La psychoéducation s’implante au travail

Ce texte fait partie du cahier spécial Monde du travail

Même si la majorité des gens l’associent au milieu scolaire, la psychoéducation s’adresse aussi aux adultes et permet notamment de résoudre des problèmes en milieu de travail. L’approche d’inspiration psychoéducative propose des interventions dans l’environnement des patients, dites « interventions de proximité ». Celles-ci visent à actualiser les capacités d’une personne présentant des problèmes d’adaptation dans un milieu donné en utilisant ses forces comme levier d’intervention.

« C’est vraiment une approche dans laquelle, plutôt que de recevoir le patient en cabinet dans un environnement qu’on contrôle, explique Isabelle Banville, psychoéducatrice au groupe Evie, on va plutôt vers lui dans son environnement pour comprendre sa réalité, à travers sa lunette et son expérience. »

Pour les personnes qui connaissent des difficultés psychologiques variées, comme des troubles d’adaptation, de l’anxiété ou des symptômes de dépression qui ont mené la plupart du temps à un arrêt de travail, Mme Banville et son équipe proposent un suivi individuel.

« Notre mandat, c’est d’abord le retour à la santé, pour ensuite être capable de retourner au travail », précise-t-elle. Dans ce cas-là, explique la psychoéducatrice, le suivi commencera souvent en virtuel ou à la maison. Les interventions suivantes permettront de revoir les habitudes de vie à la maison et les symptômes ressentis, en abordant les problèmes qui freinent le retour au travail.

Mme Banville se souvient d’une personne travaillant comme caissière, qui, pendant la pandémie, avait développé la crainte de contracter des virus.

La première étape, explique la professionnelle, a été de normaliser ses symptômes et de lui donner des outils pour l’aider à gérer son anxiété. Avant son retour au travail, la psychoéducatrice lui a fait faire de l’exposition. « On l’a accompagnée in vivo dans un lieu public pour qu’elle soit capable de le tolérer, souligne la psychoéducatrice. Dans un deuxième temps, on a élaboré un programme d’exposition au travail sur mesure, pour qu’elle puisse doucement reprendre son rôle, en mettant en place différents mécanismes afin que son retour soit durable. »

La stratégie de groupe

Mais l’approche psychoéducative peut aussi être réalisée en groupe.

L’intervention post-événement critique est un autre volet proposé par Isabelle Banville et ses collègues. Elle peut être pratiquée en milieu de travail lors du décès soudain d’un collègue, lorsque des comportements inappropriés ou des événements bouleversants ont eu lieu. Durant une demi-journée, une « escouade » de psychoéducateurs spécialisés va alors aller rapidement à la rencontre de l’équipe déstabilisée.

« Cette approche de groupe vise à normaliser les réactions, à offrir un espace sécuritaire, à écouter ce que les personnes peuvent ressentir et à les outiller pour la suite », précise Mme Banville. Elle ajoute que l’effet de groupe permet aussi aux participants de partager leur vécu et de se soutenir, plutôt que de vivre l’événement de manière isolée.

Mais pour que ces approches fonctionnent, Isabelle Banville précise qu’il faut « des conditions gagnantes ». L’ouverture de l’employeur, sa capacité à être souple et sa relation avec le travailleur ont un rôle important dans la réussite du processus. Elle ajoute que tous les employeurs n’ont pas les capacités physiques et financières d’offrir les ressources suffisantes. L’employé aussi est déterminant dans le processus. S’il ne souhaite pas s’ouvrir sur ses besoins personnels ou que l’entreprise soit au courant de ses difficultés, il est difficile de régler une situation.

Augmentation de la demande

Chantal Harnois, directrice de la formation et du développement professionnel au groupe Evie, a constaté une augmentation de la demande de services en santé mentale en entreprise depuis la pandémie. La prévention de l’épuisement professionnel et le droit à la déconnexion soulevés avec le télétravail, par exemple, sont davantage devenus des préoccupations en entreprise. « Le niveau de stress a grandi avec le télétravail, car tout le monde se parle par Teams ou par courriel, souligne Mme Harnois. Certaines personnes pensent qu’elles doivent répondre tout de suite et cela crée un épuisement différent [par rapport à la présence au bureau]. »

Elle ajoute que, depuis 2021, des modifications ont été apportées aux lois en matière de santé et de sécurité du travail. Elles obligent désormais les employeurs à protéger leurs employés des risques psychosociaux au sein de leur entreprise, au même titre que des risques physiques, ergonomiques, chimiques ou biologiques. Depuis l’entrée en vigueur de ces modifications, elle affirme avoir vu grandir le nombre de demandes.

« Il y a 20 ans, on était 3, dans un seul point de services, et maintenant on est 40, dans 11 régions du Québec », raconte Isabelle Banville. Elle constate aussi une plus grande ouverture de la part des employeurs et des assureurs à sortir du moule et « à explorer d’autres avenues d’intervention ».

« La saturation du réseau de la santé publique et les délais d’attente en santé mentale ont fait en sorte que les gens n’avaient pas le choix d’innover », conclut-elle.

Ce contenu a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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