La pandémie de COVID-19 a fait mal à l’intégration économique des immigrants permanents

La pandémie a fragilisé l’économie et compliqué l’accès au marché de l’emploi, y compris pour les immigrants, rappelle une étude de Statistique Canada. Et ceux devenus permanents en 2019 en ont fait les frais : un an plus tard, en 2020, leur salaire d’entrée médian a été moins élevé que celui de leurs homologues admis au cours des 10 dernières années, ainsi que celui des gens arrivés tout juste après eux, pendant la pandémie.

« [Les immigrants devenus permanents en 2019] ont connu une baisse de leur salaire d’entrée médian déclaré un an après leur admission, contrairement aux immigrants admis précédemment, dont le salaire médian a augmenté de manière constante au cours des 10 dernières années », fait valoir le document publié par l’agence fédérale.

Cela ne semble toutefois n’avoir été qu’un hiatus pandémique, puisque les immigrants qui sont devenus permanents en 2020 avaient un an plus tard, en 2021, un salaire plus élevé. Ces derniers avaient alors déclaré des revenus annuels de 37 700 $ — une hausse de 21,6 % par rapport au salaire d’entrée médian de la cohorte 2019 un an après son admission, soit 31 000 $.

« Il y a eu une baisse de l’activité économique pendant la pandémie, et ça peut expliquer pourquoi les immigrants ont été affectés. Mais c’était temporaire. Sur le long terme, c’est un petit épisode qui n’aura pas duré très longtemps », note Gilles Grenier, professeur émérite de science économique à l’Université d’Ottawa. Selon lui, il faut surtout tenir compte des « tendances à long terme », comme la pénurie de main-d’oeuvre. Ce sont ces tendances qui expliquent sans doute le redressement dans le salaire des immigrants devenus permanents en 2020. « La population vieillit, on s’y attendait. Plus de gens sont à la retraite et moins de gens entrent sur le marché du travail qu’il n’en sort. »

Brahim Boudarbat, professeur à l’École des relations industrielles de l’Université de Montréal et chercheur au CIRANO, abonde dans ce sens. Il rappelle que la période postpandémique, qui commence dès 2021, a été plus favorable. « Il y a une pénurie de main-d’oeuvre qui s’est fait sentir, et les employeurs ont commencé à payer plus [leurs employés] », constate-t-il.

Davantage d’expérience, une meilleure intégration

Selon l’étude, l’un des facteurs pouvant expliquer que le salaire est meilleur après un an pour les immigrants devenus permanents en 2020, comparativement à la cohorte précédente, c’est qu’il y avait justement très peu d’immigrants qui sont entrés au Canada lors de la période pandémique, l’immigration ayant été temporairement suspendue en raison de la COVID-19. D’après les déclarations de revenus, la cohorte admise en 2020 « a été la plus petite en 10 ans sous l’effet des restrictions frontalières liées à la pandémie », lit-on dans l’étude fédérale.

Mais ce salaire médian plus élevé serait également dû au fait que les quelques immigrants ayant été admis se trouvaient déjà de manière temporaire sur le territoire ; ils étaient donc déjà intégrés au marché du travail ou dans un programme d’étude. « Pour quelqu’un qui étudiait ou qui occupait un emploi au Canada comme résident temporaire, ses chances de succès et d’avoir un meilleur salaire comme immigrant permanent sont bien meilleures que pour un immigrant qui fait une demande de résidence permanente de l’étranger », observe le professeur Grenier. Statistique Canada a documenté ce phénomène dans une autre étude publiée en mars 2022.

Le professeur Boudarbat estime de son côté qu’il a pu s’opérer une forme de sélection des profils des immigrants ayant fait une demande d’Entrée express. « Probablement qu’on a choisi les meilleurs profils, ceux qui ont eu le plus grand nombre de points et c’est ça qui joue sur les salaires [plus élevés]. »

Il fait également ressortir un élément important de l’étude à ses yeux : les femmes immigrantes demeurent moins bien payées que les hommes. « Un écart de 44,6 % dans le salaire annuel médian, c’est problématique », conclut-il sur la base de son propre calcul. « [C’est] énorme, et [cela] reflète une sous-utilisation flagrante du potentiel des femmes immigrantes alors que le Canada et le Québec prônent l’égalité des chances et une plus grande autonomisation économique des femmes. »

Des comparaisons peu pertinentes

Selon lui, l’étude aurait d’ailleurs été beaucoup plus pertinente si elle avait comparé les cohortes d’immigrants et de non-immigrants. « La tendance a-t-elle été favorable pour tout le monde ou, au contraire, les immigrants en ont-ils moins bénéficié ? »

Comparer deux cohortes qui se suivent mais qui ont vécu deux contextes différents, soit 2019-2020 et 2020-2021, ne tient pas non plus la route. « Ça aurait été mieux de comparer des nouveaux arrivants immigrants au moment de leur arrivée [au Canada], et pas au moment de leur admission, avec d’autres nouveaux arrivants non immigrants. Ça aurait permis de voir comment les employeurs accueillent les uns par rapport aux autres. »

D’ailleurs, pour le professeur Boudarbat, comparer deux cohortes d’immigrants un an seulement après qu’ils furent devenus permanents n’est pas représentatif. « À partir du moment où tu deviens permanent, il y a un certain délai avant que l’intégration commence sur le marché de l’emploi. Souvent, on va prendre du temps pour bien installer les enfants à l’école, certains vont apprendre la langue ou retourner dans leur pays d’origine régler des affaires… C’est donc plus intéressant d’observer les données sur le long terme. »

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