La pression monte encore sur Ottawa au sujet du monument sur l’Afghanistan

La pression ne fléchit pas sur les ministres du Patrimoine et des Anciens combattants pour faire honorer le choix du jury dans le concours pour doter Ottawa d’un monument commémoratif de l’intervention canadienne en Afghanistan (2001-2014).

Une trentaine de spécialistes et de professionnels de divers domaines artistiques (y compris des artistes) qui ont siégé sur des jurys en art public et sur des jurys de bourses ont écrit aux deux ministres pour se dire « consternés que le gouvernement du Canada fasse fi des règles qu’il a pourtant lui-même établies ».

Les ministres Pascale St-Onge (Patrimoine) et Ginette Petitpas Taylor (Anciens combattants) sont en plus appelées à comparaître ce mardi devant le Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes pour y discuter du concours lié au monument. Il s’agira du deuxième passage de la ministre Petitpas Taylor ce mois-ci et du premier pour Mme St-Onge.

Le concours lancé en 2019 a été remporté par une équipe montréalaise composée de l’artiste Luca Fortin, du cabinet d’architectes Daoust Lestage Lizotte Stecker et de Louise Arbour, ex-haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. Les critères et les modalités de la compétition avaient été définis par les deux ministères.

La décision des jurés de professionnels des arts et de militaires a toutefois été annulée à la lumière du résultat de consultations menées en ligne auprès de milliers de vétérans, de leurs proches et d’autres citoyens. Cette démarche a toutefois été jugée non-scientifique par une analyse produite par la firme de sondage Léger.

Le gouvernement a finalement choisi la proposition de l’artiste vétéran Adrian Stimson et du groupe d’architectes MBTW de Toronto. L’équipe Daoust-Fortin-Arbour a été avertie du rejet de la sélection deux heures avant l’annonce officielle du choix fédéral, le 19 juin 2023.

Crédibilité et transparence

 

« Les circonstances ayant mené à la situation actuelle, notamment l’invraisemblable imbroglio du 19 juin, risquent de miner la confiance non seulement du milieu des arts et de la culture, mais également celle de la population canadienne, qui s’attend légitimement à ce que la transparence constitue la valeur essentielle d’une gestion intègre », dit la lettre adressée aux deux ministres dont Le Devoir a obtenu une copie. « En conséquence, nous demandons au gouvernement du Canada et à vos deux ministères de revenir au choix initial du comité, dans le respect des règles établies. »

L’analyse ajoute qu’en respectant ses règles, Ottawa s’assurerait de la participation de la communauté artistique à ses prochains projets. Mme Arbour est allée encore plus loin en disant que la crédibilité du gouvernement est en jeu pour tous les appels d’offres.

La lettre datée du 27 octobre est notamment signée par les artistes Danielle April et Dominique Blais. On y retrouve aussi les noms de professionnels du milieu, des dirigeants de galeries universitaires Louise Déry (UQAM) et Laurent Vernet (UdeM) et des historiennes de l’art Sylvie Lacerte et Annie Gérin.

L’avocat François Le Moine, coprésident de la Commission permanente de l’art public de l’organisme Culture Montréal est du nombre des signataires. « On ne peut pas dévaloriser l’expertise et le travail de jurys et leur préférer l’avis discrétionnaire d’un politicien, dit-il en entrevue. Les sondages peuvent évidemment faire partie du processus — et on comprend que le jury en a tenu compte — mais le dernier mot doit revenir au jury. »

Il ajoute que la construction d’un monument demande du recul et que la fréquentation des oeuvres de qualité prend un plus long temps. Il cite alors Proust : « Les beautés qu’on découvre le plus tôt sont aussi celles dont on se fatigue le plus vite [parce] qu’elles diffèrent moins de ce qu’on connaissait déjà. »

Le Regroupement des artistes en arts visuels a aussi écrit à la ministre Pascale St-Onge et lancé sa propre pétition le 6 septembre, maintenant forte d’environ 1650 noms sur un objectif de 2500. Le texte affirme que la décision de ne pas respecter le choix du jury « n’est en rien justifiable et est en complète contradiction avec l’engagement initial », en plus de soulever des inquiétudes « quant à la crédibilité du concours ». La pétition exhorte le ministère à fournir des explications claires et transparentes concernant la décision controversée.

Le service des communications de la ministre Petitpas Taylor n’a pas voulu commenter la lettre avant sa comparution au Comité permanent des anciens combattants. La ministre St-Onge n’a pas répondu à la requête de réactions du Devoir.

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