La santé mentale des nouveaux arrivants a un impact sur leur capacité à s’intégrer

La santé mentale des personnes immigrantes au moment de leur arrivée dans leur nouveau pays pourrait jouer un rôle dans leur capacité de s’intégrer à leur nouvelle communauté, selon une nouvelle étude qui plaide pour une meilleure offre de soutien psychologique pour les nouveaux arrivants.

Au cours de trois années scolaires, la professeure au Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal Marina Doucerain et son équipe ont suivi des personnes immigrantes provenant de 48 pays durant leur première année en sol québécois.

Elles ont constaté que les personnes qui arrivaient au Québec avec un meilleur bien-être émotionnel s’intégraient mieux que celles dont le bien-être émotionnel était moindre, ce qui pousse Mme Doucerain à dire qu’il faudrait s’intéresser davantage à la santé psychologique des nouveaux arrivants pendant leurs premiers mois dans la province.

« C’est vraiment important d’offrir un soutien au tout début de leur trajectoire d’intégration pour faciliter cette intégration », explique-t-elle en entrevue avec La Presse canadienne.

Les résultats de l’étude menée par Mme Doucerain, qui a été publiée dans la revue scientifique Personality and Social Psychology Bulletin, viennent apporter un nouvel angle quant à la relation entre la santé mentale des personnes immigrantes et leur intégration.

S’il est acquis qu’à long terme, une meilleure intégration entraîne un meilleur bien-être émotionnel, l’étude de la professeure Doucerain vient nuancer le fait que durant les premiers mois, la santé mentale a aussi un impact sur la capacité de s’intégrer.

Selon Mme Doucerain, afin de faciliter l’intégration d’un nouvel arrivant, il ne faut donc pas négliger sa santé psychologique.

« On entend beaucoup parler en termes d’emploi, de logement, et c’est essentiel — ce n’est pas du tout pour nier l’importance de ces facteurs-là, ils sont absolument cruciaux —, mais il y a plus que ça. Qu’une personne trouve un emploi et un appartement, ça ne va pas être suffisant nécessairement pour qu’elle puisse réaliser son intégration », souligne-t-elle.

« Il faut aussi qu’elle soit psychologiquement capable, qu’elle ait les ressources personnelles et psychologiques pour le faire. »

En ce sens, la professeure Doucerain ne plaide pas nécessairement pour qu’un suivi quotidien avec un psychologue soit offert à tous les immigrants, mais elle aimerait voir une certaine forme d’accompagnement être mise en place.

« Je rêverais d’une société où, en fait, chaque personne qui vient d’arriver est jumelée avec quelqu’un de bien établi au Canada. Et pendant la première année, l’engagement de la personne bien établie, c’est peut-être de rencontrer la personne nouvelle arrivante cinq fois dans l’année », illustre-t-elle.

« Ça peut être juste pour un café, ça peut être pour faire une marche, mais avoir quelqu’un qui est déjà là, qui connaît les choses, qui sait comment ça marche, peut-être qui est passé par la même expérience. De pouvoir avoir ce contact-là, ça me semblerait essentiel. »

La mise sur pied de groupes de soutien pourrait aussi être une avenue intéressante, à son avis.

« Des fois, ça ne prend pas beaucoup de choses. Ça prend une main tendue, un petit peu de chaleur, quelques interactions positives pour vraiment aider à mieux s’intégrer. »

Expérience difficile

 

Si la santé psychologique influence la capacité d’une personne à s’intégrer dans sa nouvelle communauté pendant les premiers mois, c’est probablement parce qu’immigrer dans un nouveau pays est une expérience difficile, avance Marina Doucerain.

« L’immigration, c’est des changements, c’est bouleversant dans la vie d’une personne, parce qu’il faut tout redémarrer à zéro. C’est des énormes défis, donc il ne faut pas tenir pour acquis que la personne va y arriver toute seule comme ça, sans soutien, sans aucune aide, toute seule dans son coin », indique-t-elle.

D’ailleurs, l’étude a permis de rendre compte du fait que les personnes qui ont immigré depuis des pays ayant une plus grande « distance culturelle » du Canada ont rapporté moins de bien-être pendant leurs premiers mois au pays.

« Ça s’explique très bien, parce qu’en fait, c’est plus difficile souvent de s’adapter à une culture qui est très différente de la nôtre. La langue va être parfois plus différente. Les codes culturels vont aussi être nouveaux ou complètement différents. Donc il y a davantage de changements auxquels faire face », mentionne Mme Doucerain.

« Et en plus aussi, malheureusement, parfois dans ces pays plus distants, les nouveaux arrivants vont parfois faire face à un peu plus de discrimination. Donc ça va aussi aller miner leur bien-être. »

Mme Doucerain espère maintenant que d’autres études se pencheront sur la relation entre la santé psychologique et le bien-être, notamment après la première année.

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