2023, surtout lorsque le nom de la toute première joueuse choisie a retenti. « C’était tellement émouvant », souligne la Québécoise qui a marqué l’histoire en 1992 en devenant la première et la seule femme jusqu’à présent à participer à un match préparatoire de la LNH.

L’ancienne athlète de 51 ans aurait adoré faire partie d’un circuit comme la LPHF au temps où elle était gardienne de but. « Avoir cette chance, ça aurait été incroyable », dit celle qui vit au Michigan. 

La nouvelle ligue, qui est formée de six équipes — Minnesota, Toronto, Boston, New York, Ottawa et Montréal —, a présenté cette semaine les premiers matchs de son histoire. 

Les New-Yorkaises ont d’abord défait les Torontoises lundi 4-0, puis les Montréalaises ont triomphé mardi contre les Ottaviennes par la marque de 3-2 en prolongation. Les Minnésotaines l’ont ensuite emporté mercredi sur leurs adversaires, les Bostoniennes, avec un score de 3-2.  

Des occasions en or

Le hockey féminin connaît actuellement son « moment le plus important » à ce jour, affirme au Devoir Jayna Hefford, vice-présidente principale des opérations hockey de la LPHF. « Notre sport continuera de grandir au Canada et même ailleurs », estime-t-elle, en se réjouissant de la vitrine dont les athlètes de la ligue disposeront pour inspirer les plus jeunes. 

Les fillettes adeptes de ce sport « peuvent maintenant rêver de jouer au niveau professionnel », soulève avec émotion Mme Rhéaume, qui est désormais conseillère aux opérations hockey et auprès des espoirs pour les Kings de Los Angeles. 

La Ligue fait aussi briller les yeux de membres d’équipes universitaires qui sont sur le point de finir leurs études. « L’arrivée de la LPHF donne espoir, sinon ma carrière se terminerait à la fin de cette saison-ci », affirme Kelly-Ann Nadeau, défenseure pour les Carabins de l’Université de Montréal. 

L’étudiante de 25 ans, qui en est à sa sixième et dernière saison au sein de son équipe, compte « travailler fort » pour faire un jour partie de la Ligue. 

Ce nouveau circuit féminin semble « bien implanté et bien dirigé », renchérit pour sa part Annabel Faubert, également défenseure pour les Carabins. « C’est donc beaucoup plus encourageant de se dire qu’on va foncer et qu’on verra où ça nous mène », souligne la joueuse de 24 ans. 

Cette dernière, qui termine cette année ses études en travail social, hésite désormais entre le fait d’accepter un emploi dans son domaine ou de tenter de pousser jusqu’au bout sa passion pour ce sport. « Des jobs, il y en aura toujours, mais [dans] le hockey, non. »

« L’argent fait la différence »

Certes, d’autres ligues de hockey féminin en Amérique du Nord ont déjà existé. Mais cette fois, « l’argent fait la différence », estime Guylaine Demers, professeure au Département d’éducation physique de l’Université Laval. Un groupe d’investisseurs « sérieux », mené par l’homme d’affaires américain Mark Walter, soutient la LPHF, explique la directrice du Laboratoire de recherche pour la progression des femmes dans les sports au Québec.

Toutes les conditions sont donc réunies pour que la Ligue perdure, selon Jayna Hefford. Cette dernière précise que l’apport financier de M. Walter y est pour beaucoup, tout comme son expérience en sport professionnel à titre, notamment, de copropriétaire de l’équipe de baseball des Dodgers de Los Angeles.

Mme Hefford poursuit en mentionnant qu’un autre « ingrédient gagnant » de la Ligue, d’après elle, est la convention collective qui garantit à la fois un salaire et des conditions de travail aux joueuses. « Le soutien que ces athlètes recevront ne ressemble à rien de ce que nous avons vu auparavant dans notre sport », assure la Canadienne.

Pour maximiser ses chances d’avoir du succès, la LPHF a également déployé beaucoup d’énergie pour se faire connaître auprès du public et des médias. Ces efforts colossaux ont, jusqu’à maintenant, porté leurs fruits si l’on considère les 8318 spectateurs présents dans les estrades de la Place TD, dans la capitale canadienne, pour assister au match d’Ottawa contre Montréal. 

« Ne venez pas me dire que le sport féminin n’intéresse pas le monde », affirme donc Guylaine Demers. « Quand on en parle et qu’on fait de la promotion, les gens sont au rendez-vous. » Il entre d’ailleurs dans un cercle vertueux lorsqu’il se professionnalise. « Il est plus diffusé et il attire plus de commanditaires et d’argent. »

Mme Demers est d’avis que si la LPHF démontre qu’elle est « rentable et viable », elle pourrait bien avoir un effet « boule de neige » dans l’univers du sport féminin en général. « Je pense qu’il y a certainement des personnes du monde des affaires qui vont être très attentives à ce qui se passe avec cette ligue-là pour explorer d’autres possibilités. »

Des fans de plus

L’arrivée de la LPHF sera bénéfique pour le hockey en général, car elle attirera un nouveau public, estime la professeure Demers. « Depuis que je suis adulte, je ne suis jamais allée voir les Canadiens de Montréal. Pour moi, c’est une gang de millionnaires, et je ne connais même pas les joueurs. Mais je vais maintenant retourner voir du hockey parce que ce sont des femmes qui jouent et que j’aime leur style, leur rapidité et l’intelligence de leur jeu. Pour ce sport, il y a une fan de plus qui se rajoute qui n’était plus là. »

Le fait que RDS, TSN, Radio-Canada, CBC et Sportsnet diffuseront chacun certaines parties de ce nouveau circuit en 2024 permettra de faire connaître davantage le hockey féminin au Canada, estime Annabel Faubert, des Carabins. « Les gens qui n’ont pas accès régulièrement à ce sport pourront tomber sur des matchs et se dire : “Wow, elles ont du talent, ces filles-là, c’est du beau calibre.” »

Le réseau américain de télévision NHL Network a d’ailleurs parlé de la LPHF à plusieurs reprises cette semaine, au grand bonheur de Manon Rhéaume, qui écoute la chaîne religieusement. « Tout le monde est excité à propos de la Ligue. On réalise tous les sacrifices que ces femmes ont faits pour pouvoir l’avoir. »

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